vendredi 18 novembre 2011

BERLIN ALEXANDERPLATZ


BERLIN ALEXANDERPLATZ

traduit de l'allemand par Zoya Motchane


Il y a des livres avec lesquels la fusion ne se fait pas et qu'on hésite à présenter car on n'en a, finalement, pas grand chose d'intéressant à dire.
C'est le cas avec ce roman considéré, très certainement à juste titre, comme un des grands classiques de la littérature allemande. Je me suis sentie complètement extérieure à tout ce qui s'y passait, à tel point que je tournais les pages en pensant à d'autres choses.

Ça commençait mal dès le début, avec le prologue de l'auteur, Alfred Döblin, qui résumait l'histoire de son personnage principal, Franz Biberkopf, en dévoilant sa fin. Pas plus de scrupules dans la quatrième de couv' qui dépeint le contexte du récit en annonçant la fin. Pourquoi faut-il toujours que l'histoire d'un grand classique soit considérée connue de tous et qu'on y aille à grands coups de spoilers?? On a le droit de prendre plaisir à découvrir l'histoire d'un classique pour la première fois, boudiou! En cela, ça m'a beaucoup fait penser à L'assommoir d'Emile Zola.

Ceci étant dit, l'ambition de ce récit n'étant clairement pas dans le suspense insoutenable de son intrigue, on s'en remet vite, mais bon, ça gâche un peu la découverte, je trouve.
Non, ce récit détonne dans sa dimension épique qui l'assimile à une immense fresque sociale dépeignant Berlin dans la fin des années 20. Berlin Alexanderplatz, c'est le théâtre de la vie populaire berlinoise de cette époque, avec son lot de misères, d'injustices, de survie, de tendresse, de violence, de politique, de fatalité. C'est foisonnant, bruyant, grouillant, vivant, à s'y perdre presque.

Ce qui m'a agréablement surprise, c'est le style de l'auteur, oscillant entre déboussolant et délectable.
Déboussolant car le style est un peu spécial, rien de classique ou conventionnel là-dedans, comme s'il n'y avait pas de règles, ni de comparatifs réels possibles, hormis les auteurs non lus, tels Joyce, Dos Passos, Céline (cf 4è de couv'). Le ton est résolument moderne, un poil théâtral, et de nombreuses références bibliques et mythologiques laissent entendre qu'il y a là matière à de nombreuses études de texte riches en élucubrations diverses.
Ajoutons à cela l'incursion de l'auteur dans sa narration en voix off, ses réflexions, parfois déroutantes, sur ce qui se passe, et là on passe à la partie délectable, emplie d'un humour inattendu, je pense entre autres à ce passage où il illustre par la loi de Newton le coup de Franz porté à Ida (excellent!), et il y en bien d'autres. 

Malheureusement, cela n'a pas suffi à m'accrocher au récit dont je me suis désintéressée assez vite, mon esprit vadrouillait ailleurs, ça traînait en longueur (620 pages de développement d'un résumé incluant la fin annoncée dès le début), quelques passages arrêtaient mon attention, ces paragraphes originaux, mais très vite les personnages se mélangeaient, les événements m'indifféraient, j'avais l'impression qu'on n'avançait pas, qu'on remuait toujours la même soupe (bien froide au bout d'un moment).
Page 350, je pensais abandonner, avec la certitude d'avoir eu une bonne vue d'ensemble du sujet et du style, j'ai continué quand même en diagonale jusqu'à la fin pour la forme et dans l'espoir de tomber encore sur ces petits passages qui valent le détour mais j'ai été prise d'une grande lassitude et d'une envie de passer à autre chose vers la fin.

Curiosité satisfaite cela dit, même si le coup de coeur n'est pas au rendez-vous, je sais maintenant de quoi il retourne, ce que je ressens toujours comme le sentiment du devoir accompli et une petite victoire sur la montagne de livres à découvrir absolument, surtout côté classiques.

12 commentaires:

  1. Tu m'as donné envie de le découvrir...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tant mieux , je trouve même ça super que malgré un plaisir de lecture moindre, mon billet ait tout de même suscité une certaine curiosité pour ce roman. Ça se trouve tu adorerais!

      Supprimer
  2. D'accord avec toi, même pour les classiques, je déteste qu'on me raconte l'histoire (et la fin!) avant. Ne pas lire les quatrième de couv', ni les préfaces... La vie devient difficile! ^_^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. :) Le pire pour ce roman, c'est que le fait qu'on connaisse d'avance le destin du personnage principal est clairement voulu par l'auteur, car son prologue est vraiment intégré au récit, un peu façon conteur qui annonce "et maintenant chers lecteurs, vous allez voir se dérouler sous vos yeux la vie tragique de la petite marchande d'allumettes". Et paf, en un mot, tu sais que ça va mal se passer pour elle...

      Supprimer
  3. je ne lis pas les 4e, pour les raisons que tu décris. Je choisis un livre souvent d'après ma "petite" liste, donc si je l'ai noté c'est que ça me plaira certainement. Et comme j'ai une mémoire de poisson rouge, je ne sais plus pourquoi je l'ai noté et encore moins l'histoire. Si c'est un livre récent, les journalistes qui en parlent font généralement attention à ne pas dévoiler la fin, donc ça va...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aah moi je résiste mal à la tentation de la 4è de couv'...^^ Et si j''arrive à résister avant de commencer un livre, en cours de lecture généralement, je cède à la curiosité. Mais généralement je lis en diagonale. Les mauvaises surprises sont assez rares en réalité, et ici la révélation de la fin est clairement un choix (qui se défend mais que je n'ai pas aimé) de l'auteur.

      Supprimer
  4. Pour quelqu'un qui n'a pas grand chose à dire sur ce livre, je te trouve assez prolixe tout de même !
    C'est vrai, c'est chiant cette spoilarisation des 4èmes de couv. C'est comme Roméo et Juliette, faudrait pas savoir qu'ils meurent à la fin.
    Bon, tu ne m'en voudras pas si je ne note pas ce titre.
    Tiens, au fait, le roman irannien dont je t'ai parlé, je vais en faire gagner deux exemplaires sur mon blog. Mais attention, je suis incorruptible !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas grand chose "d'intéressant" à dire, je voulais souligner, du style, "roman révélation sa puissance blablabla transcendant, etc, véritable chef d'oeuvre inégalé pour x et y raisons, etc etc etc".^^
      Tu viens de me faire comprendre pourquoi je n'ai jamais aimé Roméo et Juliette!! Merci!!^^
      Quant au roman iranien, je crois savoir de qui il s'agit maintenant. Effectivement une auteure que je dois lire depuis bien longtemps!

      Supprimer
  5. Le thème m'aurait tenté mais vu ce que tu dis du style et ton ressenti en général, je vais passer mon tour sans regret !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Enfin, en même temps, je suis une des rares, voire la seule, au vue des appréciations des internautes en général, à être passée à côté de ce roman. Mais oui, sinon toute excuse est bonne pour privilégier sa PAL déjà imposante, alors tu as ma bénédiction.^^

      Supprimer
  6. Je l'ai suivi en feuilleton sur France-Culture 15 épisodes d'une demi-heure ( pour me dispenser de le lire, et savoir de quoi il retournait). C'est sûrement plus agréable que de la lecture du pavé; et pourtant,même sous cette forme abrégée et riche en dialogues et monologues, j'ai eu de la peine à rentrer dans l'histoire. Au total, c'est positif, mais je doute de le lire!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, il y a des livres comme ça où il faut trouver des astuces pour les lire sans les lire.:-D Cela dit, le roman, sur les 150 premières pages du moins, vaut le détour pour le style de l'auteur, très original.

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^