lundi 24 septembre 2012

SHIM CHONG, FILLE VENDUE


SHIM CHONG, FILLE VENDUE

traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet


Quelle lecture éprouvante au début ! J'ai même failli abandonner à la première scène intime que j'ai eu du mal à définir - érotique ? porno-poétique ? rien ne collait - et pourtant je n'étais même pas à la page 50 (sur 500 environ). Pour dire, j'en ai même eu la nausée et des frissons aussi affreux que quand je lis des scènes de torture !
Les descriptions suivantes sont plus "classiques" dans le genre, mais j'avais bien du mal avec cet univers où j'avais l'impression que toutes les deux pages, Shim Chong passait à la casserole, passive et absurdement consentante.

C'était donc très mal parti, le titre aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais je m'attendais plus à une histoire dans la veine de Mémoires d'une Geisha qu'à un récit aussi révoltant et dérangeant psychologiquement.

J'étais d'ailleurs très étonnée au début car il me semblait que Shim Chong était un personnage légendaire coréen, mais j'assimilais plus le mythe qui lui était lié à une histoire type conte merveilleux, surtout que récemment encore, j'avais vu des affiches de ballets sur son histoire. Et du coup, j'ai eu un moment de grand doute en me demandant comment l'histoire d'une prostituée avait réussi à devenir une légende en Corée. C'est particulier quand même ! Et quoi, dans les ballets on mime des scènes de sexe ?!?
En me documentant en cours de lecture, je m'aperçois que la "vraie" légende de Shim Chong est en fait différente et que l'auteur, Hwang Sok-yong, l'avait détournée pour parler de la prostitution et de sa réalité.
C'est un parti pris très intéressant en fin de compte car une fois qu'on a assimilé cela,  tout s'illumine sous un angle nouveau !

A travers ce récit, se dessine une peinture sociale et économique de la Chine du milieu à la fin du XIXè siècle, mais également de Formose, Singapour et du Japon, sur les îles Ryukyu. Le contexte historique généreusement alimenté en fait un récit très instructif culturellement. Les mentalités de l'époque sont bien rendues, j'ai beaucoup apprécié cet aspect du roman.
Et puis, j'ai trouvé ça plutôt fort et audacieux de réadapter un conte pour parler d'une réalité finalement plus sérieuse, grave, tragique, et encore d'actualité, tout en gardant les grandes lignes et références à la légende.

C'est un récit assez étonnant, souvent perturbant, avec des personnages marquants mais auxquels j'ai eu du mal à m'attacher. Il m'aura souvent révoltée comme je disais plus haut, rapport à la thématique de l'esclavage sexuel où la femme est traitée comme une marchandise et l'homme apparaît comme un porc égoïste, et la misère, l'appât du gain, l'avidité, forment un cercle vicieux dont chacun essaie de se sortir du mieux qu'il peut.

Bon bien sûr, il y a une part de prévisibilité qui m'a un peu gâché ma lecture. Shim Chong étant l'héroïne (et légendaire à la base), elle est belle, douée, futée, généreuse, tout le monde l'admire, on n'a rien à lui reprocher, et on se doute bien que comme Cendrillon, toutes ses souffrances seront récompensées un jour. Cela dit, étonnamment, elle ne fera pas toujours les choix auxquels on s'attendrait, ce qui laisse une part d'amertume qui surprend presque agréablement sur la fin.

Pour finir, j'ai aimé le style sobre et efficace de l'auteur qui arrive à apporter un peu de poésie, de beauté dans cet univers sordide, à parler des choses crûment et sans détours mais jamais avec vulgarité, toujours avec une finesse et une délicatesse assez épatantes, et à préserver même l'ambiance "conte" du récit.  

Lecture commune avec Loo.
Intègre leet le

8 commentaires:

  1. Merci pour cette note de lecture, A Girl. Une histoire dérangeante donc mais intéressante et enrichissante;)

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    1. C'est exactement ça ! Le résumé parfait ! Si mon avis ne devait tenir que sur une ligne, c'est ce que j'aurais mis !

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  2. Pas tentée du tout, car je déteste autant que toi les scènes du genre que tu dis, et les scènes violentes. Mais bon, tu en as tiré du bon tout de même, et l'as terminé.
    A propos de teminé, pour A nous Paris, c'est lu et je m'amuse bien avec le F Ménar.Merci encore!

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    1. Déjà fini A nous deux Paris ? Ben dis donc, tu traînes pas toi ! Ravie que tu t'éclates avec Fabien Ménar, franchement là je n'avais aucun doute, c'était pour toi !
      Quant à Shim Chong, là aussi aucun doute, ce n'est pas pour toi. Surtout que moi j'y ai trouvé mon compte avec l'aspect historique et culturel du récit, mais tu es plus ours et shérif que japonaiseries & co, je crois, donc n'insistons pas.

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  3. Je n'ai pas eu la même réaction que toi sur cette fameuse scène mais peux tout à fait comprendre ton ressenti. Il faut dire que l'auteur ne lésine pas sur les détails et il y met un tel recul que l'on a l'impression de se prendre tout ça en pleine figure. Son style m'a d'ailleurs bien épaté pour ça.
    Comme toi je ne me suis pas vraiment attaché aux différents personnages. Par contre l'aspect culturel m'a beaucoup plu aussi.

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    1. Cette scène m'a traumatisée pendant 3 jours. J'ai même eu une réaction assez similaire à celle de ton fils avec Chi , j'étais énervée contre l'auteur de m'imposer ces images dans ma tête avec autant de précision, et j'ai fermé le livre presque avec colère. C'est vrai qu'il prend bien son temps pour décrire les scènes, avec beaucoup de soins, comme un peintre exigeant qui s'est donné pour mission de décrire une scène le plus fidèlement possible, sans juger le modèle.

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    2. Tu sais j'ai déjà eu ce genre de réaction avec des livres sur des scènes beaucoup moins "vivantes" que celle-ci, à en être déboussolée pendant un certain temps avant que ça se passe. J'espère que tu n'auras plus de lecture aussi éprouvante avant très longtemps voire jamais.;)

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    3. Je crois que moi c'était la première fois qu'un livre, ou du moins une scène dans un livre, me faisait réagir aussi violemment, ou a exercé une réelle violence dans ma tête. C'était assez dingue comme expérience. J'en étais d'autant plus étonnée que j'ai dû lire pire, plus audacieux et écoeurant, parfois volontairement provocant, mais là, cette scène m'a vraiment perturbée. Tout son contexte, Shim Chong innocente, vendue comme concubine à un vieillard (un vieillard !), qui abuse d'elle comme un droit, pour son plaisir, sans se soucier de ce qu'elle en pense, et puis la déchéance de cet homme aussi qui, parce qu'il ne peut faire autrement, assouvit un fantasme des plus écoeurants... Moi tout ça mélangé, ça m'a mis une claque, oui. J'espère en effet ne plus avoir à revivre une telle expérience !

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^

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