dimanche 5 octobre 2014

MA VIE PALPITANTE


MA VIE PALPITANTE

traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel

"Mes parents avaient seize ans quand ils m'ont eu. J'ai eu seize ans cette année. Je ne sais pas si je vivrai jusqu'à mes dix-huit ans. Je ne suis sûr que d'une chose : il me reste peu de temps. Pendant que les autres enfants grandissent, moi, je vieillis.[...]
Seize ans est-il un bon âge pour avoir un enfant ?
Trente-deux ans est-il un bon âge pour le perdre ?
Ceci est l'histoire de très jeunes parents et de leur très vieil enfant."

Je serais incapable de dire ce qui m'a attirée dans ce livre...
... le sens de la formulation peut-être, une façon directe et sans détour de dire les choses, un constat simple, sobre, mais pas froid, rien d'un appel au secours non plus, ni à l'empathie, rien de larmoyant, pas de victimisation... et ces questions que je trouvais pour le moins originales, la rareté même de la situation, les réflexions que cela pourrait susciter... oui, tout cela m'a intriguée.
Et pourtant, côté thématique, ce n'était pas gagné. Ces histoires de jeunes atteints de telle ou telle maladie et condamnés à mourir, c'est un peu comme ces thématiques de guerre et autres, je ne m'y précipite pas, trop de pathos tue le pathos, mais ce livre semblait offrir autre chose, une problématique plus originale, un questionnement plus large et universel.

En le feuilletant, je suis tombée sur ce passage :
Et là, j'ai tout de suite su que ce livre me plairait d'une manière ou d'une autre !

Pas d'erreur, l'intuition fut bonne. J'ai trouvé ce récit fort dans sa sobriété, efficace dans sa manière de ne pas s'appesantir sur un sujet douloureux qui aurait pu être déprimant, tout en en faisant le centre de l'histoire, et étonnant, très étonnant ! De par son humour inattendu, un côté décalé et burlesque, notre jeune vieux qui ne manque pas de dérision, sans parler de son entourage, des personnages hauts en couleur, beaucoup de pauvres gens qui ont leurs propres fardeaux à porter mais qui ne manquent pas de ressources. J'ai aimé ce milieu, ces gens simples, chacun confronté à une épreuve de la vie, et la manière dont ils l'abordent et l'affrontent. Rien d'évident mais rien de surdramatique. La vie. J'ai aimé cette fraîcheur.
L'auteure, Kim Ae-ran, a un sens épatant de l'intrigue et de la formule. Tout sonne juste, naturel, crédible et profondément réaliste.

Il y a peu, je ronchonnais à propos de Nos étoiles contraires qui sonnait faux à mes oreilles et trop conte de fées bluette à l'américaine. C'est une toute autre affaire ici, et sans qu'on verse dans le mélodrame pour autant, c'est une histoire forte, qui remue, belle, non dénuée d'humour, et réaliste, que nous offre l'auteure ici. J'ai même été transportée par la romance qui pointe son nez à un moment donné ici, ouioui, transportée, c'est pour dire, et quel coup de poing dans le ventre (le vrai, celui qui laisse pantois) lors d'un passage que ceux qui ont lu ce roman reconnaîtront tout de suite (non, je ne spoilerai pas).

Un roman qui fait réfléchir aux destins, à la vie, ses injustices, à l'attitude qu'on peut adopter face à l'adversité.
Une très belle histoire d'amour entre des parents et leur fils dans un contexte presque surréaliste.

Je sors de là légère, avec le sentiment d'avoir partagé une expérience humaine hors du commun, qui m'a presque fait du bien !

L'auteure
Figure de proue de la jeune génération, Kim Ae-ran est née en 1980 à Incheon. Se démarquant des écrivains des décennies précédentes, fortement empreints de l'histoire douloureuse de la Corée, ces jeunes auteurs ont déplacé leurs thématiques vers la profonde révolution des mentalités qu'a entraînée l'envolée économique du pays. Dans leurs oeuvres, la dramatisation n'exclut ni la légèreté ni le rire provoqué par les situations cocasses, que Kim Ae-ran excelle à décrire.

10 commentaires:

  1. Rien à la bibli (mais tu as su me convaincre)
    J'ai découvert qu'à la médiathèque ils ont placé sur des étagères des mangas et lecture jeunesse dans la salle informatique (là où se précipitent les jeunes -et moins jeunes), on ne sait jamais, quoi...

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    1. Mais ce n'est pas un manga ni une lecture jeunesse ce livre, hein.;-)
      Et oui, vraiment un roman à découvrir (donc à suggérer à ta bib';-)).

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  2. Longtemps que je suis resté à l'écart de la littérature coréenne, ce serait l'occasion de m'y remettre.

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    1. Ah, une mauvaise expérience ? En tout cas, si tu souhaites t'y replonger, je recommande fortement ce roman (et je serais curieuse de ton avis en comparaison avec Nos étoiles contraires - même si pas forcément réellement comparables).

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  3. Plus fort que "Nos étoiles contraires" (que je n'ai pas encore lu) mais aura-t-il autant de succès?
    Bon vendredi.

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    1. "Plus fort" me concernant hein.;-) Et autant de succès, non, impossible. Déjà le public cible n'est pas le même. "Nos étoiles contraires" est un roman Young Adult comme on dit, il avait déjà un fort potentiel - une histoire d'ados... une romance d'ado... - sans compter le fait que c'est un roman américain. La sortie de "Ma vie palpitante" s'est faite plus discrète déjà + litté coréenne + sujet assez particulier tout de même. Nonon, il n'y a que moi que ça intéresse ce genre de livres.;-)

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  4. Tiens c'est rigolo alors que je parle de "Nos étoiles contraires" quand toi tu parles d'un autre ado malade. Mais le ton semble franchement différent dans ce récit coréen. Ah, tu me donnes bien envie là !

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    1. Complètement différent, franchement rien à voir, et absolument savoureux !;-) Je pense que tu saurais apprécier.:-)

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  5. Ah ouiii intéressant et j'adooore l'extrait !! Je n'ai jamais rien lu venant de Corée.

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    1. Oooh si tu le lis, je suis vraiment curieuse de ton avis ! En tout cas, je le recommande encore et encore !

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