lundi 13 juillet 2015

LA TRINITÉ BANTOUE


LA TRINITÉ BANTOUE

Aaah ce livre, c'est un de ces moments de lecture bonheur où l'on boit chaque phrase comme du petit lait avec un sourire banane de satisfaction et d'amusement, où l'on est presque reconnaissant à l'auteur d'exister et d'avoir eu l'heureux projet de ce roman !

Cette phrase en exergue sur le rabat de couverture, j'ai adoré. Ça donne tout de suite le ton, ça ne laisse présager que du bon, et franchement, je n'ai pas été déçue !
"Je vais devoir mentir, ça arrangera tout le monde."

Max Lobe, l'auteur, c'est une voix à découvrir, comme disait Zarline dans son billet qui m'a incitée à me précipiter sur ce roman et dont je recommande fortement la lecture (et du livre, et du billet).
Un roman d'un auteur camerounais qui vit en Suisse, voilà qui ne pouvait que m'intriguer, surtout de par les thématiques abordées : les galères de Mwána, un jeune Bantou, en Suisse, à la recherche d'un emploi après de brillantes études, en couple avec Ruedi, un Suisse 100% pure souche, la précarité dans un des pays les plus riches du monde, la communauté noire en Suisse, l'homosexualité dans ce contexte...
Cela m'intéressait déjà que le récit se déroulait en Suisse, moi qui n'ai pas lu grand chose se déroulant par là, mais la petite touche africaine en plus, c'était un sacré bonus.

Zarline parle d'expressions très suisses. J'avoue, je ne suis pas assez spécialiste pour bien les distinguer. Pour moi, ça devait bien se fondre dans le récit pour que je ne m'en rende pas trop compte, tout en appréciant une certaine originalité, inventivité dans la plume. En revanche, on ne manquera pas de se réjouir fortement des expressions et dictons africains qui confèrent un exotisme certain et savoureux à l'ensemble du récit.
Quelle langue riche, colorée, imagée, en réalité. C'est tellement authentique, brut, droit au but, que ça en est drôle, j'adore !

"Pas question qu'ils deviennent comme leur père machin-machin-là qui n'a pas de gêne à s'adonner aux tâches ménagères."

"- Mais rien de grave. Juste un tout petit mal de gorge comme ça là. Quand ça sera fatigué de m'embêter, ça va seulement passer son chemin. Tranquillos."

"- Laisse les gens par terre. Il faut qu'on parle, toi et moi. Parce que le genre de choses que j'entends là dans mes oreilles, ça demande un parlement."

C'est surtout la mère de Mwána qui m'aura régalée à ce niveau-là, quel sacré personnage ! Une maman "toujours à la rigolade", même dans les moments les plus durs. Seule la maladie aura raison de sa bonne humeur et de son sens de l'humour. Malgré tout, on reste très attaché et admiratif face à ce personnage et cette personnalité hors normes. Généralement, les récits où apparaît le cancer me crispent, mais là, quel tour de force ! J'ai trouvé que l'auteur avait développé avec beaucoup de justesse, de finesse, de tendresse et de sensibilité cet aspect du récit. Rien de mélodramatique, rien de ridiculement joyeux non plus, simplement, l'auteur parvient à nous toucher, nous émouvoir, nous serrer le coeur, tout en nous laissant encore le coeur à sourire et même rire.

Ceci dit, ce récit ne tourne pas qu'autour de la maladie de la mère de Mwána. C'est "juste" un des malheurs de plus qui accablent notre jeune homme. Le récit se développe de façon assez riche, alors qu'on suit le parcours semé d'embûches de Mwána, nous permettant de croiser divers personnages hauts en couleur. J'ai adoré le regard de l'auteur sur tous les personnages qui gravitent autour de notre Bantou, un regard sans concession mais tendre au final, un portrait intéressant des Bantous et des Suisses, une belle immersion dans ces deux cultures, et toujours, malgré le malheur et le pas-de-bol ambiant, de la légèreté, de la bonne humeur, de l'humour. C'est un roman qui m'évoque, quand j'y repense, beaucoup de fraîcheur.

"Je n'allais pas leur dire que je ne mange pas toujours à ma faim. Que je me nourris grâce aux Colis du Coeur. [...] Non. Non. Je n'allais pas dire à Safia que toutes mes recherches de travail - oh combien n'en ai-je pas faites ?! - toutes mes postulations, se résument systématiquement à un échec glacial qui me fait froid dans le dos. Je n'allais pas leur raconter tout cela. Non. Je n'allais quand même pas baisser ma culotte devant elles. Il y avait du lourd devant, certes, mais derrière... la vie m'enculait. Et ça, ce n'est pas beau à voir. Je ne voulais pas le leur montrer. Ou on est Bantou ou on ne l'est pas ! J'ai ma fierté à préserver, voyons ! Je suis un Bantou. Quand même ! Même à sec, la rivière doit conserver son nom."

La fin est peut-être un peu lisse et convenue mais je l'ai appréciée tout de même.

Je poursuis avec ce roman mon exploration des littératures africaines, et je me régale, je me régale ! J'en veux encore plus !

L'auteur
Max Lobe, né à Douala en 1986, est un écrivain camerounais vivant en Suisse depuis 2004. Il suit des études de communication et journalisme à Lugano, puis un Master en politique et administration publique à l'Institut de Hautes Études en Administration Publique de Lausanne. Il est établi aujourd'hui à Genève.
Il a été lauréat du Prix de la Sorge en 2009.

14 commentaires:

  1. A lire les passages, je sais que ça me plairait. remarque j'ai eu la même impression avec le ghanéen, là, récemment, chez zulma.

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    1. Sûr que ça te plairait ! Bon, le ghanéen, je viens de vérifier, ça y est il est dans mes bib', yes ! Yapluka (mais bon, tu n'es pas sans avoir que ma PAL a quelque peu augmenté cette semaine ;-) ) !

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  2. J'ai un de ses romans dans ma pal (39 rue Berne), tu me donnes envie de ne pas le laisser traîner trop longtemps, je crois qu'il a tout pour me plaire cet auteur.

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    1. Tu ne regretteras pas ce détour par la Suisse camerounaise.;-) Pas lu 39 rue Berne (c'est en projet "imminent"^^), mais j'ai confiance.

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  3. je suis tentée, tentée, tentée! Rahhhh (je n'ai pas assez de temps pour lire, m'éneeeerve!)

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    1. Aaah des fois il y a des priorités qu'il faut faire passer devant le reste. Ce roman en fait partie !;-)

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  4. je ne connaissais pas mais voilà qui éveille mon attention!

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  5. Ahhh que ton billet me fait plaisir alors que j'ai failli le louper à cause de mes vacances. Il faut absolument que tu lises 39, rue de Berne si tu as aimé celui-ci. Le personnage de la mère y est encore plus timbré et attachant.
    P.s. Gordimer, I'm ready! Redis-moi juste quand tu l'as fini et je rédige mon billet.

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    1. Oooh oui, 39 rue de Berne est dans mes projets lecture (relativement) imminents ! :-D Ma bib' l'a en plus !
      Quant à Gordimer, je pense le finir ce weekend, donc le temps du billet (je suis au ralenti en ce moment), disons, euh, le 04/08 ? Hâte de voir comment se termine ce récit ! La tournure des événements est un peu inquiétante...

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    2. 4 août, vendu! Curieuse de connaitre ton avis...

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    3. Pas de suspense, il sera très positif !:-) J'ai été vraiment surprise et plutôt agréablement.

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  6. Et bien pourquoi pas, suisse et afrique, des lieux hélas trop loin de mes lectures habituelles...

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    1. Oui, si tu as l'occasion de le lire, franchement n'hésite pas !

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