jeudi 11 février 2016

LA MALADROITE


LA MALADROITE

Ma première pensée en sortant de ce livre, c'était "Mais comment je vais noter ça ?". Depuis un an, je mets en effet une petite note indicative de mes lectures sur Goodreads (de 1 à 5 étoiles), même si j'ai toujours rechigné à me plier à ce genre d'exercices car je trouve que ça n'exprime pas de façon assez nuancée mon appréciation d'un livre. Bref, j'ai quand même pris le pli, et jusqu'à présent, je me satisfaisais tant bien que mal de ce système, sauf qu'ici, je me suis restreinte à un simple commentaire car il m'était impossible de faire autrement :

"Pas de notation... Je n'arrive pas à m'y résoudre. C'est un livre, en regard du sujet sûrement, dont je ne peux décidément pas résumer ma lecture par "j'ai aimé/pas aimé". Glaçant, effarant, rageant, incompréhensible, voilà ce qui m'a traversée tout le long."

Ici, je compléterai par :
Je cherche des mots sur l'indicible, l'écoeurement, je bugue dans ma tête, traumatisée par la pensée que cette histoire est inspirée de faits réels. Et pourtant, j'en ai lu quelques-uns des romans sur des faits horribles qui illustrent l'ignominie chez l'humain, et parfois, j'ai eu de vrais coups de coeur, ou j'ai détesté, mais là, ce sont juste des faits relatés. Pas vraiment d'intrigue romanesque, pas de fiction à laquelle me raccrocher. Aime-t-on les chroniques de faits divers un peu sordides dans un journal ? Non. Les déteste-t-on ? Non. Est-on pour autant indifférent ? Non...

Pour resituer brièvement le contexte, quand paraît dans le journal l'avis de recherche de Diana, 8 ans, ceux qui l'ont fréquentée de près réalisent qu'il est trop tard. Ce livre essaie de comprendre d'une certaine manière comment une enfant clairement maltraitée a pu passer au travers des mailles de la sécurité et de la protection de l'enfance.

En quelques pages, en un tour de table, les faits sont reconstitués à travers les témoignages de l'institutrice, de la grand-mère, de la tante, du demi-frère, des médecins, de la directrice, des gendarmes. On a l'impression que face à une telle horreur, les gens ne peuvent faire autrement que la contourner, la fuir en quelque sorte, comme un déni de réalité.
"Les affaires de maltraitances supposées, c'est une lourde responsabilité."
Mais bam, trop de précautions tue la précaution...

Ce qui m'a mis particulièrement mal, ce sont ces parents machiavéliques, d'une attitude incompréhensible (mais qu'est-ce qui leur passe par la tête ??). Très détendus à chaque convocation, d'une "aisance improbable" lorsqu'ils débitent des arguments délirants pour expliquer toutes les marques sur le corps de Diana
"... ils m'avaient déstabilisée avec leur apparence de politesse, leurs faux airs de réserve et de spontanéité - qui leur donnaient l'image de ne pas maîtriser les codes, alors qu'ils les contournaient tous.

J'ai été assez fascinée par la démarche de l'auteur qui, pour exorciser ces démons, a réussi à retranscrire avec justesse l'absurdité d'un système dans lequel il est difficile de juger les personnes impliquées dans l'affaire. Ce qu'on constate, c'est qu'il y a  une certaine impuissance générale liée à toute une procédure d'une lourdeur administrative effarante, à "un cadre à respecter".

Ce "on avait fait ce qu'on avait pu" m'a souvent hérissé le poil et résume la situation.

Une lecture dure, traumatisante, parce qu'on se sent démuni face à la démence qui existe en ce monde.

L'auteur
Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a soutenu en 2010 une thèse de Littérature générale et comparée.

18 commentaires:

  1. Pas encore franchi le pas de cette lecture tellement je sais que je serai dans un état proche du tien.
    En tout cas, rien que le fait que ce soit un roman inclassable et dérangeant parle en sa faveur.

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    1. Ah oui, tout à fait ! Si le sujet en lui-même est juste insupportable, je n'ai vraiment rien à "reprocher" au livre qui rend compte de cette tragédie avec beaucoup de justesse.

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  2. Hum, tu me donnerais presque envie de le lire (mais j'ai lu l'histoire dont c'est tiré, sur internet, et déjà ça m'a fait mal...)

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    1. Un moment de lecture très éprouvant, c'est sûr, mais je ne regrette pas de m'être lancée.

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  3. Impossible de sortir de ce roman indemne... Il marque, longtemps...!

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  4. Je n'arrive pas à avoir envie de le lire malgré tous vos billets.

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    1. Je peux le comprendre. J'ai mis du temps aussi et au début, je n'avais pas du tout, mais alors pas du tout envie de me lancer dans ce livre. Et puis, la curiosité... L'envie de comprendre l'adhésion quasi générale autour de ce livre avec un tel sujet...

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  5. Je reste persuadé que je le lirai, à un moment ou l'autre.

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    1. J'étais convaincue que tu l'avais déjà lu. J'étais même sûre que tu faisais partie des lecteurs marqués par ce livre et dont les avis étaient très positifs (mais je dois confondre avec Noukette ;-)). Bon, du coup je suis assez curieuse de te lire à ce sujet.

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  6. j'avais beaucoup aimé en dépit de l'horreur du sujet. Mais le ton est juste et sobre. A voir ce que ce monsieur va écrire après cela...

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    1. Un beau succès inattendu. L'éditeur a dû réimprimer plusieurs fois, il me semble. J'ai cru comprendre que l'auteur avait été particulièrement marqué par les faits réels au point de ressentir le besoin d'écrire là-dessus. Curieuse de savoir moi aussi quelle sera son éventuelle prochaine oeuvre.

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  7. Je suis incapable de lire ce genre de livres. De plus, cela s'est passé pas loin de chez moi... J'en ai beaucoup entendu parler. Je crois que je n'aurais pas le courage de replonger dans ces horreurs.

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    1. Ça je peux vraiment le comprendre. Déjà moi ce n'était vraiment pas de gaieté de coeur que je m'y suis plongée. J'étais juste vraiment curieuse à un moment parce que des gens de mon entourage l'avaient lu, et eux aussi (en dehors de la blogo donc) avaient trouvé ce récit fort.

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  8. Bonjour A_girl, c'est un livre court mais intense qui marque. Pauvre petite "maladroite" qui aime ses parents malgré tout. On est chamboulé à la lecture de ce roman. Bonne fin d'après-midi.

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    1. Bonsoir Dasola, oui terriblement bouleversant ! Je ne sais pas trop si elle les aime vraiment, ou si elle ne les aime pas plutôt par défaut, elle n'a personne d'autres, c'est la vie à laquelle ils l'ont habituée... Un peu comme ces chiens attachés à leurs maîtres malgré tout, faute de mieux... En même temps, elle les défend, ou du moins, ne dénonce rien, c'est effarant. Bonne soirée.

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  9. Je l'ai tellement vu partout que je finirai bien par le lire aussi...
    Bon weekend;

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    1. C'est un sujet difficile et éprouvant mais son traitement est réussi. Curieuse de ton avis ! Bon weekend.

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