mercredi 23 mars 2016

LA BEAUTÉ DU DIABLE


MY BEAUTIFUL SHADOW

( LA BEAUTÉ DU DIABLE )

traduit de l'anglais (Inde) par Françoise Nagel

Repéré chez Jérôme, ce livre dont l'action se déroule au Japon m'a intriguée d'emblée car écrit par une auteure indienne.
Le titre, la couverture, laissaient présager du léger connoté girlie mais ça ne me dérange pas de temps à autre. Je lis aussi pour me divertir.:-)
J'aimais assez, par ailleurs, l'idée de la thématique présentée en 4è de couv' : "La beauté du diable, ou comment le désir vient aux femmes. Le désir d'être belle, de se croire une reine [...]."

Cet extrait, cité également dans la 4è de couv', m'a bien amusée et m'a aussi donné le ton du récit. Quelque chose de touchant, désespéré et digne à la fois dans cette superficialité que l'auteure, Radhika Jha, arrive à retranscrire avec beaucoup de justesse : "Et même si nos maisons sont vieilles et délabrées, si les murs empestent l'usure et la décrépitude, quand nous sortons après notre toilette matinale, nous sommes jeunes, fraîches et superbes."

C'est ce qui m'a plu d'emblée dans ce récit d'ailleurs, l'écriture de l'auteure, qui a su me captiver et que j'ai trouvé agréablement surprenante dès les premières lignes. Un contenu et un style plus consistants que je ne m'y attendais. Je rejoins d'ailleurs complètement cette description de Marine Landrot (Télérama) : "Il y a, dans l'écriture de Radhika Jha, une simplicité envoûtante, qui met à nu les comportements humains les plus déviants, et les plus déchirants."

J'ai été prise aussi par cette part de mystère entretenu tout le long du récit, alors qu'on se rend compte que Kayo, la narratrice, relate son histoire en s'adressant à un intrigant interlocuteur américain.
Kayo suit le cursus assez classique des Japonaises, surtout quand elles ne peuvent tout miser sur leur beauté naturelle. Se marier tôt avec le premier bon parti qui lui manifeste quelque intérêt, puis tenir la maison en gérant les comptes. Une vie de femme au foyer qui s'avère assez rapidement morne et monotone mais qui va être totalement bouleversée par ses retrouvailles avec Tomoko, une amie du lycée. Cette dernière va l'initier au monde du luxe et des apparences pour satisfaire à la nécessité d'être physiquement impeccable à tout prix. 

"Les vêtements représentent le seul vrai pouvoir que nous autres femmes détenons en ce monde."

"Savez-vous qu'au Japon, nous n'avons pas trois mais quatre religions ? Nous avons grandi avec trois d'entre elles : le shintoïsme, le bouddhisme et le christianisme. Mais dans les années 1960, une nouvelle religion est arrivée au Japon et a éloigné bon nombre d'entre nous des anciennes croyances. Ce culte n'a pas de nom, je lui en ai donc donné un - je l'appelle le bonheurisme. C'est la religion que vous, les Américains, nous avez apportée [...]."
"Grâce à vous, les Américains, nous avons découvert le bonheurisme. Et maintenant, nous voulons que le monde entier soit heureux et achète, achète et achète encore, comme nous. Alors la paix, régnera dans le monde."

Ce qui ressemble à une course effrénée aux achats assez classique, façon l'accro du shopping, vire rapidement à l'obsession maladive de l'achat compulsif, jusqu'au surendettement, alors que Kayo est prise au piège des ventes privées. Et c'est là que le récit prend une tournure vraiment intéressante et inattendue car Kayo se retrouve entraînée dans une spirale infernale quasiment inextricable.
Il y a finalement, dans ce roman, plus de drame que de légèreté.

"Car voyez-vous, il ne s'agit pas seulement de mon histoire. C'est l'histoire de mon club, et aussi celle de mon pays. C'est l'histoire de notre honte."

Un récit écrit par une Indienne, mais qui a une connaissance telle de la culture japonaise qu'on pourrait croire que c'est écrit par une Japonaise. Tout concorde dans les faits, le mode de vie, de façon très crédible. On côtoie les pensées de Kayo de façon tellement intimiste que j'avais l'impression d'être dans sa tête, microscope à la main. Du coup, ce récit m'a fait l'effet d'un témoignage original très précieux sur ce que ressent vraiment la femme japonaise, ce que j'ai trouvé particulièrement fascinant. J'ai beaucoup aimé cet aspect. Ceci dit, je doute qu'une Japonaise se dévoile autant car ce roman est tout de même une forme de critique assez franche de la société nippone et de ses dérives qui peuvent induire tant de souffrance et de mal-être. 

Un récit qui, sous les airs de la superficialité, est plein de profondeur, de surprises et d'intelligence.

L'auteure
Née à Dehli en 1970, Radhika Jha perd sa mère à trois ans, grandit à Bombay, et atterrit dans un pensionnat himalayen avant d'obtenir une bourse pour aller poursuivre ses études aux États-Unis. Elle vit maintenant à Dehli où elle travaille comme attachée culturelle de l'ambassade de France en Inde. Elle est l'un des jeunes espoirs de la littérature indienne d'aujourd'hui.

10 commentaires:

  1. Oh mais tu le vends bien, ce bouquin! Comme d'hab, s'il croise ma route!

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    1. Il m'a vraiment convaincue, et franchement surprise. Oui, ne le rate pas sur le chemin.;-)

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  2. J'étais persuadé que tu l'avais lu depuis longtemps ! J'en garde un excellent souvenir. Ma femme aussi l'avait beaucoup aimé et il est extrêmement rare que l'on soit sur la même longueur d'ondes niveau lecture, comme quoi...

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    1. Hahaha Jérôme, quand je note un titre imprévu, tu sais que je suis rarement prête de le lire avant 2025.;-) Là, je m'épate, je dois dire.
      Sinon oui, c'est vrai que c'est un livre surprenant, qui pourrait gagner l'adhésion de lecteurs aux goûts très différents.

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  3. J'ai déjà vu sa couverture, sans être plus intriguée que ça, mais tu sais donner envie !

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  4. "jeunes, fraîches et superbes" : mon ambition ! :-D

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    1. Haha ! :-D Pas une ambition mais on essaie de ne pas trop se laisser aller tout de même.;-)

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  5. Pourquoi pas faire connaissance avec la femme Japonaise dont je ne sais rien mis à part ce que les médias TV m'en disent !

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    1. Oui franchement, rien de tel qu'un roman sur le sujet parfois pour une meilleure vision ou compréhension d'une culture !:-)

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