dimanche 8 janvier 2017

COQUELICOTS D'IRAK


COQUELICOTS D'IRAK

(mes premières lignes sont un cop/col légèrement remanié de mon premier paragraphe sur Formose de Li-Chin Lin parce que je trouve qu'il se prête bien à cet album également #recyclage)

Sacrée aubaine que d'être tombée sur cette BD par hasard à la bib' !
J'adore tout bonnement ces témoignages sur des pays rarement mis en avant (du point de vue intérieur, j'entends), surtout par un de leurs ressortissants, et particulièrement en BD, car les BD permettent de traiter les sujets simplement et clairement, avec concision, tout en étant très instructives, et l'humour est souvent au rendez-vous malgré des sujets qui ne prêtent pas forcément à rire.

Coquelicots d'Irak ne déroge pas à la règle et je ne regrette vraiment pas le voyage.

Et concernant l'Irak, cet album tombait très bien car j'avoue n'avoir jamais eu l'occasion de lire quoi que ce soit autour de l'Irak, et l'occasion se serait présentée, pas dit que je me précipitais (*EDIT en fin de billet). Mais cet album avait un petit quelque chose qui ne pouvait me laisser indifférente. Son titre, cette couverture avec cette petite fille, une impression d'innocence, de récit accessible, de quelque chose de pas trop noir et glauque. La quatrième de couv' m'a par ailleurs tout de suite ferrée.

"Au moment où l'histoire de l'Irak s'efface à l'explosif et les mémoires s'estompent peu à peu, ce récit recueille les souvenirs d'une fillette, d'une famille et de tout un pays."

J'ai bien aimé le côté non rigoureusement chronologique du récit. Ça rend la narration plus réaliste, comme des souvenirs qui resurgissent comme ils viennent, sans ordre préétabli. L'auteure, Brigitte Findakly, entrecoupe également son récit d'informations sur les traditions et moeurs irakiennes qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe mais qui sont très instructives et qui m'ont bien amusée ou fait halluciner parfois.

"En Irak, l'invité doit dire non lorsque la maîtresse de maison propose de lui resservir à manger. La maîtresse de maison doit insister plusieurs fois et alors seulement il est permis d'accepter. Ma mère faisait de succulents desserts français qui étaient très appréciés. Lorsqu'elle en reproposait, les invités, salivant, refusaient poliment et attendaient que ma mère insiste. Ce qu'elle ne faisait jamais. Ma mère ne se fit jamais à cette coutume... Par contre, les invités finirent par changer leurs habitudes quand ils venaient chez nous."

Bien sûr, il faut imaginer cela avec les dessins de Trondheim (son époux) qui rendent ces anecdotes particulièrement cocasses. Des dessins avec des personnages à la Sempé, une dimension "souvenirs à hauteur d'enfant" qui colle bien au récit et lui confère une certaine innocence. C'est un album vraiment très plaisant de ce point de vue.

J'ai bien aimé le fait que l'auteure raconte simplement le quotidien familial, mêlé de toutes sortes de souvenirs, et à travers ces évocations, des plus anecdotiques à des faits éclairant leur conditions et mode de vie, en passant par les coutumes irakiennes, il y a tout de même l'histoire de l'Irak qui se dessine clairement, avec la violence de ses événements, ce qui rend ce récit culturellement et historiquement instructif. Car bien sûr, qui dit Irak dit bouleversement politiques, coups d'état, censure, guerre Iran-Irak... La famille a dû d'ailleurs émigrer en France, le pays d'origine de sa mère. J'ai beaucoup aimé le récit de son adaptation en France qui n'est pas sans désillusions.

Bon, côté humour, on est très loin de Riad Sattouf, mais il y a une certaine légèreté de ton, disons une absence de gravité, et un humour tout de même présent qui rendent ce récit plutôt savoureux. Les faits sont racontés simplement, presque sans émotion (mais sans froideur non plus).

J'ai trouvé très intéressant cet Irak des souvenirs d'enfance, puis le regard de l'auteure une fois adulte, et surtout, après avoir vécu en France, le choc du retour, le gouffre culturel, le constat d'une véritable régression dans la façon de vivre de la population en général et des femmes en particulier, tout cela évoqué toujours avec cette extrême simplicité, sans jugement, juste un état de fait.

L'histoire de cette famille parmi d'autres est touchante aussi. On s'attache à eux, à leur devenir. J'ai beaucoup aimé la conclusion, la fin qui s'achève sur les terribles événements de 2016, l'histoire qui les rattrape et nous rattrape tous maintenant.

Un album raconté et illustré très sobrement, mais avec une certaine sensibilité tout de même. Un récit riche et instructif, beaucoup plus copieux qu'il n'y paraît en terme d'informations et de thématiques.

*EDIT Ah ben si en fait, je viens de me rendre compte que j'ai lu il y a peu Les Seigneurs de Bagdad de Brian K. Vaughan, une BD également, dont l'histoire se déroule en Irak, mais je m'étais précipitée surtout à cause de Brian K. Vaughan et parce que ça parlait d'animaux...

Les auteurs
Brigitte Findakly est née en 1959 à Mossoul, Irak, et elle y a grandi jusqu'en 1973. Elle est coloriste de bande dessinée depuis 1982.
Lewis Trondheim, né en 1964 à Fontainebleau, est auteur de bande dessinée. Marié à Brigitte Findakly depuis 1993, ils ont deux enfants et vivent dans le sud de la France.

12 commentaires:

  1. Trondheim, je connais!Enfin, ses BD.
    Inutile de te dire que je suis très attirée par cette BD..

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    1. Aaah je suis convaincue qu'elle te plairait bien !

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  2. Pourquoi pas. Mais Trondheim je le préfère scénariste que dessinateur (si tu as l'occasion de dénicher sa série Maggie Garrisson à la bibli, fonce !).

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    1. Ut-tut-tut ! T'essaierais pas d'allonger ma PAL comme ça, à la mine de rien, au détour d'un commentaire ? Enfin, ceci dit, j'aime bien la Zizi de Trondheim, donc sa Maggy pourrait bien me plaire aussi en effet.:-)

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  3. j'adore ce genre de livre. J'ai tout de suite fait le lien avec Sattouf. Je n'ai pas lu grand chose de Trondheim dans ma vie mais contrairement à Jérôme, le dessin me plaît assez.

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    1. Oui, j'aime bien aussi ce genre de dessins.:-) Ça colle bien avec le récit en tout cas. Et j'adore aussi ce genre de livres ! :-)

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  4. Pas fan de ce trait un peu simpliste mais il ne faut jamais dire jamais ;-)

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    1. Exactement ! Tu es la voix de la sagesse même. ;-)

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  5. Tout comme toi je dois dire que le titre et la couverture me semblent invitants. L'absence de gravité j'aime bien aussi la retrouver, surtout lorsqu'un auteur traite de sujets aussi délicats.
    Avec une touche humaine et sensible. À découvrir...

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    1. Oui, et puis vraiment, sur l'Irak, il n'y a pas tant de témoignages que ça dans le genre (bon, je n'ai pas trop recherché, j'avoue). Je trouve que cette BD vaut le détour rien que pour ça, en plus, le sujet est vraiment bien traité.:-)
      Bonne soirée à toi, bisous.

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  6. On peut utiliser des sujets intéressants dans les BD, je n'en doute pas, mais ça ne me tente vraiment pas.
    Bonne fin de soirée.

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    1. Si c'est ce sujet-là en particulier qui ne te tente pas, pas de souci. Il y a bien d'autres sujets intéressants en BD en effet. Je tâcherai d'en trouver une qui corresponde davantage à tes goûts et qui te fera voir les BD sous un autre angle.:-)
      Bonne soirée.

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