jeudi 2 novembre 2017

MATTEO A PERDU SON EMPLOI


MATTEO A PERDU SON EMPLOI

traduit du portugais par Dominique Nédellec

De l'auteur, Gonçalo M. Tavares, je garde un excellent souvenir de Monsieur Kraus et la politique, le seul de ses livres que j'ai lu il y a, oh, un bail maintenant. J'avais prévu de poursuivre ma découverte de ses oeuvres assez rapidement mais bon, PAL, LAL, autres tentations livresques (rengaine connue)...
Un saut récent à la bib' me met sous le nez son dernier paru, et là, l'envie de renouer avec l'univers de Tavares me reprend enfin. Le titre (son choix quelque peu intrigant, cette affirmation qui laissait entrevoir mille scénarios que j'imaginais savoureux sous la plume de cet auteur), la couverture (ce mannequin étrange qui renvoie à quelque chose de figé - la société ?), la quatrième de couv' (où s'étaient glissés les termes "aventures insolites", "destins liés comme dans un jeu de dominos", " le lecteur avance de surprise en surprise, empruntant les chemins de l'absurde et de l'intelligence"), tout concourrait à raviver mon envie, j'en avais limite la bave aux lèvres.
C'est que Tavares m'avait déjà régalée de son humour mordant, son sens de la dérision, dans un univers où l'absurde côtoie les réflexions qui grattent, et je m'attendais à retrouver tout cela ici.

Un chose est sûre, avec cet auteur, on sort toujours des sentiers battus. Il a un univers qui porte sa signature et dont l'étrangeté, l'audace et l'originalité me séduisent indubitablement, même si je n'ai pas toujours les clés de la compréhension.
Ici, nous avons affaire à un roman particulièrement déroutant, catégorie OLNI !
Ça commence dès l'ouverture de chaque chapitre, introduit chacun par une photo de mannequin (comme sur la couverture), suivie d'une série de photos cumulant les précédentes et la suivante. C'est forcément intrigant d'emblée. Chaque chapitre est consacré à un personnage, vingt-six en tout, dont nous suivons un épisode de leur vie (les "aventures insolites" de la quatrième de couv') par ordre alphabétique de leurs noms, jusqu'à l'apparition de Matteo, celui qui a perdu son emploi.
Un titre qui m'a donné une impression de choix aléatoire au début car chaque chapitre s'ouvre sur un titre désignant un personnage et la thématique de son histoire ("Cohen l'homme aux tics", "Gottlieb et son dos", "Hornick et le labyrinthe", "Kashine et le NON", etc), et je me suis dit que le titre de l'ouvrage aurait pu être n'importe lequel de ces titres, mais en fait, le récit de chaque individu et leur histoire converge très précisément vers celui de Matteo, ce qui en fait en quelque sorte le personnage principal.
Une petite déception à ce niveau car attention SPOILER je m'attendais à une révélation particulière en arrivant à ce personnage, quelque chose qui expliquerait tout le chemin parcouru d'un personnage à l'autre pour arriver jusqu'à lui, un tour de force quelconque arrivé à son chapitre, un chapitre exceptionnel... mais en fait, non. Rien. Rien qui m'ait sauté aux yeux du moins. Comme si la boucle n'était pas tout à fait bouclée...

Chaque récit se lit un peu comme une nouvelle, précisément le genre que je n'aime pas trop dans certains recueils, avec les inégalités d'un récit à l'autre, certains plaisants avec leur lot de réflexions intéressantes, d'autres vous laissant un peu sur votre faim, mais ce que j'ai trouvé tout de même fascinant, c'est ce que la quatrième de couv' compare à un jeu de dominos ("vingt-six individus dont les destins sont liés comme un jeu de dominos, la chute d'une pièce entraînant celle de la suivante"), et que j'ai vu plutôt comme la comptine des "Trois petits chats" (chapeau de paille, paillasson, somnambule, bulletin...), càd un détail d'un récit fait le lien avec le récit suivant, et ainsi de suite, mais (et c'est là le hic) sans qu'on puisse vraiment percevoir de sens ou de fil conducteur autre dans la connexion de l'un à l'autre.

Un livre catégorie OLNI donc, qui présente beaucoup de curiosités qui interpellent, l'absurde est au rendez-vous, l'humour également, toutefois pas aussi mordant que je m'y attendais, et bien plus opaque, presque noir même, mais le plaisir de lecture a malheureusement manqué à l'appel, ce livre étant peut-être trop singulier. On peine un peu à suivre où l'auteur veut en venir exactement et j'ai eu du mal à rentrer dans son "délire". Ceci dit, ça se laisse lire tout de même, mais avec un sentiment d'attente et de légère frustration à chaque fin de "chapitre".
Les notes de l'auteur en postface éclairent un peu son ambition et ses intentions à travers cet ouvrage déconcertant, et les idées qui sous-tendent ce livre sont franchement intéressantes et subtiles, mais ça m'est resté quand même assez obscur au final.

Je n'en ai toutefois pas fini avec Tavares dont d'autres livres m'intriguent depuis belle lurette.

18 commentaires:

  1. Je vais surtout retenir le nom de l'auteur...

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  2. Dommage pour ce titre, mais tu me donnes toute de même envie de découvrir cet auteur que je ne connais pas du tout (avec Mr Kraus et la politique, paut-être ?)

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    1. Tu peux effectivement commencer par celui-là, j'avais vraiment adoré (je me souviens avoir beaucoup ri surtout). Sinon l'auteur a développé d'autres petits livres dans le genre de "Monsieur Kraus et la politique", autour de personnages portant des noms d'artistes célèbres et liés à un concept précis. À l'époque, j'avais été tentée de poursuivre avec "Monsieur Valéry et la logique". Mais je suis aussi curieuse de ses autres oeuvres non liées à ces personnages.
      Si une LC te dit, n'hésite pas à m'en parler !^^

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  3. Ça a l'air assez spécial en effet...! Pas certaine d'avoir envie de tenter l'expérience là maintenant tout de suite mais sait-on jamais ^^

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    1. Oui, je suis assez curieuse d'avoir d'autres avis de lecteurs. Si tu te lances un jour, peut-être auras-tu une révélation et tu pourras alors m'éclairer.;-)

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  4. Pas une lecture pour moi, en plus ils font un peu flipper ces mannequins non?

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    1. Ils font grave flipper, haha ! Je n'ai pas bien compris le délire à ce niveau-là non plus d'ailleurs, quand j'y pense bien. C'est peut-être pour créer une atmosphère, mettre dans un certain état d'esprit ?...

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  5. Pauvre Mattéo ! Le voilà au chômage ! Et moi, je ne connais pas ni Mattéo ni Tavares !
    Bonne fin de semaine !

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    1. Haha, tu me fais bien rire avec ton commentaire.
      À dimanche pour la prochaine session ! J'ai hâte !

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  6. Bon, bon, bon... je crois qu'il est urgent de ne pas se précipiter sur ce titre :)

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  7. Donc je retiens de découvrir cet auteur mais avec d’autres romans, pour son originalité, son humour, son audace. Mais ce titre-ci n’est pas si fameux, je n’aime pas non plus les histoires au fil conducteur décousu. Je trouvais pourtant l’idée du jeu de dominos originale, une pièce qui entraine la chute de l’autre, dommage qu’il n’ait pas su l’exploiter aussi bien...
    Ouhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh c’est le weekend!!!!! Snif...... mais après une semaine folle je dois rentrer travailler demain, exceptionnellement, alors que c’est dimanche.......... bouhhhhhhhhhhhhhhh
    BIG BISOUSSSSSSS

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    1. Mais ouiiii, moi aussi je trouvais cette idée du jeu de dominos originale !! Ceci dit, je ne dirais pas qu'il n'a pas su l'exploiter, mais plutôt que son délire autour de ce jeu ne correspondait pas au mien et du coup, j'ai eu du mal à ajuster ma lecture. En fait, je sens qu'il a fait quelque chose de fort à travers ce livre et qu'il avait de la suite dans les idées mais je n'ai pas su les décrypter vraiment.
      Mais auteur à retenir, ça, oui !^^
      Oooh, je compatis pour ta journée de travail ce dimanche. Bouaah ! De mon côté, je me prépare pour une nouvelle semaine.;-)
      Big smaaaaaaaaaaaacks !!

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  8. J'aime l'idée de t'imaginer la bave aux lèvres. ;-)

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    1. Ce n'est pas ce qui me met le plus en valeur, mais bon...;-)

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  9. Je dois dire que moi la couverture m'aurait plutôt faire fuir, en revanche j'adore l'idée des dominos , que chaque destin en entraîne un autre etc...Le problème de ce genre de construction c'est qu'il faut que le dénouement soit à la hauteur, ce qui ne me semble pas être le cas...je note l'auteur mais pas le titre, car si même toi tu as trouvé cela un brin déconcertant, je pense que je vais rester carrément sur le bord.

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    1. J'hésite à affirmer que c'est le roman qui pêche et que le dénouement n'était pas à la hauteur. Les notes de l'auteur éclairent ce livre sous un angle où l'on sent qu'il a vraiment de la suite dans les idées et qui donne l'impression que tout cela était bien trop subtil finalement.^^
      Je dirais presque que c'est une expérience de lecture à faire (notes incluses) mais qu'il faut s'attendre à ne pas être totalement convaincu.^^

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^

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