samedi 10 mars 2018

LE VOYAGE DE PHOENIX


LE VOYAGE DE PHOENIX

Quand j'ai découvert, au détour d'une bib', cet album de Jung, l'auteur des excellents et bouleversants Couleur de peau : miel, je n'ai pas hésité une seconde. J'ai cru tout d'abord à une sorte d'énième suite, son bagage d'enfant adopté semblant peser assez lourd, mais Jung sort complètement ici du domaine autobiographique pour nous livrer un entrelacement d'histoires fictives qui, sans qu'on ait à gratter trop profondément, explorent quelques-uns des thèmes qui semblent le hanter assez vivement, à savoir, l'abandon, l'exil, le déracinement, la quête identitaire, et bien évidemment, la Corée.
C'est sous un angle beaucoup moins dramatique et plus optimiste que ces mots ne l'évoquent qu'il aborde toutefois son récit qui est introduit dès la deuxième page de couv' par la notion de résilience (sans parler du titre qui évoque l'idée de renaissance) :
"La résilience est le processus psychologique qui permet à une personne affectée par un traumatisme d'en prendre acte afin de pouvoir se reconstruire. C'est l'aptitude humaine à surmonter les épreuves majeures de la vie, et d'en sortir grandi malgré l'importante destruction intérieure, parfois irréversible, subie lors de la crise."

Dans ce récit, on fera la connaissance de Jennifer, fille d'un père absent dont elle découvrira plus tard qu'il était un soldat américain en Corée du sud et qu'il aurait déserté et fui en Corée du Nord. Elle consacrera alors sa vie à un orphelinat à Séoul. Il y a ensuite Aron, auteur et illustrateur de livres pour enfants, qui adopte - justement dans cet orphelinat - Kim, un petit garçon coréen. Et puis il y a San Ho, un réfugié nord-coréen qui a réussi à s'évader du Camp 14 et dont le chemin va croiser celui de Jennifer.

Plusieurs récits et époques savamment délayés par l'auteur pour ne former qu'une seule histoire en réalité, narrée du point de vue de Jennifer vers qui tout converge. Une histoire plus riche et profonde qu'il n'y paraît au premier abord. J'ai été assez épatée par la construction et le développement de cette intrigue portée sur près de 300 pages. Ça force tout simplement l'admiration. Au début, on ne sait pas trop où on va, puis petit à petit, tout s'imbrique, jusqu'à la toute fin que j'ai trouvé formidable dans sa façon de boucler la boucle, et terriblement émouvante. L'histoire est bouleversante à tout point de vue, sans jamais verser dans le pathos.
Une histoire tragique et belle et forte en même temps, de celles qui vous font vous sentir bien une fois la dernière page tournée, mais de justesse, et avec une pointe de douce tristesse en arrière-goût. Le témoignage de San Ho sur la Corée du Nord et son expérience du Camp 14 m'a bien secouée. Je ne sais pas si j'arriverai à lire Rescapé du Camp 14 de Blaine Harden finalement...

Et graphiquement, c'est juste superbe ! Il y a, dans la narration et les illustrations de Jung, quelque chose d'extrêmement délicat, comme chuchoté, ou plutôt pudique, et de très évocateur, violent et percutant en même temps, à partir de deux-trois mots et coups de crayon. Le silence et le vide participent aussi à la narration, comme si chaque case vous forçait à vous poser sur ce qui est dit et dessiné. Je trouve ça assez puissant.

Intègre le  

16 commentaires:

  1. Tu penses bien que j'ai lu Couleur de peau miel (il y a un bout), je devrais le relire au cas où je ne trouverais pas ce dernier.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. À demander à ta bib' ! S'ils ont eu le bon goût d'acquérir Couleur de peau : miel, il ne devrait pas hésiter avec cet album.

      Supprimer
  2. Je ne m'attendais pas à un "é" écrit de cette façon ! Bravo et merci pour cette nouvelle participation à mon challenge !
    Bonne semaine.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis particulièrement fière de cette trouvaille.^^
      Bonne semaine.

      Supprimer
  3. Moi aussi j'ai beaucoup aimé Couleur de peau miel, je note ce titre, évidemment.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En cherchant les autres albums de l'auteur, je viens de voir qu'il y avait un tome 4 que je n'avais pas lu !!! Il me le faut !

      Supprimer
    2. je viens d'emprunter ce tome 4 à la bibli (nananèèèreuh). mais pour l'instant je suis Dans la combi de thomas pesquet...

      Supprimer
    3. Oooh la combi de Thomas Pesquet !! Je la veux !! Et le tome 4 de Couleur de peau : miel aussi !! (mais bon, je viens de réussir à mettre la main sur le dernier Fabcaro, c'est déjà pas mal^^).

      Supprimer
    4. Et si l'amour...? je viens de le lire! J'ai aussi lu En cuisine avec kafka (titre pas sûr).
      Thomas Pesquet, enfin, la BD, c'est dense, plus de 200 pages, voilà de la BD!

      Supprimer
    5. Aaah, En cuisine avec Kafka, j'ai craqué, je l'ai acheté finalement. Bon ça remonte à bien deux mois maintenant, et toujours pas lu... J'ai un vrai problème quand même, hein !^^ Bon, le Fabcaro, je le lirai rapidement, c'est un prêt bib', je n'ai que 3 semaines pour m'y mettre.^^

      Supprimer
  4. Dire que les 4 tomes de "Couleur de peau : miel" sont dans ma pal BD depuis des lustres...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu ne fais aucun effort ! Attends-tu 2025 ?^^

      Supprimer
  5. J'ai adoré "Couleur de peau : Miel". Donc là tu me donnes juste très très envie de découvrir sa nouvelle oeuvre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu peux foncer, je pense que tu apprécieras tout autant.:-)

      Supprimer
  6. Oh, j'ignorais complètement l'existence de ce titre ! Et évidemment Jung, c'est incontournable !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On est bien d'accord.:-) Je suis bien contente de l'avoir trouvé à la bib' parce que je viens de le repérer en librairie, estampillé "coup de coeur libraire", et je pense que j'aurais eu du mal à résister !

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...