BOOK TRIPS

AUTEURS ET THÈMES PAR PAYS

dimanche 17 mai 2026

NOS REGARDS SE SONT CROISÉS


LA SCÈNE DE LA RENCONTRE AVEC UN ANIMAL

Un titre et un sujet qui, au détour d'une de mes biblis, m'ont tout de suite fait de l'oeil, sans mauvais jeu de mots. Regards croisés entre animaux humains et non humains. Ce moment fragile, troublant et précieux, un moment privilégié en somme, où l'animal et nous nous regardons les yeux dans les yeux. Moi ça m'a toujours fait un petit quelque chose car c'est une expérience bien différente de celle des regards croisés entre humains. 
Enfin, bon, je parle de l'animal domestique car il ne m'a jamais été donné de ne serait-ce qu'apercevoir au loin un renard, un chevreuil, une biche... 😭 Il faut dire que la présence des bêtes s'est raréfiée dans notre quotidien de citadins.

"Or, c'est aussi par le contact direct avec les animaux que nous nous définissons comme être humains, en prenant conscience de ce qui nous lie à eux et ce qui nous différencie. Notre enquête s'efforce d'interroger ce lien avec les animaux, devenu plus ténu au fil du temps, à partir d'une scène particulière : celle dans laquelle le regard d'une femme ou d'un homme s'attache à celui d'une bête, la confrontation muette et immobile qui rapproche brièvement mais avec une intensité particulière un animal humain et un animal non humain."

C'est à travers des extraits de textes littéraires et de témoignages décrivant précisément cette scène de la rencontre que l'auteur, Pierre Schoentjes, interroge ce lien intime dans une analyse assez approfondie et éclairante.
"C'est en effet plus souvent par le truchement de textes que par la fréquentation personnelle des animaux que les citadins que nous sommes prennent conscience de l'intensité de ce moment. Parfois, la lecture réactive le souvenir d'une rencontre vécue, d'habitude avec un animal domestique car les animaux sauvages, même les moins farouches, évoluent en dehors de notre univers quotidien et il est rare que l'on puisse croiser leur regard. [...] les écrivaines et écrivains versent la rencontre dans une forme qui témoigne simultanément de leur manière propre et de notre imaginaire collectif."

J'ai bien aimé la diversité des textes mis en résonance, extraits de la littérature du début du 20e siècle jusqu'à nos jours, illustrant ainsi l'évolution de nos rapports aux animaux, mais aussi les prises de conscience écologiques au fil des décennies. Chaque texte a ses spécificités propres, des circonstances de la rencontre au type d'animal croisé, en passant par la stratégie narrative adoptée. Divers cas de figure sont explorés, même celui des animaux mourants, permettant ainsi une enquête très fouillée sur le sujet.

"Il ressort des lectures effectuées que de nombreux auteurs imaginent que regarder un animal dans les yeux pourrait [...] constituer sinon une voie d'accès à ses pensées, du moins favoriser une forme d'empathie qui nous renseignerait sur les sentiments qu'il éprouve et livrerait des bribes de son Umwelt."

Parmi les textes sélectionnés, des extraits des livres suivants : Le Mur invisible de Marlen Haushofer - Les Grands Cerfs de Claudie Hunzinger - Chien-loup de Serge Joncour - Entre fauves de Colin Niel - La Vagabonde de Colette - Le Règne du vivant d'Alice Ferney - L'Homme-chevreuil de Geoffroy Delorme - Ceux de 14 de Maurice Genevoix - La Grande Beune de Pierre Michon - Les Animaux dénaturés de Vercors - La Planète des singes de Pierre Boulle.
Je crois n'en avoir cité qu'un dixième sur l'ensemble.

Un sujet qui avait clairement tout pour me plaire. J'ai particulièrement apprécié son originalité et son traitement même si cet essai m'a paru un brin exigeant par moment.

L'auteur
Pierre Schoentjes est essayiste et professeur à l'Université de Gand où il enseigne la littérature française. Il est spécialiste de l'ironie, de la représentation littéraire de la guerre et de l'écopoétique. Ses travaux interrogent la littérature de fiction dans une perspective européenne.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre petit mot. Les commentaires sont modérés par défaut, mais j'y réponds toujours.