LA SCÈNE DE LA RENCONTRE AVEC UN ANIMAL
Un titre et un sujet qui, au détour d'une de mes biblis, m'ont tout de suite fait de l'oeil, sans mauvais jeu de mots. Regards croisés entre animaux humains et non humains. Ce moment fragile, troublant et précieux, un moment privilégié en somme, où l'animal et nous nous regardons les yeux dans les yeux. Moi ça m'a toujours fait un petit quelque chose car c'est une expérience bien différente de celle des regards croisés entre humains.
Enfin, bon, je parle de l'animal domestique car il ne m'a jamais été donné de ne serait-ce qu'apercevoir au loin un renard, un chevreuil, une biche... 😭 Il faut dire que la présence des bêtes s'est raréfiée dans notre quotidien de citadins.
"Or, c'est aussi par le contact direct avec les animaux que nous nous définissons comme être humains, en prenant conscience de ce qui nous lie à eux et ce qui nous différencie. Notre enquête s'efforce d'interroger ce lien avec les animaux, devenu plus ténu au fil du temps, à partir d'une scène particulière : celle dans laquelle le regard d'une femme ou d'un homme s'attache à celui d'une bête, la confrontation muette et immobile qui rapproche brièvement mais avec une intensité particulière un animal humain et un animal non humain."
C'est à travers des extraits de textes littéraires et de témoignages décrivant précisément cette scène de la rencontre que l'auteur, Pierre Schoentjes, interroge ce lien intime dans une analyse assez approfondie et éclairante.
"C'est en effet plus souvent par le truchement de textes que par la fréquentation personnelle des animaux que les citadins que nous sommes prennent conscience de l'intensité de ce moment. Parfois, la lecture réactive le souvenir d'une rencontre vécue, d'habitude avec un animal domestique car les animaux sauvages, même les moins farouches, évoluent en dehors de notre univers quotidien et il est rare que l'on puisse croiser leur regard. [...] les écrivaines et écrivains versent la rencontre dans une forme qui témoigne simultanément de leur manière propre et de notre imaginaire collectif."
J'ai bien aimé la diversité des textes mis en résonance, extraits de la littérature du début du 20e siècle jusqu'à nos jours, illustrant ainsi l'évolution de nos rapports aux animaux, mais aussi les prises de conscience écologiques au fil des décennies. Chaque texte a ses spécificités propres, des circonstances de la rencontre au type d'animal croisé, en passant par la stratégie narrative adoptée. Divers cas de figure sont explorés, même celui des animaux mourants, permettant ainsi une enquête très fouillée sur le sujet.
"Il ressort des lectures effectuées que de nombreux auteurs imaginent que regarder un animal dans les yeux pourrait [...] constituer sinon une voie d'accès à ses pensées, du moins favoriser une forme d'empathie qui nous renseignerait sur les sentiments qu'il éprouve et livrerait des bribes de son Umwelt."
Parmi les textes sélectionnés, des extraits des livres suivants : Le Mur invisible de Marlen Haushofer - Les Grands Cerfs de Claudie Hunzinger - Chien-loup de Serge Joncour - Entre fauves de Colin Niel - La Vagabonde de Colette - Le Règne du vivant d'Alice Ferney - L'Homme-chevreuil de Geoffroy Delorme - Ceux de 14 de Maurice Genevoix - La Grande Beune de Pierre Michon - Les Animaux dénaturés de Vercors - La Planète des singes de Pierre Boulle.
Je crois n'en avoir cité qu'un dixième sur l'ensemble.
Un sujet qui avait clairement tout pour me plaire. J'ai particulièrement apprécié son originalité et son traitement même si cet essai m'a paru un brin exigeant par moment.
L'auteur
Pierre Schoentjes est essayiste et professeur à l'Université de Gand où il enseigne la littérature française. Il est spécialiste de l'ironie, de la représentation littéraire de la guerre et de l'écopoétique. Ses travaux interrogent la littérature de fiction dans une perspective européenne.

What? Quand j'ai vu ce titre sur ta liste goodreads, j'ai écarquillé les yeux! Tu sors de ta zone habituelle? Et d'ailleurs ce serait bien que les animaux en fassent autant pour que tu les voies, m'enfin quoi. A part accompagner un chasseur, mais ça se termine mal (mon cousin m'a montré des photos de tableau de chasse, il sait que je râle) que te reste-t-il? Dormir au cimetière du Père Lachaise? Car même trainer dans la forêt de Chambord à la tombée de la nuit n'a pas fonctionné...
RépondreSupprimerAh oui les extraits, j'en connais!
Bon, j'ai quand même plusieurs zones d'exploration et la faune, ça passe toujours plutôt bien (pas trop insectes quand même). C'est plus côté nature writing pur et dur qu'on ne me verra pas trop traîner, c'est vrai.^^ En revanche, les animaux, oui, sortez quand je passe par là, quoi ! Le plus sauvage que j'ai dû apercevoir une nuit, c'était des hérissons. Je vais finir par étudier la possibilité d'un séjour à la ferme à Knepp, haha !
SupprimerJe me demande juste si on peut dire que l'animal nous regarde ou si juste, il nous voit ? Nous, on le rencontre avec émotion, c'est vrai mais lui ? L'auteur pose-t-il une hypothèse ?
RépondreSupprimerL'auteur ne pose pas vraiment d'hypothèse personnel. Il examine les textes littéraires qu'il nous partage pour interroger nos rapports aux animaux à partir de ces scènes de rencontre où nos regards peuvent se croiser. Certains écrivains verront bien sûr des émotions là où il n'y en a peut-être pas.^^ C'est particulièrement flagrant avec les animaux domestiques. Mais on ne peut pas vraiment être certain de ce qu'il se passe dans la tête de ces bêtes.
SupprimerLe genre de titre que je trouve louche :-D
RépondreSupprimerAhaha, si ça avait été une couverture sans image, j'aurais pu me méprendre aussi et passer mon chemin.
SupprimerC'est un beau sujet et c'est intéressant de voir comment à évolué ce regard au travers de la littérature.
RépondreSupprimerOui, je vais être plus attentive à ces descriptions dorénavant. C'est vraiment très parlant quand on s'y penche de plus près.
SupprimerCet essai doit être très intéressant, même s'il doit se montrer ardu à certains moments vu que c'est un essai. J'ai eu la chance de croiser de loin des animaux sauvages : biches, sangliers, renards, cigognes, mais jamais assez près pour les voir dans les yeux.
RépondreSupprimerAh la chance ! Je ne demande même pas à croiser leur regard, juste d'en apercevoir au loin.^^
SupprimerAvec le titre, sans voir la couv, j'ai cru à une romance guimauve et me suis demandée si j'étais bien sur le bon blog !
RépondreSupprimerEt puis j'ai vu la couv, j'ai lu ton billet et ce bouquin, et bien il me le faut !!!
Ahaha, ce titre, j'avoue que comme je l'ai associé directement à l'image de la couverture, je n'y ai vu aucune connotation guimauve. Cela dit, ça aurait pu être un pastiche à la Fabcaro.^^
Supprimerpunaise quand j'ai vu le resume je me suis dite que cela devait etre repetitif didonc...oui toute une recherche lala...cela semble sympa ps: bon c'est firefox qui fait des siennes...je suis sure explorer lala....pucha Firefox merde dernierement....;)
RépondreSupprimerNon, il n'y a rien de répétitif car les cas explorés sont très différents (type d'animal croisé, circonstances de la rencontre, style narratif pour en rendre compte...) et l'auteur mène progressivement son enquête suivant des angles d'approche très différents même si complémentaires.
Supprimervendredi, le long d'un ruisseau, le Réveillon j'ai marché avec un héron peu farouche qui se laissait photographier, il s'est envolé un instant quand un vélo l'a dépassé pour marcher tranquillement à nouveau 5 mètres devant moi
RépondreSupprimerQuelle chance ! Il doit avoir l'habitude de la présence humaine cela dit.
SupprimerUn sujet original, mais je ne crois pas que je lirais un livre là-dessus.
RépondreSupprimerPas de souci.
SupprimerEn grande amoureuse des animaux, en voici un livre qui me tente beaucoup. La démarche est originale et le résultat a l'air intéressant.
RépondreSupprimerIl a aussi le grand (dés)avantage de donner envie de lire la plupart des livres cités.^^
SupprimerJe me pose la même question qu'Athalie.. si je suis certaine que mon chat me regarde, et en plus d'un regard différent selon que : sa gamelle est vide (faussement indifférent) ; je prépare mon sac pour partir au boulot le matin (culpabilisant) ; il ait soudainement envie de squatter mes genoux alors que je suis installée à table en train de rédiger un billet de lecture (très insistant), je me demande bien ce qui passe dans la tête des animaux "sauvages" lorsqu'ils nous croisent... quand on fait de la rando dans des espaces à peu près préservés, on tombe forcément sur des chevreuils, biches, voire chamois et autres marmottes, quand c'est en montagne. La plus belle scène que j'ai vue, c'est celle d 'une biche et de son faon en train de s'abreuver dans un ruisseau, à même pas 20 mètres devant moi.. et là, pas question de bouger d'un pouce (non, non, surtout pas de photo) pour éviter de les faire fuir...
RépondreSupprimerLa scène que je rêverais de voir un jour ! On dirait qu'elle sort tout droit d'un Disney.^^ Sinon oui, avec les animaux domestiques, il y a certainement une forme de communication à travers le regard, même s'il n'est pas impossible qu'il y ait projection de notre part. On y voit peut-être davantage qu'il n'y a vraiment à y voir. J'aurais bien ri en tout cas des scènes avec ton chat.^^
SupprimerViens en Lozère, tu rencontreras des biches et des cerfs, ce n'est plus rare ! J'ai croisé une ( seule) fois un blaireau mais pas son regard et nous nous sommes longtemps examinées, une fouine et moi. Mais rien de plus curieux que les vaches et les chèvres, elles te regardent en se posant des tas de questions sur toi et ton appartenance à une espèce bizarre!
RépondreSupprimerLes textes sont très variés. Le Vercors et le Pierre Boulle sont d'avantage une réflexion philosophique sur ce qu'est l'être humain.
Tu as raison avec les vaches et les chèvres, elles sont incroyablement curieuses ! Pour les biches et les cerfs, il faudrait peut-être que je me fasse le chemin de Stevenson en randonnée.^^
SupprimerPour les textes, ils ne sont en effet pas tirés de livres traitant spécifiquement des rapports humains/animaux, mais il s'y trouve des passages décrivant cette scène de la rencontre avec un animal.
Une fois, dans une forêt pas loin de chez moi, je me suis retrouvée presque nez à nez avec un cert. On s'est regardés en silence quelques minutes et il est parti .. c'est plutôt impressionnant. A part ça, vivant en ville, pas trop l'habitude des bêtes dites sauvages. Le livre pourrait m'intéresser, mais tu dis qu'il est un peu exigeant et j'ai plutôt tendance à la paresse ces temps-ci.
RépondreSupprimerBen disons que ce n'est pas complètement une lecture plaisir qu'on peut suivre en rêvassant. 😆 Le sujet est plaisant, le style fluide, c'est très accessible, mais l'approche a cette exigence qui l'apparente un peu aux essais universitaires, ça demande un poil de concentration par moment.
SupprimerRhaaa tout le monde a vu au moins une bête sauvage ici, cette chance !
Un essai très intéressant en effet, en plus avec toutes ces références littéraires on a de quoi voir évoluer cet échange de regards...C'est une expérience à vivre de croiser ainsi le regard des animaux sauvages. C'est vrai que c'est finalement assez rare car le plus souvent ils se sauvent à notre approche mais j'ai un peu d'expérience tout de même à ce sujet, et chaque fois cela m'a beaucoup marqué...cet instant un peu magique où on est face à face, totalement immobiles mais tous les sens en éveil. Merci pour la découverte.
RépondreSupprimerAvec plaisir ! Tu vois, je n'ai pas vécu la magie que tu décris, ou très partiellement avec quelques animaux domestiques non familiers, mais j'imagine quand même ce que peut être cette expérience.
SupprimerJ'ai déjà croisé un renard en pleine ville, alors même qu'il y avait du monde (personne ne l'a vu se faufiler) et c'est vrai que je me souviens de l'échange de nos regards. J'étais en apnée et j'avais l'impression qu'il me sondait l'âme toute entière afin de connaître mes intentions. Effectivement, j'essayais bêtement d'entrer en télépathie, vu que je hurlais dans ma tête "NE T'INQUIÈTE PAS PETIT RENARD JE NE VAIS PAS TE FAIRE DE MAL". Bref une expérience de 3 secondes pour des années de souvenirs.
RépondreSupprimerJe me rends compte que tous vos retours sur vos rencontres avec un animal auraient bien pu figurer dans cet essai tellement elles sont bien décrites ! J'aurai bien ri de tes essais de télépathie avec le renard !^^
Supprimerle sujet me parle, enfant à la campagne, j'ai croisé un renard. Il s'est assis à quelques mètres de moi, j'ai fait pareil. On s'est regardé pendant plusieurs minutes. Un souvenir indélébile. Puis étudiante, je suis allée au nord du Minnesota, dans une cabane au fond des bois. Réveillée tôt, je suis partie seule vers le lac et je suis tombée nez à nez avec un orignal, et pareil on s'est bien regardé une bonne minute, avant qu'il continue son chemin. Enfin, bénévole dans un refuge en Thaïlande, j'ai échangé de longs regards avec l'éléphante que je soignais (la plus rochonne de toutes) et un ara bleu (oui, victime du trafic d'animaux car pas du tout endémique à la Thaïlande). Et évidemment avec mes animaux domestiques (mon chien adore me fixer du regard). Après on peut tout y mettre dans ce regard, je ne veux pas qu'on me dise ce que je dois en déduire !
RépondreSupprimerC'est fou, tout le monde a finalement une expérience de rencontre avec un animal sauvage, plutôt marquante en plus, et tu en as faites de particulièrement originales ! Quant à l'interprétation des regards, parfois, même entre humains, on se trompe.^^
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