( LA CORRESPONDANTE )
Coup de coeur de nombreux libraires et gros engouement sur les réseaux il y a quelques mois, avec des éloges en veux-tu en voilà, certaines mentionnant la larmichette sur la fin... J'aime m'assurer de temps en temps que je suis sensible - un minimum - et puis, bon, un roman épistolaire dans cette veine un peu tranche de vie, ça partait plutôt bien. J'ai cédé à la curiosité...
Sybil, ancienne greffière à la retraite vivant seule dans une jolie maison dans le Maryland, écrit depuis toujours, à sa famille, à ses amis, à des auteurs qu'elle admire, à l'administration... Elle reçoit même du courrier de son voisin ! C'est son mode de fonctionnement, une forme d'obsession, elle y tient à ses lettres (et mails puisqu'il faut vivre avec son temps), peut-être plus que jamais à 70 ans passés.
Au début, pour nous, lecteurs, ça part un peu dans tous les sens. Forcément. On plonge dans une correspondance en cours, on prend le train en marche, il faut donc se familiariser entre autres avec les noms de différents personnages, où, à la différence d'un roman, on ne vous explique pas qui est qui par rapport à elle. Un petit côté réaliste pas déplaisant, mais qui bouscule un peu. On a aussi une impression de profusion car elle écrit beaucoup. On n'a pas accès à toute sa correspondance pourtant. Parfois, des semaines, des mois sautent, il nous faut donc relier un peu les wagons au fil des lettres. Tout se fluidifie assez vite, cela dit, une fois qu'on a trouvé nos repères.
Toujours au début, j'ai trouvé tout ça bien sympa, mais, pour ma part, il n'y avait pas d'attachement particulier à ce qui s'échangeait ni aux personnages. Je n'étais pas, disons, obsédée par l'envie d'en savoir plus absolument.
Ce n'était pas vraiment amusant non plus sur le fond (comme je pensais que ça le serait), même si l'humour est présent par moment, ou plutôt, certaines situations prêtent à sourire. C'est même un peu tragique et lourd en ambiance avec tout ce que Sybil traîne comme fantômes. Son adoption. La mort d'un de ses fils alors qu'il était encore enfant. Son divorce. La mort de son ex-mari. La cécité qui la guette... Que des événements qu'elle ressasse pas mal au gré de ses lettres. Sans parler de sa correspondance avec un gamin en difficulté...
Un petit moment de tension toutefois : un anonyme lui envoie quelques courriers pas sympas et menaçants, visiblement liés à son métier antérieur, et là, c'est vrai qu'on s'inquiète. Autre mystère, des lettres qu'elle écrit ponctuellement à un certain Colt mais qu'elle n'envoie pas. Tout cela se noie dans la myriade de lettres qu'on parcourt page après page et retient à peine l'attention, même si le mystère plane comme un lointain écho.
Au dernier tiers du livre, tous ces éléments posés comme des pièces de puzzle ont commencé toutefois à s'animer, et là, mon intérêt s'est éveillé de façon plus franche. À ce stade, je ne peux en dévoiler davantage, mais j'ai beaucoup aimé la correspondance avec Basam, le Syrien.
Et puis, et puis... tout a pris encore davantage d'épaisseur, à vraiment faire sens, à se développer vers une vraie histoire qui prenait forme, celle finalement assez tragique de cette femme, une histoire qu'on a pu reconstruire rien qu'au travers de sa correspondance, peut-être avec quelques facilités d'auteur, mais ça prend, et c'est qu'elle a fini par me toucher cette chère Sybil ! Je me suis rendu compte que je m'étais attachée à elle mine de rien, à son histoire, tragique et émouvante.
Peut-être que ça m'a manqué d'un fil conducteur, d'une intrigue en fond, au début. Ça a mis du temps à décoller à mon goût et certaines lettres m'ont paru trop longues et bavardes, mais j'ai quand même trouvé l'ensemble bien fichu et j'ai beaucoup aimé cette lecture finalement à la lumière de la fin qui m'a véritablement cueillie.
C'est un roman intimiste doux amer, tragique et lumineux à la fois, assez chargé, mais il y a tout de même des moments feel good très appréciables.
J'ai trouvé particulièrement intéressant cette philosophie élaborée par Sybil autour de la correspondance, une pratique assez désuète de nos jours, mais qui ne manquera pas de susciter un sentiment de nostalgie chez bien des lecteurs.
L'autrice
Née en 1986, Virginia Evans est une romancière américaine. Depuis sa parution aux États-Unis en avril 2025, La Correspondante, son premier roman, s'est classé neuvième des meilleures ventes en librairies indépendantes et elle-même a remporté le Women's Prize for Fiction 2026.

J'aime bien les romans épistolaires, celui ci n'a pas l'air parfait, mais l'été, on peut se laisser tenter, non?
RépondreSupprimerC'est, selon moi, une parfaite lecture d'été.:)
SupprimerLa plupart des avis que j'ai lus sont un peu mitigés, comme le tien, mais ce roman me fait vraiment envie (j'écris encore beaucoup de lettres...). Et puis j'ai lu récemment un avis 100 % enthousiaste :)
RépondreSupprimerJe n'étais tombée que sur des avis ultra enthousiastes, mais ça fait un moment que je n'en ai pas vu passer. Je suppose que maintenant commencent à surgir des avis plus nuancés.
SupprimerIl me tente beaucoup, mais je note qu'il faut un peu de persévérance !
RépondreSupprimerOui, enfin, ça, c'est mon expérience très personnelle.^^ J'ai l'impression que la plupart des lectrices sont rentrées dans la correspondance sans sourciller et se sont vite attachées à Sybil.
SupprimerMerci pour ton article très éclairant sur ce roman. Finalement j'ai plutôt envie de le découvrir surtout que les bons romans épistolaires sont assez rares.
RépondreSupprimerC'est vrai qu'ils sont plutôt rares alors autant profiter de celui-ci, en effet.:)
SupprimerUne fois le début passé où on semble perdu entre toutes les lettres, il me semble qu'ensuite on est happé par ce titre entre feelgood et émotions. Je note ce titre que je lirai peut-être un jour.
RépondreSupprimerOui, j'ai peut-être été longue à la détente,^^ mais je n'ai commencé à véritablement adhérer à ce roman que vers son dernier tiers. Ça vaut tout de même le détour en tout cas.
SupprimerPas d'urgence, mais je le lirai sans doute : en poche peut-être, car en bibliothèque il a beaucoup de réservations.
RépondreSupprimerAh, j'imagine qu'il doit être très demandé. Le poche ne devrait plus trop tarder.
SupprimerOh c'est la 2eme critique que je lis de ce livre...oui semblerait interessant...maintenant on sait qu'il faut s'accrocher au debut.....
RépondreSupprimerIl faut être patient, disons.^^ Mais j'ai l'impression que ça a été plutôt fluide et enthousiasmant pour la plupart des lectrices dès le début.
SupprimerUn livre que je n'ai pas repéré jusqu'à présent ; à l'occasion pourquoi pas et je suis prévenue qu'il faut être plutôt patiente au départ.
RépondreSupprimerPeut-être que tu rentreras directement dedans comme d'autres ou alors les autres ne se focalisent pas sur cet aspect, retenant principalement l'essence du roman. Moi, cet aspect m'a marquée, il fallait donc que je le consigne.:)
SupprimerComme toi, j'ai apprécié cette lecture sans que ce soit un coup de coeur.
RépondreSupprimerOn se comprend alors.:)
SupprimerJe l'ai noté mais pour l'instant il est emprunté en médiathèque et je risque fort de ne pas pouvoir le lire de l'été :) Mais je note qu'il faut s'accrocher au début. Cela ne me fait pas peur !
RépondreSupprimerS'accrocher, c'est peut-être un peu extrême 😆 car je n'ai pas ressenti de difficultés véritables ni d'ennui, mais c'est vrai que je n'ai pas trouvé ça tout de suite fluide.
SupprimerJ'aime bien la couverture avec les rouges-gorges.
RépondreSupprimerJe ne connais pas ce livre. Je ne pense pas l'avoir rencontré. Je me souviendrais des oiseaux.
La couverture française est légèrement différente, mais tu la reconnaîtras quand même car il y a toujours ces oiseaux.
SupprimerC'est vrai qu'on le voit partout ce roman... Et je note bien tes réserves qui sont du genre à ce que je ne me rue sur ce livre, car de devine que je pourrais passer 2/3 de ma lecture agacée.
RépondreSupprimerPar contre, que ce soit en VO ou en VF, il faut avouer que la couv est superbe et donne envie.
Mais c'est vrai que c'est une couverture faite pour toi !^^ Ce n'est pas vraiment agaçant, ça se laisse très bien lire pendant les 2/3 même s'il faut prendre le train en marche au début, mais la mise en place est un peu lente, disons.
SupprimerD'accord, donc il faut attendre que le puzzle soit presque fini pour être emballé... Pourquoi pas mais tellement d'autres livres à lire... En tout ca, passe un bel été !
RépondreSupprimerMerci, bel été à toi aussi !:)
SupprimerJe ne l'ai pas lu (pas encore...) mais j'aimerais bien que cela redonne envie d'écrire des lettres. Je suis moi-même une épistolière passionnée !
RépondreSupprimerOh, alors tu sauras très certainement apprécier ce livre.:)
SupprimerJ'hésitais à me l'offrir, il semble tellement faire l'unanimité... tu es la première à émettre quelques réserves :)
RépondreSupprimerElles me sont très personnelles, c'est ainsi que j'ai ressenti ma lecture, mais j'aurais pu aussi ne mettre l'accent que sur ce qui fait la réussite de ce roman.:)
SupprimerAu début de ton avis, j'ai pensé le sortir de ma liste d'envie puis j'ai lu la suite et le roman a retrouvé sa place qu'il n'aurait jamais dû quitter sauf pour intégrer ma wish list :)
RépondreSupprimerIl faut dire que je n'ai pas été conquise d'emblée comme je pensais que je le serais, mais heureusement, le charme a fini par opérer.:)
SupprimerCela me fait réfléchir au fait que je peux parfois abandonner peut-être trop vite une lecture... Mais je ne ferai pas cette erreur avec celui-ci :)
SupprimerAh oui, avec celui-ci, on n'en arrive quand même pas à vouloir abandonner dès les premières pages, mais il y a une petite mise en route nécessaire, disons.^^
SupprimerFinalement, je vais me laisser tenter moi aussi, je suis assez fan des romans épistolaires, mais j'ai l'impression que c'est un genre qui s'étiole ... Comme la pratique, sans doute ...
RépondreSupprimerC'est la réflexion que je me suis faite aussi. Finalement, il faut se réjouir de tels romans qui génèrent l'enthousiasme car il y en a de moins en moins.
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