jeudi 22 septembre 2016

DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN


DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN

   À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TOME 1

Ouhla non, qu'on ne s'attende pas ici au billet intelligent qui va vous décortiquer ce roman façon analyse de textes, étude des personnages, des moeurs et de la société de l'époque et vous prouver ainsi que Proust, c'est le bien.

Ça va être beaucoup plus basique que ça, chers amis (et un peu beaucoup impressions en vrac aussi) :
Voilà, j'ai lu Proust, mon challenge grand classique perso 2016, et je peux dire maintenant que si je l'ai lu sans réel déplaisir, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, même accompagné d'une bonne madeleine.

Si je devais résumer mon ressenti de lecture en quelques lignes, je dirais que c'était un voyage au pays des souvenirs et dans la mémoire. Un peu comme ces films contemplatifs, souvent asiatiques, avec ce regard simple et méditatif sur la vie, hé bien voilà, Proust c'est un peu contemplatif. Il contemple ses souvenirs et nous les contemplons avec lui. Il faut aimer le genre, donc.

Ma hantise, c'était la légendaire longueur des phrases. J'ai craint le chiant, le longuet. J'ai choisi de le lire cet été pour avoir l'esprit frais et dispos. En réalité, j'ai été surprise de la fluidité du style, la lecture coule presque toute seule, même si par moment, il faut un peu de concentration. J'ai été par ailleurs assez impressionnée par ses tournures de phrases tout de même admirables. On pourrait croire qu'il se perdra en cours de phrase, et nous avec, mais pas du tout ! Il retombe sur son point à chaque fois !
J'ai réalisé aussi ici qu'il exprimait vraiment très bien l'humain (et là, quel régal !), même si de façon un peu capillotractée. Le hic, c'est qu'il y a tout de même beaucoup de descriptions - de paysages, de la nature, de personnages - sur des pages et des pages, souvenirs obligent, et là, il faut bien le dire, ce n'est pas d'un palpitant. 

Oui, il y a de sacrés fulgurances chez Proust, des passages qu'on annote volontiers, mais ce n'est clairement pas le genre qui se dévore ou qui captive.
En fait, au début, j'avais même cette nette impression qu'il ne se passait rien, ce qui m'inquiétait quelque peu. Pas d'intrigue, pas d'action, juste des souvenirs. Le narrateur évoque ses souvenirs d'enfance à Combray - longtemps il s'est couché de bonheur et compagnie - l'air est connu. On découvre son environnement familial avec la tante Léonie, la grand-mère, les parents, et bien d'autres personnages (dont le fameux Swann). Rien de très affolant donc, et en même temps, on ne pourrait pas vraiment se plaindre que ce soit ennuyeux car chaque souvenir, chaque fil de pensée, renvoie à quelque chose de vaguement familier à laquelle on peut s'identifier. Sans compter que les réflexions et observations qui sillonnent ce récit sont très justes.

Ce qui m'a toutefois réellement intéressée dans ce récit, et parfois même enthousiasmée, ce sont les personnages, leurs interactions et les dialogues (il faut dire que ça fait forcément du bien un peu d'animation dans le flot des descriptions), en particulier quand Proust met en scène et tourne en dérision les milieux sociaux de l'époque, bourgeois vs mondains. Cet aspect-là du roman vaut largement le détour. Un vrai régal ces passages ! Beaucoup de drôlerie là où on ne s'y attend pas. Le cirque humain ! Proust m'a souvent surprise ici par ses audaces. Qu'est-ce que le docteur Cottard m'a fait rire, et les Verdurin bien amusée !

J'ai beaucoup aimé aussi (malgré une impression de longueurs et de récit interminable par moment) le réalisme de l'histoire d'amour entre Swann et Odette de Crécy (une cocotte - j'adore ces appellations d'époque), la façon dont Proust a pris soin de faire évoluer leur relation. Rien de simpliste, tous les paradoxes dans les sentiments sont très justement explorés. Et puis, le paragraphe de transition vers la troisième partie, celui qui clôture la deuxième partie et résume la tragédie de Swann dans cette histoire avec Odette, la claque (bon, il paraît que ce passage était connu) ! Cinq lignes pour résumer une histoire qu'il a délayée des pages et des longueurs de phrases, j'avoue, j'ai éclaté de rire en tombant dessus (mais je pense que c'était nerveux).

La troisième partie où on en revient au narrateur m'a un peu ennuyée. Il semblait vivre le même drame que Swann, cette fois-ci avec sa fille, et les émois et jeux de deux ados, bof... Ma grande surprise, parce que c'est ça aussi Proust, au moment où on s'y attend le moins, il vous sort un truc de derrière les fagots, c'est la mère de cette petite Gilberte. J'avoue, je ne m'y attendais pas.

Mon sentiment général maintenant que j'ai lu Proust (oui, je peux le dire), c'est qu'il n'est franchement pas désagréable, ni fastidieux, mais il faut aimer le genre un peu méditatif comme je disais plus haut, nostalgique, l'évocation des souvenirs... Et surtout, ce qui m'a marquée, c'est qu'il ne servait à rien de cravacher. Proust impose son rythme de lecture. C'est d'ailleurs le drame de ma rencontre avec lui. Je me suis sentie bloquée, oui, bloquée (mais sans étouffer), comme prisonnière de son livre que j'avais franchement hâte de finir sur la fin (non pas que je détestais mais j'avais franchement envie de passer à autre chose à un moment).

Il faut dire que ma petite mésaventure Kindle n'a pas aidé (cf ci-contre). J'étais absolument furax et je pense que ça a dû jouer sur mon appréciation générale.

Malgré tout, je suis ravie d'avoir enfin découvert Proust, même si ce n'est que le tome 1 de "La Recherche". 

J'ai enfin croisé le fameux passage de la madeleine (c'est une chose de savoir vaguement de quoi il retourne et une autre de l'expérimenter), et l'expression "faire catleya", découverte dans Un amour exemplaire de Pennac et Cestac. J'ai l'impression de faire maintenant partie du club proustien et de savoir de quoi on parle quand on évoque tout ça !
Je ne pense pas poursuivre, non pas que j'ai détesté, encore une fois, mais j'ai vraiment trop d'autres tentations de lecture.:-)

Enfin, il y a de nombreux passages et observations qui valent le détour et que j'ai surlignés. Après un tri drastique, je retiendrai ces deux-là :

"Ce que je reproche aux journaux, c'est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie des livres où il y a des choses essentielles."
Tellement vrai !!

"D'ailleurs, comme je dis toujours, il ne faut jamais discuter sur les romans ni sur les pièces de théâtre. Chacun a sa manière de voir et vous pouvez trouver détestable ce que j'aime le mieux."
Mais ouiii ! Ce que j'ai toujours dit moi aussi !! En moins bien et en plus long.:-)

LC Proustienne avec Keisha (who else :-)). 

22 commentaires:

  1. Wahou! Je suis absolument totalement d'accord! Pas de si longues phrases, une maîtrise desdites phrases de toute façon, le rythme de lecture imposé par Proust (tu comprends que moi aussi je prenne mon temps, ce n'est pas un roman à lire avec deadline), les remarques qui vous parlent, l'humour...
    Et puis oui tu connais maintenant les expressions célèbres in situ. What, des descriptions? Oh pas tant que cela. ^_^
    J'aime tes passages cités et ce 'en moins bien et en plus long', franchement, réalises-tu que tu reconnais à Proust une certaine concision? ^_^
    Un jour peut être tu continueras, en prenant ton temps, sachant que certains passages peuvent être longuets (mais avec une pépite au tournant d'une ligne). Pour ma part je compte attaquer Du côté de Guermantes un jour...

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    1. Il y a quelque chose de très vrai que tu as écrit dans ton billet : "C'est pour ces passages inaperçus à première lecture qu'on relit Proust." Voilà, donc au sortir du tome 1 de La Recherche, j'avais conclu que je ne poursuivrai pas mon aventure proustienne. Un peu plus d'un mois après, en rédigeant mon billet et en relisant quelques passages soulignés, ainsi que tes extraits choisis, j'ai eu envie de reprendre le fil de La Recherche, précisément pour (re)trouver et (re)découvrir ces fulgurances proustiennes dont je parlais. Donc je ne suis absolument pas à l'abri de poursuivre La Recherche un jour finalement, haha ! (jour que je pressens lointain cela dit, PAL oblige...)
      Sinon, oui, c'est bien exprès que j'ai écrit "et en plus long".;-) D'ailleurs, ce fameux passage dont je parle, celui de la fin d'Un amour de Swann, est une preuve absolue de son sens de la concision et de la synthèse quand il le veut bien.:-)
      Quant aux descriptions, ah si si, il y en a beaucoup (trop) quand même !:-) Et quelques longueurs aussi. Mais bon, je garderai finalement un meilleur souvenir de ce voyage proustien que ce que j'aurai réellement vécu à la lecture.:-)

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  2. J'adore toutesles remarques de Keisha ;-) Ton billet m'encourage à tenter la lecture de Proust, je connais la madeleine (je lis même le texte à mes élèves, certains sont ébahis, d'autres profondément indifférents) mais il faut que je découvre les autres "tubes" proustiens !

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    1. Ah ! Et bien je suis ravie que mon billet encourage à la lecture de Proust plutôt qu'il ne décourage.:-) Je ne suis pas totalement conquise mais je dois lui reconnaître un certain talent pour happer son lecteur l'air de rien.:-) Et il est parfois véritablement surprenant. Comme dit Keisha, notre assiduité peut être récompensée par une pépite au tournant d'une ligne.
      Je pense que j'ai plus aimé cette lecture que je ne m'en rends compte.:-)

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  3. Il est beau ce premier tome. Moi je l'ai découvert à travers la délicieuse voix de Dussolier et ce fut un plaisir.

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    1. J'ai beaucoup de mal avec la lecture audio mais j'avoue que la voix de Dussolier pourrait bien me porter ! Par contre, Proust imposant déjà son rythme, devoir dépendre en plus du rythme de lecture d'un autre pour apprécier ce roman, ça aurait pu être un peu trop pour moi.:-)

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  4. Réponses
    1. Mais tu as raison ! Il faut que je fête ça !! :-)

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  5. Bonjour A_girl_, comme toi, quand je me suis mise à lire (en 2000) La recherche, j'ai craint le style. Et bien comme toi, j'ai été agréablement surprise. Ce premier volume ne m'a pas ennuyée du tout comme les deux suivants. Après, j'avoue que j'ai eu du mal à être passionnée par Sodome et Gomorrhe, La prisonnière et Albertine disparue. En revanche, le Temps retrouvé est bien. Bonne journée.

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    1. Bonjour Dasola, je suis impressionnée ! Tu as lu toute la Recherche ! Bon moi en réalité, ce n'est pas que je me dis "jamais plus jamais" parce que je n'ai pas aimé, mais il faut être réaliste, devant toutes les tentations livresques au quotidien et au vu de mes PAL et LAL, mon appréciation de ce tome n'est pas assez forte pour que je fasse une priorité absolue des volumes suivants. Mais si jamais j'ai subitement du temps et que j'en ressens l'envie, la reprise de la Recherche n'est absolument pas exclue.:-) Bon WE.

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  6. Je n'ai lu que Le temps retrouvé, le dernier. C'était pour la fac, j'en garde le souvenir d'une lecture laborieuse, très laborieuse. J'étais sans doute trop jeune...

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    1. Ou ce n'était pas le bon moment. Et puis des lectures de fac... Et puis commencer par le dernier...:-) Ceci dit, je connais des gens qui ont adoré Proust dès la première rencontre alors qu'ils sortaient à peine de l'adolescence. :-)

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  7. Je ne me sens pas du tout d'affronter Proust tout de suite, mais je sais que je m'y collerai un jour ... Pas de précipitation, il sera toujours là de toute façon... Les descriptions ne me font pas peur, j'aime bien de temps en temps me plonger dans ces lectures contemplatives mais pour bien les apprécier je pense qu'il faut en effet avoir beaucoup de temps devant soi.

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    1. Oui, ou être disposé. Sentir que c'est le moment.:-) Pendant longtemps, je m'étais résignée à ne jamais le lire de ma vie, LAL et PAL trop importantes et davantage tentantes, plus, pas grave de toute façon, on s'en remettra, et puis là, bam, ça y est, j'ai lu Proust, haha !:-)

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  8. Tu as toute mon admiration. Quand je pense que tu chipotes depuis des années avec G&P et là tu nous sors carrément du Proust ;-)
    "le genre un peu méditatif (...) nostalgique, l'évocation des souvenirs" Franchement, je doute que ce soit my cup of tea. A moins que... attention blasphème littéraire en vue: j'ai toujours eu cette idée bizarre de vouloir mettre un livre de Proust dans mes toilettes. Ca serait chic pour les visites et qui sait, à force, j'arriverai peut-être au bout ^_^

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    1. Ahahahahahaha ! Pour le coup des toilettes, oui, n'en parle pas aux Proustolâtres. Bon, mais sinon, il y a bien cette ambiance "méditative, nostalgique, souvenirs and co" en effet, mais pas que. C'est ce qui fait qu'on lit Proust sans s'en rendre compte et en y prenant même goût par moment. On croit savoir à quoi on a affaire, et en fait, c'est un univers beaucoup plus riche, foisonnant et intéressant (et drôle) qu'il n'y paraît au premier abord.
      Quant à G&P, hahahaha, j'y pensais justement, avant de te lire. Je me disais qu'avoir lu Proust compensait bien le fait de ne pas (encore) avoir lu G&P.;-) Ceci dit, je n'ai pas oublié ma dette (hahaha) mais j'avoue que je suis moins motivée par G&P depuis que j'ai lu Anna Karénine (quelle punition cette lecture !).

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    2. Ayant cumulé Anna Karénine et Proust, je crois qu'on peut considérer ta dette G&P comme annulée. Générosité quand tu nous tiens ;-)

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    3. Oooh ! Merci merci merci pour ton immense bonté !! :-D (mais je suis d'accord cela dit, haha)

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  9. Je ne suis toujours pas décidé à lire les classiques. Il y a tant de nouveautés que je ne trouve pas le temps de lire !
    Bon weekend.

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    1. C'est bien notre problème à tous !:-) Mais j'aime les classiques, alors j'essaie d'en caser au moins un chaque année.
      Bon weekend.

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  10. C'est sans doute sa plus belle œuvre...

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    1. Et je peux maintenant me vanter de l'avoir lue.:-) Bon, de façon incomplète, certes, mais quand même...:-)

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