lundi 29 mai 2017

THE SELLOUT


THE SELLOUT

( MOI CONTRE LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE )

Gloups ! J'ai laissé passer trop de temps entre la fin de ma lecture et ce moment où je rédige mon billet pour pouvoir en parler avec toute la fraîcheur requise. Une des raisons en est simple. C'est un livre au sortir duquel j'avais du mal à savoir quoi en penser, à organiser mes impressions, trouver comment en parler, du coup j'ai retardé le moment en me disant qu'en laissant reposer tout ça, il en ressortirait la clarté et l'essentiel. 
Re-gloups ! C'est une lecture qui me semble bien loin maintenant (j'ai lu 8 livres entre-temps...). Une seule chose est sûre. Ça dépote ! Pendant toute la lecture, j'étais prise dans un tourbillon de personnages complètement barrés et de situations incongrues. L'auteur, Paul Beatty, semble faire dans le décalé mais il n'est pas aussi simple à cerner. Il y a du farfelu dans l'air, mais aussi du bon sens et des réflexions très justes, et la difficulté est de savoir à quel degré prendre tout ça, sous quel angle aborder la chose et quel sens surtout donner à tout ça.

Ce roman est souvent résumé comme étant une satire qui démonte le fantasme d'une Amérique post-raciale. Le problème, c'est que la satire est déjà un genre en soi pas si aisé à appréhender, et ça l'est encore moins quand elle s'attaque à une culture qui n'est pas la nôtre, avec laquelle on ne partage pas l'Histoire, la conscience collective, les combats, les traumatismes, même si les grandes lignes nous en sont familières.

À la lecture de la présentation de l'éditeur français, je me frottais pourtant les mains à l'idée de l'intrigue qui me paraissait totalement délirante, surréaliste et prometteuse :
"Pour servir ce qu'il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu'à rétablir l'esclavage et la ségrégation à l'échelle d'un quartier, s'engageant dans une forme d'expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d'être traîné devant la Cour suprême."

Pas un Blanc raciste mais un Noir. Surprenant, non ? Comment un Noir en arriverait là ? Hé bien, c'est toute l'histoire de ce roman !^^ Mais même si on a compris qu'on était dans une satire (par nature abusive et exagérée) particulièrement mordante et audacieuse sur la condition noire aux États-Unis, tout au long de l'intrigue, je n'ai pu m'empêcher de me demander ce qu'il fallait réellement comprendre, et je n'étais jamais sûre d'être sur la bonne piste.
Des fois, j'avais l'impression de trouver une logique, une vraie cohérence à tout cela (et là j'étais en mode hahaha), de voir où l'auteur voulait en venir, bref de tenir le fil, puis de le perdre tout aussitôt (et là j'étais en mode WTF), pour le retrouver et le perdre à nouveau. Ce roman, c'est comme un rodéo constant. On chevauche sur l'écriture et l'imagination endiablée de l'auteur en essayant de rester en selle. C'est un roman où il faut être constamment en éveil et qui challenge les neurones. Sur la longueur, on peut même fatiguer un peu, mais un coup de ruade et hop, ça repart !

Ce qui m'est apparu plus ou moins clairement, c'est que tout ce petit monde est comme en mal de repères, ce qui pourrait être symbolisé par l'effacement de leur petite ville de Dickens, en banlieue de Los Angeles, de la carte des États-Unis. Alors, faute de savoir quoi faire de mieux pour exister dans ce pays qui les ghettoïse en se voilant la face, ou décide tout simplement d'occulter leur présence, tout le monde se revendique d'une cause ou d'une façon de vivre comme pour affirmer une identité devenue floue, dont ils ont du mal à définir les contours eux-mêmes, persuadés malgré tout d'être dans le vrai. 

J'ai en tout cas beaucoup aimé ce roman caustique qui frôle l'absurde. J'étais entre rires de la hyène hilare et ahurissement/hallu totale. Tous les personnages ont un grain, mais on s'attache à eux. Paul Beatty joue avec les stéréotypes en explorant des terrains glissants. C'est un roman qui peut être dérangeant d'ailleurs, si on s'attache à son côté irrévérencieux. Personnellement, j'ai adhéré à cette histoire qui présente tout un contexte assez délirant et surréaliste, mais si j'y repense et que j'essaie d'en extraire quelques exemples, j'ai l'impression de tomber dans un trou sans fin !

C'est un roman qui, je pense, mériterait qu'on écoute l'auteur en parler (il doit y avoir des vidéos Youtube) parce que franchement, je ne suis pas sûre d'y avoir vu clair dans ses intentions, et je ne suis pas convaincue que les avis les plus dithyrambiques non plus, (et à bien y penser, ce n'est même pas dit que l'auteur le sache lui même, haha). J'ai l'impression d'être restée en périphérie de sa pensée mais je me suis malgré tout beaucoup amusée de ses délires et son imagination extravagante. J'ai beaucoup aimé son style aussi, cash, imagé, qui ne manque pas de verve, de dérision, de cachet. Une prose vertigineuse qui a cette poésie, cette oralité et cette force du slameur. J'ai trouvé son écriture particulièrement savoureuse parce qu'il s'amuse beaucoup avec les mots et son texte ne manque pas de références parfois inattendues.

Très curieuse de savoir comment cette phrase a été rendue en français :
"Your dad used to think that I was bipolar, but what I really am is by myself."

Bon, pour résumer, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris, mais j'ai beaucoup beaucoup aimé.^^

LC avec Jackie Brown et Ingannmic (hâte de lire leurs avis !!).

L'auteur
Paul Beatty est né en 1962 à Los Angeles et vit à New York. Il est titulaire d'un Master of Fine Arts en écriture créative et d'un MA de psychologie. Poète et romancier, il s'est beaucoup produit sur scène à ses débuts. Il est l'auteur de quatre romans, The White Boy Shuffle (1996, American Prophet en français), Tuff (2000), Slumberland (2008) et The Sellout (2015).

18 commentaires:

  1. "ça l'est encore moins quand elle s'attaque à une culture qui n'est pas la nôtre" : je me suis posé la question. Et je me demande si un Blanc américain aurait "du mal" aussi.

    The Sellout m'a un peu plus convaincue que The White Boy Shuffle. Mais pas tellement plus.

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    1. Ah oui, Paul Beatty n'est vraiment pas trop ton genre d'auteurs alors.:-) Moi je me marre avec son univers complètement barré, totalement hors des conventions, mais je n'y suis pas totalement à l'aise car il met malgré tout le doigt là où ça gratte et il y a un côté un peu frustrant à ne pas être sûre à 100% d'avoir saisi où et pourquoi ça gratte.
      Je lirais bien ses autres romans mais ça me fait peur d'avance car je trouve qu'il a un côté challengeant et je ne suis pas sûre d'être à la hauteur.;-)

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  2. J'ai préféré The sellout (plus attachée aux personnages, aussi), et je suis d'accord avec toi à 200% ! Tu as mis dans ton billet les mots qui m'échappaient (oui, le rodeo!) Je l'ai lu en VO et je dis bravo à la traductrice;..

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    1. Je pense que ça a dû donner beaucoup de fil à retordre à la traductrice mais a priori elle s'en est bien sortie. Je feuilletterai le roman français à l'occasion. Je suis assez curieuse du rendu de certains passages.
      Oui, mazette, quel rodéo !^^ Très secouant mais on en sort indemne tout de même.:-)

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  3. Pas encore de billet chez les deux autres (Jackie n'est pas dans le même fuseau horaire)

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    1. Ça y est, ils sont en ligne !:-) Je publie toujours le soir parce que je n'allume jamais mon PC le matin avant de partir (pas assez réveillée pour être productive au saut du lit^^), et je ne programme jamais mes billets (un principe bête du genre, il faut que ce soit le reflet de l'instant...).

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  4. Pour quelqu'un qui dit ne pas avoir de souvenirs frais, ça va, ton billet donne une bonne idée du bouquin. Si jamais je le trouvais en bibli et en français, ça me tenterait bien.

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    1. Tant mieux si mon billet te rend curieuse du livre et te donne l'impression d'avoir une certaine idée de l'intrigue mais détrompe-toi, tu es loin de t'imaginer à quoi t'attendre.^^ Si je l'avais écrit juste après avoir fini ma lecture, mon billet aurait été bien plus long. Ce roman est tellement foisonnant ! C'est un livre qui suscite énormément de réflexions et de réactions en cours de lecture. Presque plus rien de ce qui m'avait traversé l'esprit ne m'est resté. Mais je m'en suis pas mal sortie, oui (haha), en brodant en périphérie du roman, et sur mon impression principale qui est, "je me suis bien amusée mais je n'ai pas tout compris".;-)

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  5. J'ai American Prophet dans ma pal, je vais commencer par là. Il m'a l'air plus abordable en même temps.

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    1. Je te recommanderais bien plus celui-ci (sans avoir lu American Prophet, haha) tellement les thèmes abordés et leur traitement sont juste déments et jubilatoires mais American Prophet en a conquis d'autres. Tu y trouveras certainement ton compte aussi.

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  6. J'ai aimé American Prophet mais si tu n'a spas tout compris, je ne sais pas si je vais lire celui ci.

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    1. Disons que je ne suis pas convaincue que le sens que j'ai cru percevoir dans ce roman (sur certains aspects du moins) corresponde à ce qu'il aurait fallu comprendre. Peut-être en auras-tu une lecture encore différente de la mienne et que pour toi, tout sera limpide ?:-)

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  7. Ta dernière phrase résume à merveille mon ressenti à l'issue de cette lecture, pendant laquelle j'ai passé beaucoup de temps à tenter de comprendre le sens caché du texte, des situations ... en tous cas ton billet est excellent, il reflète vraiment les étapes par lesquelles ce roman nous fait passer ! C'était pour moi une excellente transition après Americanah, deux façons différentes d'aborder la problématique de l'identité, et dans quelle mesure elle est déterminée par le regard de l'autre.
    Je suis en tous cas ravie d'avoir fait cette lecture commune avec vous !

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    1. Aaah vaste sujet ça, la problématique de l'identité et le regard des autres ! ;-)
      Je ne sais pas si c'est dans la même veine mais j'ai deux autres écrivains noirs américains dans ma PAL qui m'intéressent aussi, Ernest J. Gaines et James McBride. J'ai l'impression que la littérature afro-américaine est pleine de richesses et de surprises. Il faut que je l'explore davantage !
      Ravie de cette LC également ! Vraiment très intéressants les billets, réactions et échanges !

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  8. J'oublie tellement vite mes lectures que je rédige toujours mes billets tout de suite !

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    1. En fait, mon problème c'est que j'aime enchaîner les lectures ! Dès que j'ai fini un livre, il faut que j'en commence un autre - quasi tout de suite. Si je suis prise dedans, je n'ai pas envie de m'arrêter pour rédiger un billet sur le livre précédent. Et voilà comment je me retrouve avec 10 billets de retard.:-)

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  9. Je suis comme toi, quand je laisse passer trop de temps après une lecture je n’arrive plus à en parler. Néanmoins je te lis et je trouve ton billet super! Ton livre est vraiment bien analysé, je n’y arriverais pas après avoir lu 8 livres! T’es trop forte :-*
    (au passage, toujours le fun de te lire, tu m'fais rire!) :D
    Bon, pour résumer je ne suis pas sûre d’avoir très envie de le lire, quoi que finalement tu as beaucoup aimé, tentatrice!!! :P
    Heu.... moi aussi j’serais curieuse de savoir comment la phrase a été traduite en français! ^^
    Bisousss

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    1. Bon, parmi les 8 livres, il y a des BD quand même.:-) Ça se lit vite et ce sont des univers assez différents des romans pour qu'ils ne déteignent pas sur mes souvenirs et impressions, ou ne les effacent pas totalement. La plupart du temps, ça reste frais dans ma tête, à quelques exceptions près.^^
      Mais j'aime l'idée de ne conserver que l'essentiel d'une lecture, sans aller trop loin dans le résumé ou l'analyse poussée. Souligner juste ce qui m'aura marquée ou aura été significatif pour moi. Et surtout, me noter en mémo si j'ai aimé ou non.:-) Mes billets sont déjà assez longs rien qu'avec ces éléments mais ils ne représentent qu'1/5 de ce que je pourrais dire d'un livre en général.
      Tant mieux si j'arrive à faire rire. Je m'amuse beaucoup aussi en rédigeant les billets, si c'est communicatif, c'est une bonne chose.^^
      Bisouuuus (les vacances se terminent pour moi mais j'ai encore le weekeeeeeend !!) !

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