mercredi 27 septembre 2017

SIX FOUR


SIX FOUR

traduit du japonais (en anglais) par Jonathan Lloyd-Davies
traduit en français sous le titre SIX-QUATRE par Jacques Lalloz

Voilà encore un cas un peu ridicule où je me retrouve à lire la version anglaise d'un roman japonais car j'ignorais que la traduction française était en cours... (roman repéré en mars et lu cet été) Si je préfère lire en anglais (ou en espagnol) quand c'est la langue du roman original, je préfère quand même lire toute traduction d'autres langues en français...
Bref, c'était la petite parenthèse. Je ne regrette absolument pas cette lecture au final, la traduction anglaise est très bien passée, je croise les doigts pour la traduction française et espère que le succès de ce roman sera au rendez-vous...
... Parce que...
... J'ai adoré ce roman !!!

Repéré chez Jackie Brown, la tentation était telle qu'il me le fallait DE SUITE !
Un thriller présenté comme un phénomène éditorial au Japon, j'en bavais d'avance, même si j'ai depuis longtemps appris à me méfier des critiques de presse. J'avais envie de vivre du phénomène, du magistral, du sensationnel, et je le sentais bien avec ce roman.
Une intrigue qui reposait sur une affaire non résolue depuis 14 ans, celle de l'assassinat d'une fillette, et sur laquelle les meilleurs inspecteurs se sont cassés les dents, ça me plaisait comme postulat de départ.
Un titre des plus énigmatiques, Six-quatre, le nom de code de cette affaire, basé sur des chiffres qui n'évoqueront rien au non-Japonais et qui renvoient à l'an 64, la dernière année du règne de l'empereur Hirohito (soit 1989 pour nous), également l'année du meurtre de cette fillette, ça ne pouvait que renforcer le mystère et l'attrait de ce roman avant même que je ne sois rentrée dedans.

Tout paraît a priori banal à vue de nez comme ça, une histoire de crime irrésolu, transposable à un thriller américain, suédois, voire même français, et pourtant, et pourtant, on est vraiment loin du thriller classique, ce roman nous plongeant entre autres dans l'étrange réalité des relations entre la presse et la police japonaises. C'est un des aspects de ce roman qui m'a énormément plu, cette impression de surnager encore une fois en plein surréalisme japonais tout en absorbant le fait que c'est leur réalité et qu'elle est juste dingue et tellement à mille lieues de nos modes de fonctionnement et de pensée !
Cet aspect du récit m'a beaucoup évoqué Tokyo Vice de Jake Aldestein qui m'avait passionnée et dont j'attends la suite-surprise avec impatience (Le Dernier des yakuzas à paraître le 5 octobre). J'étais donc déjà un peu familiarisée avec ce système singulier et très particulier de transmission d'information de la police vers les clubs de presse qui ont leurs locaux au sein même de la police mais j'ai adoré découvrir ici les règles de communication et les négociations qui peuvent se transformer en véritables bras de fer. Sans parler des rapports hiérarchiques au sein de la police japonaise et de leurs différents départements. Sociologiquement, ce roman est très instructif sur la culture japonaise qui est quand même sacrément complexe, et comme toujours quand il s'agit du Japon, découvrir leur système social et leur mode de vie est tout bonnement fascinant.

Ensuite, nous avons l'enquête en elle-même, mais ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est le réalisme avec lequel elle est traitée. On ne la ressent pas comme l'intrigue principale ou la raison d'être de ce roman (malgré le titre), tellement elle est absorbée dans le quotidien. Celui, en particulier, du personnage principal de ce roman, Mikami, ancien enquêteur de la Criminelle et en charge des Relations Presse depuis peu. Une "promotion" qu'il vit en réalité comme une punition mais qu'il va devoir assumer avec tout le professionnalisme requis.
Les épreuves commencent quand on le charge d'organiser la couverture médiatique de la visite du grand chef de la police nationale auprès du père de la victime de l'affaire six-quatre, ceci pour montrer publiquement que cette enquête est toujours en cours et traitée avec le plus grand sérieux malgré l'évidence de l'échec monumental des forces de l'ordre. Mikami a une semaine pour organiser la visite. Ce qui implique, entre autres, régler un différend avec les journalistes pour s'assurer leur coopération et convaincre le père de la victime, qui semble réticent, de recevoir le chef de la police. Deux tâches qui relèvent du défi et qui se corsent quand il réalise qu'on lui cache certaines vérités au sein même de son département et que la Criminelle refuse toute communication. Pour mener à bien sa mission, il n'a pas d'autres choix que de fouiner au plus profond de cette vieille affaire pour en comprendre les tenants et les aboutissants.
Nous voilà alors embarqués dans le plus inattendu des thrillers criminels, qui nous amène en des lieux et des considérations auxquels nous sommes peu habitués mais c'est ce qui fait tout son charme !

J'ai adoré le personnage de Mikami, la façon dont il se fait violence pour assumer son nouveau poste, le rapport de confiance qu'il doit instaurer avec ses collègues et les journalistes. J'ai adoré l'évolution de leurs relations (je pense en particulier à la seule femme de l'équipe), ses doutes, ses faiblesses aussi, sa façon de faire face aux problèmes avec ce sens de l'honneur tout japonais. J'ai adoré les scènes police-journalistes, les altercations en particulier. J'ai adoré sa détermination face à sa hiérarchie, sa force de caractère, son refus de se laisser balader tout en devant rester soumis d'une certaine manière. Il marche constamment sur des oeufs et on se demande tout le temps comment il va se sortir des situations les plus délicates. Quel suspense insoutenable par moment ! J'ai adoré tous les autres personnages aussi, dépeints avec un réalisme subjuguant. J'avais l'impression d'être au milieu d'eux. J'ai souvent tremblé avec eux.
Du fait du décalage culturel, il y avait aussi des scènes sacrément cocasses et hallucinantes bien que je doute qu'elles le soient pour un lecteur nippon.

Un thriller efficace, bien ficelé, dont on ne doute pas une seconde des corrélations entre certains événements qui paraissent anodins, prenant, même s'il se développe à son rythme, pas lent à proprement parler mais singulier et hypnotique, et fascinant culturellement.
Avec une fin bouleversante et finement amenée !
À découvrir absolument !

Également commenté par Christophe.
En passant, j'aime tout particulièrement aussi la couverture de l'édition française (ci-contre).

L'auteur
Né en 1957, Hideo Yokoyama a travaillé pendant 12 ans comme journaliste d'investigation avant de devenir l'un des auteurs de fiction les plus prisés au Japon.

16 commentaires:

  1. J'ai lu que Jonathan Lloyd-Davies traduisait un recueil de nouvelles, "préquelle" (right!) de 64. Il me le faut aussi. Ravie que tu aies adoré ce roman.

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    1. Oooh ! Il me le faut aussi ! Enfin, surtout, il me faudrait d'autres romans de cet auteur. Je vois qu'il en a écrit 5 avant Six-Quatre ! J'espère qu'il continuera d'être traduit (en anglais ou en français). Merci pour cette découverte en tout cas !

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  2. Un beau coup de cœur surprise ! Je suis partant pour la version française quand elle sera dispo, tu m'as convaincu ;)

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    1. Aaah ben ça tombe bien, elle est parue la semaine dernière !!^^ Tiens, d'ailleurs ça me fait mon premier roman de la rentrée littéraire du coup !:-)
      Je serais particulièrement curieuse de ton avis sur ce livre !

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  3. Hé bien tu mets le paquet, là! Je suis plus que convaincue. Et puis les journalistes la presse , bref, dans les locaux avec les policiers, incroyable!

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    1. J'ai été totalement emballée, c'est clair !^^ Mais je suis particulièrement nipponophile donc c'est le genre de romans où je me sens totalement dans mon élément.;-) J'ai vu, côté anglophone, qu'il en avait déçu certains qui devaient s'attendre à un thriller plus classique, plus dans l'action et le résultat, et qui se sont donc franchement ennuyés ou sentis peu concernés par les 2/3 de ce qui se déroule dans ce roman.
      Moi je suis sûre que tu saurais apprécier.;-)

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  4. Bonsoir A_girl, je sens que ce roman pourrait me plaire. Ton enthousiasme est contagieux. Bonne soirée.

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    1. Bonsoir Dasola, je suis convaincue aussi que ce roman te plairait. Je te renvoie toutefois à ma réponse à Keisha pour te prévenir tout de même que ce thriller n'a pas plu à tous. Tout dépend certainement des attentes et des affinités de chacun.;-)

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  5. tu me tentes +++ là ! En français, le titre est le même?

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    1. Quasi.^^ Oui, laisse-toi tenter ! Vraiment, je serais très curieuse de lire différents avis sur ce roman !

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  6. je peux répondre toute seule à ma question en ouvrant les yeux... désolée!!!

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  7. Il faut le dire d'emblée, c'est VENDREDI (et même samedi pour toi!)!!!! YOUPPIIIIIII!!!!!!
    Oh toi ma tentatrice avec ton bon roman!!! :D
    Ah ok je comprends mieux le titre maintenant, un nom de code... rien que comme ça, si j'avais croisé ce roman en librairie je n'aurais sans doute pas accroché à la couverture, mais maintenant que tu en parles de façon si enthousiaste ça change tout!
    Et puis je ne crache pas de temps en temps à me coller à un bon thriller criminel.
    "À découvrir absolument!" tu es irrécupérable, tu m'tentes TROP!!!
    BIG BIG Bisoussssssssssss

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    1. Concernant la couverture, il faut dire que dès que je perçois ne serait-ce qu'une allusion au Japon, je suis attirée d'emblée.:-) Mais celle de la version anglaise me plaît énormément quand même. Tout. L'illustration floutée, la juxtaposition des titres avec les caractères japonais, le mystère derrière ces chiffres...:-) Ce genre de découverte est une véritable aubaine pour moi, et si la lecture est concluante, mais quelle joie !!!^^
      Yeees ! Weekeeeeend ! Je m'en vais en profiter d'ailleurs !
      BIG MOUAAAACKS !

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  8. J'attends donc la traduction française avec intérêt.

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^

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