mardi 3 février 2026

CHEVAL


Repéré en bibliothèque, c'est un peu tout qui m'a irrésistiblement attirée : la couverture, qui semblait gentiment se jouer de nous avec son dessin enfantin, le titre, comme sorti de nulle part, sans lien apparent avec l'illustration, le tout aux éditions Do dont le catalogue m'avait déjà intriguée au cours de mes dérives bloguesques. L'occasion idéale de les découvrir enfin !

Un coup d'oeil à la quatrième de couv et j'étais ferrée :
" "J'avais acheté cette maison car elle n'était pas chère, pas chère du tout, et je l'avais achetée malgré l'aspect inquiétant qu'elle aurait pu offrir aux passants, s'il y en avait eu, mais il n'y en avait pas."

Cheval, ça se passe à la lisière d'une ville. Il y a une maison, qui n'a pas la forme exacte d'une maison. Le jour, on va travailler. Le soir, on écrit des pièces de théâtre d'un genre un peu particulier. Il y a aussi une grande panne d'électricité, et des déjeuners pris dans la cuisine d'un collègue de travail. Pour aller dans la cuisine, on passe devant un salon dans lequel on n'entre pas. Et on l'appelle quand même salon. C'est comme le cheval : un beau jour, il arrive par les prés. Mais ça n'est pas vraiment un cheval. Et on l'appelle quand même cheval. Comme ce drôle de livre."

C'est une petite curiosité d'une étrangeté poétique que ce texte qui tend à dérouter tout en nous maintenant sur les rails. C'est une situation tout à fait ordinaire qui ouvre les premières pages, une situation type RAS, mais des bizarreries surgissent petit à petit en cours de récit. Elles y sont toutefois glissées de façon à passer comme tellement naturelles (alors que... euh, non) qu'on finit par les accepter comme tout à fait normales. Des mystères se révèlent aussi, puis ce qui se déroule sous nos yeux devient carrément étrange, déconcertant, mais de façon plutôt plaisante, sans qu'on sache trop ce qu'on est censé penser de tout ça. 
Délire d'autrice ? Lecture expérimentale ?

Je pensais qu'on serait dans la veine de la comédie, du hautement déjanté, mais c'est moins drôle ou plus soft que je ne m'y attendais. Ou disons que c'est drôle, à 50% du sens premier et 50% du sens second. On peut tout de même parler de comique de situation, et si on y met le ton, c'est plus drôle que franchement sérieux. Il y a clairement une part d'absurde (non parce que le "cheval" là... sans parler de tout ce qui s'ensuit 😆) et c'est un poil OLNI aussi (du genre, mais qu'est-ce que j'ai lu là ? 🤔). 

Après lecture, la couverture prend tout son sens et je l'adore vraiment ! Dommage que je n'ai pas pris le dos en photo, car là aussi, c'est bien malicieux.

Extrait
"Je considérais le travail comme une activité qui occupait mes journées, me donnant en plus l'opportunité de gagner un peu d'argent. Lui le considérait comme un vrai sujet, disons un moyen d'accomplir quelque chose. J'étais de fait resté cantonné à un poste subalterne et suffisant pour ce que j'en attendais, quand il avait accompli ses missions avec succès, gravi les échelons. En constatant ceci je me rappelais, rassuré, que nous ne travaillons pas dans le même service, qu'il n'était en aucune manière mon supérieur. Débarrassés de ce lien hiérarchique, nous pouvions partager en toute tranquillité des moments cordiaux."

Intègre le challengeavec ses 80 pages.

L'autrice
Julie Boudillon, née en 1978 à Montpellier, a écrit un premier roman, Assaut, en 2020, puis des nouvelles dans la revue de L'Autoroute du sable. Elle vit et travaille, comme bibliothécaire, à Paris. Cheval est son deuxième roman.

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