traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Basile Béguerie
Sarah Huxley est une jeune expat qui a quitté Londres pour Paris. Mais loin de la pétillance et de l'enthousiasme à la "Emily in Paris", son quotidien n'est pas aussi réjouissant qu'elle l'avait espéré. Elle occupe un bon poste, bien rémunéré, mais chronophage et peu épanouissant, au milieu de collègues américains en plus, ce qui ne facilite pas son intégration dans la capitale. De fait, elle mène une vie solitaire et sa progression en français est au point mort. Quand elle rencontre Ping Loh, une jeune fille au pair d'origine hongkongaise, la vie des deux femmes bascule... Elles "vont progressivement trouver un langage commun et essayer de surmonter les barrières linguistiques, communiquant dans un mélange d'anglais, de français et de cantonais".
C'est cet aspect entre guillemets, extrait du résumé de l'éditeur, qui m'avait fortement attirée dans cette BD, c'est pourquoi j'étais ravie de l'avoir reçue lors de la dernière Masse Critique Babelio. J'étais particulièrement curieuse de la retranscription des difficultés de communication et de compréhension entre locuteurs de langues différentes, et de la façon dont l'auteur, James Albon, allait naviguer entre ces trois langues.
Big up au traducteur, Basile Béguerie, d'ailleurs, car il a nécessairement fallu un gros travail d'adaptation de cet album initialement destiné à un public anglophone pour restituer au mieux les intentions de l'auteur, et éviter les redites inutiles en inversant parfois les langues dans les échanges ou en réécrivant certains dialogues pour qu'on ressente au mieux l'expérience linguistique de Sarah, tout en jonglant avec des codes couleur pour indiquer que les personnages parlent dans leur langue maternelle.
J'avais donc de grosses attentes, mais très vite, j'ai trouvé tout ça très brouillon. Normal, me dira-t-on, puisque qu'on retranscrit ici les difficultés inhérentes à la communication quand on parle des langues différentes justement, mais vraiment, soit je n'ai rien compris aux codes couleur, soit ce n'était pas bien clair, j'ai eu franchement du mal à distinguer quelle langue était réellement parlée au final. L'effet escompté est donc un peu tombé à l'eau, ce qui m'a quelque peu frustrée. J'ai bien aimé toutefois la retranscription de la façon dont Sarah entendait le français ("une suite de sons incompréhensibles") ainsi que l'effet que ça fait quand on arrive à comprendre une langue subitement.
"Au lieu de cela, vous flottez, et cette apesanteur est plaisante. Puis, sans le moindre effort, vous vous mettez à nager dans les airs. Tout d'un coup, je ne m'escrime plus à déchiffrer ses paroles. Le cantonais n'est plus cette suite de sons incompréhensibles. Je ne cherche plus à les rattacher à des concepts anglais. Désormais, je flotte à travers le son. Le sens m'apparaît instinctivement."
Une fois que j'ai décidé de passer outre mon incapacité à distinguer les langues parlées et de me contenter de l'intrigue, tant pis pour les effets linguistiques, la narration est devenue plus limpide, forcément, mais pas aussi savoureuse que je l'aurais souhaité du coup. Je n'ai par ailleurs pas trop cru en leur histoire (à Sarah et Ping Loh). Ça allait un peu vite, de façon inexpliquée. Quant aux intrigues parallèles, liées au travail de Sarah en particulier, je n'y ai pas compris grand-chose non plus, et ce méchant collègue (Jérôme) m'a semblé bien trop caricatural pour être pris au sérieux. D'ailleurs pas un homme pour sauver l'autre dans cette histoire.^^
Ce qui était intéressant finalement, c'est l'exploration de la solitude d'une expat dans un pays étranger, qui va peut-être finir par l'attacher à une autre expat à la dérive.
J'ai bien aimé que l'intrigue se déroule à Paris, avec les dessins des quartiers et paysages urbains typiques de la capitale et très identifiables. J'ai toujours eu un attachement pour la représentation de Paris et ses quartiers en BD. Je n'étais pas très fan du style graphique en revanche, pour les personnages en tout cas, mais j'ai bien aimé le côté très coloré et pop de l'album, à l'image de la couverture.
Ça reste sympa à lire malgré mes réserves, une jolie histoire on pourrait dire, avec même des moments émouvants, mais je m'attendais à plus foudroyant.
Un petit extrait pour la route :
"Ah, le "pressing". Non, les Français empruntent plein de mots anglais, mais ce n'est pas la même chose. [...] Le pressing... Le jogging... Le relooking... Les Français pensent que ça fait cool, mais ça n'a aucun sens en anglais."
Et bravo si vous arrivez à retrouver la BD dont Ping Loh parle ici^^ (cliquer pour agrandir l'image).
L'auteur
Né en 1990, James Albon est un auteur et illustrateur écossais basé à Lyon.



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