dimanche 5 juillet 2026

THE CORRESPONDENT


( LA CORRESPONDANTE )

Coup de coeur de nombreux libraires et gros engouement sur les réseaux il y a quelques mois, avec des éloges en veux-tu en voilà, certaines mentionnant la larmichette sur la fin... J'aime m'assurer de temps en temps que je suis sensible - un minimum - et puis, bon, un roman épistolaire dans cette veine un peu tranche de vie, ça partait plutôt bien. J'ai cédé à la curiosité...

Sybil, ancienne greffière à la retraite vivant seule dans une jolie maison dans le Maryland, écrit depuis toujours, à sa famille, à ses amis, à des auteurs qu'elle admire, à l'administration... Elle reçoit même du courrier de son voisin ! C'est son mode de fonctionnement, une forme d'obsession, elle y tient à ses lettres (et mails puisqu'il faut vivre avec son temps), peut-être plus que jamais à 70 ans passés.

Au début, pour nous, lecteurs, ça part un peu dans tous les sens. Forcément. On plonge dans une correspondance en cours, on prend le train en marche, il faut donc se familiariser entre autres avec les noms de différents personnages, où, à la différence d'un roman, on ne vous explique pas qui est qui par rapport à elle. Un petit côté réaliste pas déplaisant, mais qui bouscule un peu. On a aussi une impression de profusion car elle écrit beaucoup. On n'a pas accès à toute sa correspondance pourtant. Parfois, des semaines, des mois sautent, il nous faut donc relier un peu les wagons au fil des lettres. Tout se fluidifie assez vite, cela dit, une fois qu'on a trouvé nos repères.

Toujours au début, j'ai trouvé tout ça bien sympa, mais, pour ma part, il n'y avait pas d'attachement particulier à ce qui s'échangeait ni aux personnages. Je n'étais pas, disons, obsédée par l'envie d'en savoir plus absolument. 
Ce n'était pas vraiment amusant non plus sur le fond (comme je pensais que ça le serait), même si l'humour est présent par moment, ou plutôt, certaines situations prêtent à sourire. C'est même un peu tragique et lourd en ambiance avec tout ce que Sybil traîne comme fantômes. Son adoption. La mort d'un de ses fils alors qu'il était encore enfant. Son divorce. La mort de son ex-mari. La cécité qui la guette... Que des événements qu'elle ressasse pas mal au gré de ses lettres. Sans parler de sa correspondance avec un gamin en difficulté...
Un petit moment de tension toutefois : un anonyme lui envoie quelques courriers pas sympas et menaçants, visiblement liés à son métier antérieur, et là, c'est vrai qu'on s'inquiète. Autre mystère, des lettres qu'elle écrit ponctuellement à un certain Colt mais qu'elle n'envoie pas. Tout cela se noie dans la myriade de lettres qu'on parcourt page après page et retient à peine l'attention, même si le mystère plane comme un lointain écho.

Au dernier tiers du livre, tous ces éléments posés comme des pièces de puzzle ont commencé toutefois à s'animer, et là, mon intérêt s'est éveillé de façon plus franche. À ce stade, je ne peux en dévoiler davantage, mais j'ai beaucoup aimé la correspondance avec Basam, le Syrien.
Et puis, et puis... tout a pris encore davantage d'épaisseur, à vraiment faire sens, à se développer vers une vraie histoire qui prenait forme, celle finalement assez tragique de cette femme, une histoire qu'on a pu reconstruire rien qu'au travers de sa correspondance, peut-être avec quelques facilités d'auteur, mais ça prend, et c'est qu'elle a fini par me toucher cette chère Sybil ! Je me suis rendu compte que je m'étais attachée à elle mine de rien, à son histoire, tragique et émouvante.

Peut-être que ça m'a manqué d'un fil conducteur, d'une intrigue en fond, au début. Ça a mis du temps à décoller à mon goût et certaines lettres m'ont paru trop longues et bavardes, mais j'ai quand même trouvé l'ensemble bien fichu et j'ai beaucoup aimé cette lecture finalement à la lumière de la fin qui m'a véritablement cueillie.
C'est un roman intimiste doux amer, tragique et lumineux à la fois, assez chargé, mais il y a tout de même des moments feel good très appréciables.

J'ai trouvé particulièrement intéressant cette philosophie élaborée par Sybil autour de la correspondance, une pratique assez désuète de nos jours, mais qui ne manquera pas de susciter un sentiment de nostalgie chez bien des lecteurs.

L'autrice
Née en 1986, Virginia Evans est une romancière américaine. Depuis sa parution aux États-Unis en avril 2025, La Correspondante, son premier roman, s'est classé neuvième des meilleures ventes en librairies indépendantes et elle-même a remporté le Women's Prize for Fiction 2026.

7 commentaires:

  1. J'aime bien les romans épistolaires, celui ci n'a pas l'air parfait, mais l'été, on peut se laisser tenter, non?

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  2. La plupart des avis que j'ai lus sont un peu mitigés, comme le tien, mais ce roman me fait vraiment envie (j'écris encore beaucoup de lettres...). Et puis j'ai lu récemment un avis 100 % enthousiaste :)

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  3. Il me tente beaucoup, mais je note qu'il faut un peu de persévérance !

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  4. Merci pour ton article très éclairant sur ce roman. Finalement j'ai plutôt envie de le découvrir surtout que les bons romans épistolaires sont assez rares.

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  5. Une fois le début passé où on semble perdu entre toutes les lettres, il me semble qu'ensuite on est happé par ce titre entre feelgood et émotions. Je note ce titre que je lirai peut-être un jour.

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  6. Pas d'urgence, mais je le lirai sans doute : en poche peut-être, car en bibliothèque il a beaucoup de réservations.

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  7. Oh c'est la 2eme critique que je lis de ce livre...oui semblerait interessant...maintenant on sait qu'il faut s'accrocher au debut.....

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