vendredi 7 octobre 2016

L'OR ET L'OBSCURITÉ


EL ORO Y LA OSCURIDAD
              LA VIDA GLORIOSA Y TRÁGICA DE KID PAMBELÉ

( L'OR ET L'OBSCURITÉ 
         LA VIE GLORIEUSE ET TRAGIQUE DE KID PAMBELÉ )

traduit de l'espagnol (Colombie) par Cyril Gay


Normalement, un tel ouvrage avait très peu de chance que je le lise. L'histoire d'un boxeur inconnu de mes services, qui a connu la gloire puis la déchéance, thématique boxe à fond la caisse, histoires d'alcool et de drogues en sus, non vraiment, ce livre n'avait rien pour me plaire. C'est bien parce qu'il était publié aux éditions Marchialy, éditions chouchou depuis que j'ai lu l'excellent Tokyo Vice, que j'ai molli. Quand j'ai vu que le récit portait sur un boxeur colombien, j'étais même un peu plus confiante. Colombie, dépaysement, voyage culturel et instructif en passant, c'était bon à prendre.

J'étais d'autant plus confiante quand j'ai lu cet extrait sur le site de l'éditeur :
"Lors d'une soirée officielle en Espagne, l'écrivain et prix Nobel Gabriel Garcia Marquez fut reçu de la manière suivante : "L'homme le plus important de Colombie vient d'arriver." Et l'écrivain répondit en cherchant du regard : "Où est Pambelé ? Je ne le vois pas." "
Voilà qui situait le personnage et le rendait subitement intrigant à mes yeux.

Un autre extrait sur la quatrième de couv', les mots de l'auteur lui-même, ont achevé de me détendre :
"Quand j'étais petit, je ne perdais pas mon temps à regarder Superman ou Tarzan : mon vrai super-héros, c'était Pambelé."
C'était donc véritablement une légende dans son pays, un personnage illustre, un héros. Bien, bien. J'aime ces histoires de figures légendaires, celles que portent toute une nation et qui lui donnent un certain espoir. S'agissant de la Colombie, ça avait par ailleurs quelque chose de particulièrement touchant.

"Pambelé est l'homme qui nous a appris à gagner, explique Juan Gossaín, cela fait de lui une icône nationale. "Avant lui, ajoute-t-il, nous étions un pays de perdants. Nous nous consolions en conjuguant le verbe "quasi-triompher"." "

Comment ce sportif de haut niveau, premier champion du monde de boxe colombien en 1972, porté aux nues par toute une nation, en est arrivé à n'être plus que l'ombre de lui-même ? C'est l'enquête que mène le journaliste colombien, Alberto Salcedo Ramos, et l'objet de ce livre. D'interview en interview, avec la famille de Pambelé, ses entraîneurs, coachs et managers, d'autres journalistes, et même Pambelé lui-même, l'auteur retrace l'histoire d'un homme né dans la précarité, un Noir de surcroît, qui n'avait aucun avenir, destiné à la vie de galère et de misère, et que la boxe a sauvé, mais également détruit.

"Il ne tarda pas à découvrir que la seule perspective que la ville offrait à cette époque à un jeune et pauvre Noir comme lui pour s'en sortir dignement était la boxe. Si bien que, lorsqu'il enfila les gants, ce ne fut pas pour commencer le combat mais pour le poursuivre, car tel que nous le disait le journaliste Melanio Porto Ariza : " Le premier ring est celui de la vie, qui vous envoie la faim et la douleur en pleine gueule." "

C'est l'histoire d'un homme simple, qui n'a pas un mauvais fond, mais dont le succès et l'ascension sociale subite lui ont monté à la tête et qui a été pris de la folie des grandeurs et du quasi culte de la personnalité. Un homme qui se croit encore héros national aujourd'hui alors qu'il est tombé en disgrâce depuis des années, et quasi dans l'oubli. Une histoire tragique et émouvante quand on voit la lente et difficile ascension vers la gloire (qu'il ne cherchait pas vraiment d'ailleurs, c'est ça qui est tragique aussi) et puis le pétage de câbles, l'étendue des dégâts, les conséquences sur sa famille, ses passages obligés dans différents hôpitaux psychiatriques.

J'ai été assez prise, pendant ma lecture, par le récit de ce personnage, mais moins fascinée que je ne l'espérais. Ça reste le récit d'un homme qui m'était totalement inconnu jusqu'alors et dont l'exploit d'être devenu le premier champion de boxe colombien ne m'a pas impressionnée outre mesure, ni la descente aux enfers vraiment surprise. Son personnage, tel que décrit lors de sa descente aux enfers, ne m'a pas fait ressentir trop d'empathie pour lui, même si, sur la fin, il m'a quand même remué le coeur. Il y a des passages bouleversants quand on voit comment il est vraiment passé de l'autre bord et qu'il n'y a plus grand-chose à faire.

L'univers de la boxe m'a paru plus accessible que je ne le pensais, et quelque part grisant, car il s'agit de se surpasser avant tout, mais pas passionnant. Il y a la notion de la gagne, la rage de vaincre, et ça me parle assez. Après, ça reste quand même pour moi un monde de bourrins, sans notion d'honneur mis en avant, comme dans les arts martiaux par exemple. On se tape dessus et puis voilà.
L'enquête quant à elle est assez factuelle, journalistique, ça manquait d'un petite touche personnelle à mon goût, de passion dans le style peut-être, quoique certains personnages qu'il interviewe ont un sacré tempérament et une façon assez crue de dire les choses, ce qui rend ce livre quand même assez rock'n roll, avec des passages qui méritent soulignement et annotations. Mais surtout, je n'ai pas bien compris l'acharnement (presque énervement) du journaliste à vouloir absolument faire cracher et admettre à Pambelé qu'il avait un problème. Cette nécessité d'analyser et de comprendre cette déchéance m'a laissée dubitative. L'homme est devenu fou, c'est évident, pourquoi le tourmenter ?

L'histoire de Pambelé en elle-même et l'univers de la boxe ne m'ont pas transcendée mais tout l'univers autour a tout de même enrichi ma lecture. C'est une enquête journalistique qui est également culturellement et socialement instructive sur la Colombie et le Venezuela.

Bref, quand j'ai acquis ce livre, j'avais écrit : "La boxe, ce n'est pas mon univers, mais les éditions Marchialy, oui ! Tokyo Vice, c'était un quasi coup de coeur, là, j'espère un coup de poing !"
Bon, je crois que je l'ai esquivé de peu, ceci dit, je garde l'oeil sur les éditions Marchialy. Ils ont le chic pour publier des livres qui sortent des sentiers battus et qui vous ouvrent sur un univers où vous ne pensiez jamais mettre les pieds, et ça, ça me plaît.

L'auteur
Né en 1963 en Colombie, Alberto Salcedo Ramos, aujourd'hui entièrement dédié au journalisme narratif, est reconnu comme un maître du genre dans toute l'Amérique latine. Indépendant et baroudeur insatiable, il arpente les Caraïbes et le continent en quête d'histoires et de personnages insolites. Il a déjà obtenu de nombreuses récompenses.

Intègre le  
Colombie => 2/28

6 commentaires:

  1. Je te cite
    Bref, quand j'ai acquis ce livre, j'avais écrit : "La boxe, ce n'est pas mon univers, mais les éditions Marchialy, oui ! Tokyo Vice, c'était un quasi coup de coeur, là, j'espère un coup de poing !"
    Bon, je crois que je l'ai esquivé de peu

    Hé oui tu as même le vocabulaire de la boxe!
    Notons le nom de l'éditeur, déjà.

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    Réponses
    1. Haha, j'ai été très inspirée sur le coup.;-)
      Oui, note l'éditeur, et surtout "Tokyo Vice". Il faut absolument que tu le lises ! Je suis déjà très impatiente de leur prochain livre. Quel univers allons-nous découvrir cette fois ?

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  2. bizarrement, c'est un univers qui peut m'intéresser... surprenant, non? :)

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    Réponses
    1. Oui, j'avoue.:-) Moi c'est le contexte "Colombie" qui m'a vraiment motivée et décidée, sinon on m'aurait dit que je lirai un livre sur l'univers de la boxe un jour, j'aurais haussé les sourcils.;-)

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  3. Je vais plutôt me tourner vers Tokyo Vice pour découvrir cet éditeur sortant des sentiers battus ;)

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    Réponses
    1. Tourne-toi donc vers Tokyo Vice, oui ! :-) Vraiment hâte de te lire à ce sujet !

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