lundi 11 janvier 2010

LA PROMESSE DE L'AUBE


LA PROMESSE DE L'AUBE

J'ai une fascination énorme pour Romain Gary depuis que j'ai lu La vie devant soi, aussi le récit de sa vie m'a beaucoup intéressée.

J'y ai trouvé beaucoup d'humour, d'auto-dérision à la mine de rien, comme si l'auteur aimait se moquer un peu de lui-même, j'aime beaucoup cet esprit et j'ai énormément ri tout au long du récit. Grand moments de poilade entre autres avec ses efforts désespérés pour être à la hauteur des attentes et des convictions de sa mère et lui faire plaisir plus jeune, et en constatant que ce besoin d'agir en fonction de la volonté maternelle l'a poursuivi une fois adulte, a grandement influencé sa vie, qu'il en était conscient et qu'il n'y pouvait rien.

Et alors que je m'étonnais de cet humour que je ne m'attendais pas à trouver ici, j'ai eu confirmation quelques chapitres plus loin que je ne me leurrais pas:
"... je découvris l'humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L'humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l'adversité. Personne n'est jamais parvenu à m'arracher cette arme, et je la retourne d'autant plus volontiers contre moi-même, qu'à travers le "je" et le "moi", c'est à notre condition profonde que j'en ai."

Touchée également dans ce récit par ce grand amour filial qui transparaît tout le long, que j'ai trouvé très beau, quelle mère extraordinaire, quelle femme incroyable! J'ai beaucoup aimé cette phrase qui résume tout dans leur relation:
"Rien ne pouvait m'arriver, puisque j'étais son happy end."

Ça c'était la première partie, et, à vrai dire le fil conducteur de ce récit dans son ensemble, mais arrivée à la partie "guerre", mon intérêt a un peu lâché... (ça présage trop mal pour Guerre et Paix ^^), même s'il y avait toujours la mère en arrière-plan. Cette partie du récit est certes un hommage aux illustres inconnus, un témoignage précieux et instructif d'une époque, d'un vécu, l'angle de vue est d'autant plus intéressant qu'il était aviateur pendant la guerre, et le récit de ses incroyables (més)aventures ne peut laisser indifférent, mais mon coeur n'y était pas.

Je retiens de ce livre un récit de vie touchant, fort, un grand hommage d'un fils à sa mère.

Il y a beaucoup de remarques perspicaces que Romain Gary évoquent par ailleurs, qui suscitent la réflexion, il porte un regard véritablement intelligent et lucide sur la société et ce qui régit nos vies, notre condition de pauvres humains, j'ai adoré son discours sur les psy, sur les dieux qui régissent ce monde, quelle fabuleuse image dont j'ai repris ci-dessous les principales lignes:

"Il y a d'abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d'intellectuel primaire, son amour éperdu des abstractions; [...] sa ruse préférée consiste à donner à la bêtise une forme géniale et à recruter parmi nous nos grands hommes pour assurer notre propre destruction.
Il y a Merzavka, le dieu des vérités absolues, [...]; chaque fois qu'il tue, torture et opprime au nom des vérités absolues, religieuses, politiques ou morales, la moitié de l'humanité lui lèche les bottes avec attendrissement; cela l'amuse énormément, car il sait bien que les vérités absolues n'existent pas, qu'elles ne sont qu'un moyen de nous réduire à la servitude [...].
Il y a aussi Filoche, le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine - penché hors de sa loge de concierge, à l'entrée du monde habité, en train de crier "Sale Américain, sale Arabe, sale Juif, sale Russe, sale Chinois, sale Nègre" [...]
Nous sommes aujourd'hui de vieux ennemis et c'est de ma lutte avec eux que je veux faire ici le récit;" (magnifique cette phrase de conclusion!)

Autre réflexion que j'ai trouvée intéressante:
"Personne ne me fera jamais voir dans le comportement sexuel des êtres le critère du bien et du mal. [...] A côté des aberrations intellectuelles, scientifiques, idéologiques de notre siècle, toutes celles de la sexualité éveillent dans mon coeur les plus tendres pardons."

Il va sans dire que je compte continuer à explorer l'univers de Romain Gary!

24 commentaires:

  1. Tu vas finir par me convaincre! As tu lu La vie devant soi?
    Au sujet de la guerre, on verra bien?
    Et je crois que gary était d'origine russe, non?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu sais que l'idée m'a furtivement traversé l'esprit que étant donné que Gary était d'origine russe, j'avais presque fait le défi "Russie" et qu'après tout il pouvait bien remplacer G&P!^^
      Oui, lu La vie devant soi, je pense lire d'autres Romain Gary dans l'année (une longue année de 2 ans quoi^^).

      Supprimer
  2. Une conquise de plus! J'ai 5 Gary dans ma PAL, bien au chaud. J'ai presque peur de les lire et d'avoir fini de découvrir l'oeuvre de cet auteur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai l'impression qu'il a écrit vraiment beaucoup. Dans ma bib' fétiche, ils ont pas mal de livres de lui - pas l'impression qu'on se retrouve facilement en rade, et tant mieux!:)

      Supprimer
  3. Schlabaya30 juin, 2013

    Le titre me disait quelque chose, mais ça doit être un autre de ses romans ! Celui-ci paraît génial, quelle écriture !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est un vrai plaisir de le lire, j'aime beaucoup sa façon de voir les choses et de les exprimer. J'en suis arrivée à rechercher des vidéos de lui sur le net, des émissions éventuelles, rien que pour le plaisir de l'écouter parler, pas grand succès, dommage...

      Supprimer
  4. Il est super ce livre, je l'avais adoré, il était longtemps resté dans ma tête, comme quand un livre a du mal à te quitter

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pareil, pas l'impression que ce soit un livre que j'oublierai de si tôt, j'ai des scènes vivides dans ma tête, des phrases, des images, et puis sa mère vraiment, quel personnage hors du commun!

      Supprimer
  5. Je vois que cet auteur t'a vraiment séduite ! Je ne me suis toujours pas lancée malgré tes billets enthousiastes, mais ça ne saurait tarder !:)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je dois dire que c'est une de mes plus chouettes découvertes 2009. Je ne parlerai pas de coup de coeur mais vraiment d'une belle rencontre humaine, oui, humaine, malgré l'écran des pages et des années.:)

      Supprimer
  6. Zut, j'arrive après Keisha... Bon ça ne change rien, il faut que je découvre cet auteur un de ces 4 !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Franchement oui, je suis sûre que tu aimeras, et ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à le découvrir "tardivement".:)

      Supprimer
  7. Un auteur que j'ai bien envie de découvrir!

    RépondreSupprimer
  8. Quel homme , Romain Gary et quelle vie romanesque! J'aime autant ses romans sous le nom d'Ajar que sous celui de Gary!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vivement que je découvre ses autres romans, vraiment, et oui, quelle vie romanesque! Il aurait été dommage qu'il n'écrive pas cette autobiographie!

      Supprimer
  9. Je l'avais lu et fortement apprécié. Bon c'est une lecture bien lointaine donc je n'en garde que le souvenir du goût prononcé de l'auteur pour les concombres salés. Enfin les épisodes reviennent grâce à toi ! :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aaah, tu fais bien de parler des concombres salés!!!! C'était un détail que je voulais mentionner dans mon billet et puis j'ai oublié, alors que oui, du coup je m'étais dit qu'il fallait absolument que je goûte à ces concombres salés qu'on semble trouver à tous les coins de rue! (c'est quand même pas juste des concombres auxquels on rajoute soi-même du sel, si?^^) J'avais en tête des cornichons et salivais à chaque fois qu'il les mentionnait! On se rapproche des sensations évoquées par l'auteur comme on peut!^^

      Supprimer
    2. Ah tu m'as fait bien rire avec ton aparté sur les concombres. Eh bien écoute j'avais bien l'image de Romain Gary se salant ses concombres lui-même. Je trouve ça charmant ! Et je m'étais fait la même réflexion : je veux goûter !
      Bon sinon pour les autres, ne limitons pas Gary à ça : son oeuvre est pleine de richesses :D

      Supprimer
    3. Non c'est sûr, son oeuvre regorge de bien d'autres choses que sa passion pour les concombres salés^^, mais ça m'avait marquée. Je pensais que c'était des concombres en bocal, tout préparé, comme les cornichons, avec un assaisonnement spécifique, qu'on ne trouvait que dans certaines épiceries. Je vais enquêter de toute façon!^^

      Supprimer
  10. Je n'ai jamais testé mais tu es très convaincante!
    Bonne lecture!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Teste, je t'assure, on ne peut pas passer à côté de lui!

      Supprimer
  11. Noté sur ma LAL depuis un bon moment ;)
    Mais il va falloir que tu m'expliques pourquoi à chaque fois que je lis un de tes billets, j'y découvre une allusion à "Je vais me défiler pour Guerre et Paix"?^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Faut croire que ce pavé m'obsède!^^ Je le vois à travers tous les livres que je lis. Bon, c'est une façon aussi d'exorciser ma peur!:)

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^