mardi 10 mai 2011

LE DÉSERT DES TARTARES


LE DÉSERT DES TARTARES

traduit de l'italien par Michel Arnaud

Voici un "classique" que je voulais lire depuis des années mais qui a été relégué au fin fond de ma PAL, écrasé par toutes ces nouveautés au gré des rentrées littéraires, qui font qu'on peine parfois à ressortir ces incontournables d'antan qui semblent pour le coup un peu passés de mode, si je puis dire.
Je le souligne car je le vis presque comme une victoire, d'avoir enfin réussi à le caser malgré une PAL et une LAL récemment allongées et particulièrement motivantes qui auraient pu encore repousser ma lecture de ce livre à quelques années...

Et quel immense plaisir que de se plonger dans cette littérature pourtant!
Le style de Dino Buzzati ici est simple mais chaque mot sonne juste, donnant corps de façon convaincante aux descriptions des lieux, de l'atmosphère, aux pensées des personnages, nous permettant de les visualiser et les ressentir très précisément.

Ce qui m'a frappée, c'est que le récit est prenant, intrigant, alors qu'il n'y a pas vraiment d'action, le style est sobre mais en deux-trois tournures de phrases, on voyage en émotions et en réflexions.
L'histoire de Giovanni Drogo, soldat affecté dans un fort isolé, est une métaphore de l'existence humaine, une réflexion sur le sens qu'on donne à la vie, les buts qu'on lui imagine, les choix que l'on fait, les causes dont on se convainc de la justesse, les espoirs qu'on se crée, l'absurdité de l'attente de ce quelque chose sur lequel on a tout misé, alors qu'inexorablement, le temps file, nous laissant peut-être passer à côté de l'essentiel. 
Oui, tout cela dans un récit qui ne le laisse pas présager et où il ne se passe rien... Incroyable, c'est ce qui m'a bluffée dans ce roman!

Quant au style, pour l'illustrer plus précisément, j'aime par exemple la façon dont l'auteur s'attarde sur les détails et les développe, aussi insignifiants soient-ils, comme ici, lorsqu'il parle d'un personnage qui tousse, je trouve ça amusant mais aussi tellement bien décrit:

"Dehors, il faisait nuit noire et Augustina eut une petite quinte de toux. Il semblait étrange qu'un son aussi désagréable pût sortir d'un jeune homme aussi raffiné. Mais il toussait avec une savante discrétion, baissant chaque fois la tête, comme pour montrer qu'il n'y pouvait rien, que c'était au fond une chose qui lui était étrangère, mais que, par correction, il était forcé de subir. Il transformait de la sorte sa toux en une sorte de tic capricieux, digne d'être imité."

Il y a par ailleurs quelque chose d'apaisant dans cette lecture, une sorte de solennité apaisante qui colle bien au contexte du récit.
Une très belle expérience de lecture que j'aimerais renouveler. Il faudra que je creuse dans mes vieilles PAL et LAL! 

12 commentaires:

  1. Anecdote perso: à une époque je vivais dans un coin paumé (encore plus que maintenant, oui, je prévois ta remarque) et un collègue m'a conseillé ce roman (ainsi que Le rivage des syrtes, d'ailleurs) pour y voir des ambiances similaires. C'est un fait que oui, il ne se passe rien, mais le temsp coule, comme ça. Tiens, je devrais le relire...

    Le roman iranien : contente de voir que tu jubiles!

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    1. C'est particulier l'isolement, comme Drogo le vit dans le roman, avec la routine du quotidien et la fuite du temps. Mais isolé ou pas, finalement, on vit tous plus ou moins la même expérience, avec quelques activités annexes en plus pour tromper le non-sens de tout ça. En tout cas, j'ai trouvé que Buzzati explorait bien l'absurde de ce que peut être une existence.
      Tiens, Le rivage des syrtes, je note! Et je retourne de suiiite voir nos tourtereaux en Iran!

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    2. Dis donc, tes réflexions sur la vie sont sombres et/ou réalistes...

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    3. Dans des éclairs de lucidité, oui... Mais plus réalistes que sombres quand même.

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  2. Je pensais ce livre cauchemardesque pour les lecteurs, car effectivement, j'avais déjà entendu qu'il n'y s'y passait rien. mais ta façon d'en parler et ton enthousiasme me font dire que j'ai sans doute eu tord de me fier à une vague réputation faite par une rumeur portée par des gens qui n'ont certainement jamais lu ce livre, comme moi !

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    1. En fait j'ai abordé ce livre sans vraiment savoir de quoi ça traitait, j'ai juste fait confiance à une connaissance de l'époque qui parlait avec chaleur de Buzzati, et en particulier de ce livre, et comme elle n'était pas spécialement passionnée par la lecture comme moi, ça m'avait intriguée! Heureusement que je n'avais pas capté qu'il ne s'y passait rien (enfin, c'est un peu exagéré, bien que ce ne soit effectivement pas ce qu'on pourrait décrire comme "aventures et tumultes"), sinon j'aurais eu un peu peur et encore plus tardé à l'aborder...

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  3. Bonjour A_girl_from_eart, si tu as aimé ce roman, j'espère que tu connais la chanson de Jacques Brel: Zangra qui est un résumé de l'histoire. Très bon roman et j'aime beaucoup la chanson. Bon dimanche.

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    1. Bonsoir Dasola,
      Hé non, je ne connaissais pas. Je viens de l'écouter et effectivement, on sent qu'il a été inspiré par cette histoire! Excellent! Merci pour cette découverte!
      Bon début de semaine.

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  4. La chanson de Brel est très ironique, à mettre l'accent sur l'homme qui prétend vouloir devenir un héros, lorsqu'en fait, s'il l'avait voulu, il aurait choisi de retourner en ville . Quand on le veut les activités dangereuses ne manquent pas!
    Ceci dit,il y a très longtemps que j'ai lu ce livre! je ne me rappelle de presque rien...
    Dans le film c'est Laurent Terzieff qui jouait Drogo. Il était jeune, alors, et pas mal du tout dans ce rôle.

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    1. Oui, Brel a su saisir l'esprit de ce récit, Buzzati jouant aussi avec cette idée de l'ironie du sort.
      Je ne savais pas qu'il y avait également eu un film adapté de ce roman. Décidément, quand je disais qu'il fallait que je revoie un peu mes classiques...

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  5. J'avais A-DO-RE ce livre, mais je le trouve tout sauf apaisant ! C'est totalement angoissant, au contraire... A relire un de ces jours...

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    1. Ah oui? C'est intéressant et amusant de voir que ce livre ait pu avoir un effet si opposé sur nous! Non, vraiment, je m'y sentais bien dans ce récit. A relire, pour sûr!

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^