dimanche 17 juin 2012

SEULE SUR LE TRANSSIBÉRIEN


SEULE SUR LE TRANSSIBÉRIEN

           MILLE ET UNE VIES DE MOSCOU À VLADIVOSTOK


Ce récit, c'est celui de près de 10.000 km parcourus, quasi la distance de la moitié de la planète (!!), trajet généralement réalisé en 7 jours/6 nuits grâce au mythique Transsibérien, et que l'auteure aura pris le temps de faire en 4 mois en 2004, s'arrêtant ici et là.

Impressionnant, mais ce qui m'aura encore plus impressionnée, c'est qu'elle sait voyager léger, elle :
"Mon sac est léger, 6 kilos et demi. Il contient le minimum pour une promenade prolongée - une chemisette, un pantalon de rechange, un chandail, trois culottes, une paire de chaussettes, une carte du monde, deux cahiers et un jeu d'échec."
(perso, j'aurais rajouté un livre quand même^^- ou ma liseuse maintenant)
  
Un voyage fascinant, ceci dit, ce qui m'aura le plus marquée et que je retiendrai de son récit, ce sont ses rencontres avec les habitants du pays, chaleureux, généreux, joyeux, incarnant l'âme russe dans toute sa splendeur, mais aussi, une chaleur terrible l'été, des paysages à couper le souffle, la taïga, le lac Baïkal, des bruits, des odeurs, la vodka, bref, un foisonnement d'images et d'émotions.
J'ai aimé les rires et les partages autour de la nourriture au cours de ces rencontres, les cadeaux qui viennent du coeur, et cette réflexion d'un Russe pour définir ses compatriotes:
"Le peuple russe est un peuple simple, bon dans l'ensemble."
   
C'est vraiment ce que j'ai aimé dans ce livre, les gens, le facteur humain. C'est le genre de voyage qui me parle. Une obsession pour un pays, sans raison claire, un rêve de longue date qu'on réalise enfin, une aventure personnelle, des rencontres authentiques (voyage en 3è classe), le besoin de rencontrer l'autre, de l'échange, du contact avec cet autre qu'on ne reverra probablement plus, mais qui bouleverse toute une vie.
Le sentiment de faire partie de la même aventure humaine pour le bref espace de temps que l'on passe sur Terre, le sentiment de toucher à l'essentiel.
Pour le lecteur, la sensation d'avoir partagé aussi la vie de ces gens l'espace d'une lecture, d'avoir vécu ce voyage par procuration, une très belle expérience de lecture, l'envie de la concrétiser.

J'ai aimé la façon dont Géraldine Dunbar rendait compte de son voyage et de son expérience, dans un style simple, claire, qui traduit bien ses émotions, et duquel pointait l'humour par moment. J'ai été touchée à plusieurs reprises par ses rencontres (je crois que je me répète un peu à ce sujet, non?^^), la curiosité et l'étonnement des gens du fin fond de la Sibérie qui rencontrent une vraie Française, leur ravissement car eux-mêmes ne peuvent se déplacer aussi "facilement" pour nous rendre visite.
J'ai aimé la sincérité et la simplicité de sa démarche, la clarté de ses descriptions, des lieux, des gens, et cette question qui la taraude: quel est pour eux le plus important dans la vie?
J'ai été particulièrement frappée par cette expression récurrente chez ces gens qui ont visiblement des difficultés financières au quotidien et qui, au lieu de se lamenter, disent simplement: "Nous vivons." Un peu façon "C'est la vie."
  
Ce que j'ai trouvé intéressant aussi, c'est ses impressions de la Russie dix ans après son premier séjour, ses réflexions et ses observations sur l'évolution sociale et économique du pays, le développement de nombreuses villes devenues de grands centres industriels en Sibérie, la modernisation et l'occidentalisation de Moscou avec ses galeries commerciales et ses entreprises, l'émergence des nouveaux riches moscovites qui préfèrent oublier le passé, tandis qu'en Sibérie, la population est majoritairement pauvre et nostalgique du passé.
Un témoignage vraiment instructif sur ce point.

Extrait (en ouverture du récit)
"Paris, septembre 1984, dans une grande librairie:
- S'il vous plaît, je cherche un dictionnaire français-russe pour ma fille; elle commence juste à apprendre cette langue au lycée.
- On n'en a qu'un; tenez, c'est un Petit Larousse.
- Il est de 1976... Vous n'avez rien de plus récent?
- Pff... Non, Madame, il n'y a pas de demande. 

Paris, avril 2004, dans la même librairie. La jeune fille a maintenant 30 ans, le vendeur, 50:
- S'il vous plaît, je cherche un dictionnaire français-russe.
- Quel type de dictionnaire? Petit ou grand format?
- Vous avez quoi au juste?
- Pff... On a de tout."

J'adore !
  
L'auteure
Née à Londres en 1972, de père sud-africain et de mère française, Géraldine Dunbar a passé sa jeunesse en Grande-Bretagne. Après avoir appris le russe au lycée, elle effectue son premier voyage en Russie en 1992 et poursuit l'aventure en faisant le tour de la Crimée en auto-stop. Titulaire d'un DEA d'Études slaves, Géraldine Dunbar multiplie ensuite les séjours à Moscou, où elle travaille à la BBC puis dans la publicité. Elle y est retournée en 2004 pour réaliser son rêve: voyager à bord du Transsibérien. 

16 commentaires:

  1. Billet parfait qui me remet bien dans mon souvenir de lecture (et tu as vu l'éditeur? transboreal!) et où je sens tes impressions d'avant Japon!Je te souhaite de belles rencontres aussi.
    Quel voyage, oui. Tu le feras un jour, dis?
    Ceci étant, en 3ème classe c'est mieux pour voir les russes... En 2ème l'été beaucoup de touristes, mais aussi des russes.
    Son avantage est de parler russe, sinon, compliqué de voyager seul...

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    1. Oui, je me souhaite aussi de belles rencontres pour le Japon!^^ Je viens de finir Nââândé!? (les fameuses tribulations de la Japonaise à Paris) et Le gourmet solitaire de Taniguchi, et je sens que ça va pas être forcément simple! Faut que je redouble d'efforts pour l'apprentissage du japonais! J'ai encore mis ça en stand-by... Alors qu'effectivement, il vaut mieux parler la langue du pays pour des échanges enrichissants (voire des échanges tout court... ). Tiens d'ailleurs je ne sais pas si tu te souviens du voyageur japonais dans ce récit, il m'avait bien amusée, le pauvre!
      Quant au Transsibérien, oui, ça me dirait carrément, ça doit être quelque chose! Je ne suis pas pressée par contre, j'ai encore d'autres projets voyages en tête (Amérique latine en particulier), mais oui, à faire, c'est sûr!

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  2. Un jour, je ferai le trajet du Transsybérien. C'est limite mythique pour moi!

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    1. Oui pareil! Comme je disais à Keisha, ce n'est pas un projet urgent mais c'est carrément dans ma VAF oui! (Voyages à Faire!^^)

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  3. Je le note pour après, là je suis toujours dans "En Sibérie" de Colin Thubron, qui m'a l'air d'être la même expérience sur beaucoup de choses (an particulier la rencontre avec les gens!)

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    1. Oui, un sujet inspirant et tellement vaste qu'il y en a certainement beaucoup à dire et à découvrir!
      Les récits de voyage se ressemblent toujours un peu dans l'esprit mais ce que j'ai apprécié ici et qui m'a attirée par rapport aux autres récits, c'est déjà que c'est celui d'une jeune femme, qui voyage seule qui plus est, et avec un petit budget façon globe-trotteuse. Je me suis bien identifiée à sa façon de voyager du coup, et me suis sentie assez proche d'elle.

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  4. C'est un vrai régal ce livre. Un livre comme je les aime avec ce qu'il me faut dedans. Je suis certaine de le lire un jour. Merci pour ce beau commentaire.
    Epatée également par son bagage. Bravo à l'auteure.

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    1. Je pense que tu apprécieras, oui, au vu de tes lectures et tes affinités.
      Je n'oserai pas partir aussi légère en octobre mais je vais essayer de n'avoir qu'un bagage aussi! :)

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    2. Je devrais m'en sortir avec 10.:) Enfin, je vais essayer...

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    3. Bon courage pour tes préparatif. Avec astuces et méthode tu devrais y arriver.

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    4. Oui, j'ai le temps encore.;)

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  5. Tiens, une Géraldine ! Ce livre ne peut qu'être bon ! Trève de plaisanterie, j'admire aussi ceux qui savent voyager léger, ce qui est loin d'être mon cas !
    Et comme j'adore les récits de voyage (même si depuis quelques temps cela ne se voit plus sur mon blog), je ne peux que noter ce titre !

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    1. J'ai appris à voyager léger avec le temps, mais là elle bat tous les records!
      En tout cas, oui, je pense que c'est un récit de voyage qui te plaira beaucoup! Le personnage même de l'auteur est agréable, j'ai aimé "voyager" à ses côtés, je l'ai trouvée touchante, authentique et admirable.

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  6. le transsibérien m'a toujours fasciné et il y a eu ce voyage récent où Fernandez, Mailis de Kerangal, Danielle Salenave et d'autres ont rapporté des livres passionnants

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    1. C'est un train tellement mythique, et le voyage en lui-même est tellement peu ordinaire qu'il en inspire bien des livres, tous aussi captivants, c'est sûr !

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^