(2007-2017)
traduit du turc par Yiğit Bener
Deuxième volet d'une trilogie, je tiens le bon bout, le tome 1 ayant été lu il y a trois ans ! Quelle joie de retrouver ici l'auteur, Ersin Karabulut, dont on suit le parcours d'artiste et de citoyen lambda avec, en toile de fond, l'évolution de la Turquie sur ces quatre dernières décennies.
Ce qui m'a frappée ici, c'est son sens de l'humour, son grand sens de la dérision, sans manquer pour autant de profondeur ni de gravité. Il m'avait semblé plus factuel au tome 1 même si c'était déjà savoureux.
La façon dont il se met en scène ici m'a régalée. Il n'hésite pas à se représenter fragile, légèrement peureux (mais vu les circonstances, on le serait à moins et je l'ai en fait trouvé très courageux, vu le contexte), il est très loin de se donner le beau rôle et c'est assez drôle, tout en étant glaçant.
En début de tome, on est en 2017. Ersin Karabulut est en route pour les États-Unis. Rien que ces premières pages m'ont fait pleurer de rire ! S'ensuit un flashback pour comprendre comment il en est arrivé là. On remonte alors en 2007.
C'est toujours son rêve d'être un dessinateur populaire pour des magazines d'humour, du genre satirique, avec caricatures & co, à la Charlie Hebdo, qui réveillent l'opinion. Il est chez Penguen, puis avec une poignée d'autres dessinateurs, ils décident de lancer leur propre hebdomadaire, Uykusuz (Insomniaque). Ce n'est pas sans difficultés ni épreuves, mais très vite, ils deviennent l'hebdo le plus vendu en Turquie. À travers ces articles, on suit l'actualité de près en Turquie, en particulier les années 2010, avec la montée de la dictature et de l'autoritarisme sous Erdogan - glaçant - mais on voit aussi la solidarité et la combativité du peuple face aux injustices, ainsi que les querelles entre personnes d'opinions divergentes, les hostilités envers ceux du camp adverse. Tout cela devient de plus en plus menaçant.
Je passe sur quelques autres événements marquants, certains très savoureux, pour laisser le plaisir de la découverte, mais suite à la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016, la vie devient vraiment très compliquée pour l'auteur en Turquie. Angoissante. Déprimante. Je passe encore sur certains détails, un ami lui propose alors de venir quelques mois aux États-Unis se changer les idées. Il accepte.
La suite et fin au tome 3. Vivement !!
C'est un tome très riche et instructif, factuel, captivant, inquiétant, tendu, nerveux et drôle tout à la fois. Ersin Karabulut excelle à rendre l'actualité turque accessible. On passe du rire à l'angoisse au rire. Un régal ! Ses illustrations, qui m'avaient un peu perturbée au tome 1, m'ont réjouie ici. Il a une patte graphique bien à lui et j'ai fini par totalement y adhérer, sans parler des couleurs.
Cet auteur m'a vraiment donné envie d'explorer davantage la littérature turque car lors d'une interview, il disait que les Turcs avaient un grand sens de l'humour et que l'humour était quasi un des fondements de leur société depuis la nuit des temps.
Je veux vérifier ça en roman ! Hmm... mais par lequel commencer ?



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