dimanche 23 février 2020

THE BIG ROCK CANDY MOUNTAIN


THE BIG ROCK CANDY MOUNTAIN

( LA MONTAGNE EN SUCRE )
(ou, moins sobrement, dans une édition précédente,
LA BONNE GROSSE MONTAGNE EN SUCRE 😂)

Ça faisait un petit moment que j'avais bien noté que cet auteur, Wallace Stegner, était dans les petits carnets de blogueuses particulièrement versées dans le "nature writing" (suivez mon regard). Bon, moi, le "nature writing", c'est pas mon truc mais quand plusieurs lectrices s'accordent pour affirmer que Wallace Stegner est un incontournable de la littérature américaine, et même un gros coup de coeur, et ben on se dit qu'on va arrêter de faire sa tête dure et s'ouvrir à cette possible révélation littéraire.

Parfois dès les premières pages, on sent qu'on va bien accrocher avec un livre. Tout de suite on connecte.
Ce ne fut pas le cas ici. Dès les premières pages, lignes même, j'ai pressenti que ce n'était pas mon genre de roman du tout, rien que dans le style d'écriture - très descriptif à tout propos et très centré sur les personnages. Mais je pouvais me tromper. Ça pouvait décoller au bout de quelques pages, ça m'est déjà arrivé.
Laaaas, plus j'avançais et plus mes intuitions se confirmaient, au point que je suis allée lire le résumé pour voir de quoi il allait retourner parce qu'à un moment, ça va quoi, les descriptions longuettes d'événements dont on cherche l'intérêt (le tournoi de baseball, la foire...). Et là, je m'arrête prudemment aux premières lignes de la quatrième de couv qui m'en disent assez : c'est l'histoire de la famille Mason - Bo, sa femme Elsa, et leurs deux enfants. Aaah mais qu'on y vienne donc à ce moment ! Certes, ce long préambule, c'était pour introduire ce futur couple et laisser pressentir ce qu'il allait leur advenir en fonction de leur psychologie mise à nue dès le départ, mais à un moment donné, il faut y aller.

Mais voilà, une fois rentrée dans le vif du sujet, je me suis encore perdue en soupirs impatients. Il fallait que je m'assure à nouveau que ce roman méritait que j'y consacre autant de temps. Retour au résumé... Une saga familiale où dès le départ, les choses n'étaient pas faites pour aller pour le mieux. Et ce récit serait la confirmation tragiquement tragique de ce constat. Mouaif, me suis-je dit alors. Le souci, c'est que dès les 100 premières pages, on a bien cerné les personnages, on n'a pas vraiment l'impression qu'il va y avoir de grosses surprises quant à leur avenir qui semble vouloir se caler sur la rythmique espoir/échec/espoir/échec et où l'on sent que les personnages n'iront que de déception en déception (le truc bien motivant, surtout format pavé). Tout est un peu tracé d'avance, et l'auteur joue les longueurs ou se fait plaisir avec de longues descriptions d'un petit peu tout.

À partir de là m'est venue l'idée d'abandonner ou de lire en diagonale. J'ai choisi la deuxième option parce que c'était une lecture commune et puis il y avait des points à gagner, quoi ! 😂
Or, sans vraiment m'en rendre compte, j'avais déjà commencé à rentrer un peu plus dans l'histoire en réalité, et surtout à trouver un vrai intérêt aux personnages. Pire, je commençais à me faire au style même si je soupirais un peu dès que l'auteur lâchait la description de trop (autour d'une pièce, des éléments de cette pièce, du physique des personnages, et même autour de la plupart des événements qui s'étendent sur des pages avec force détail quand ça pourrait prendre largement moins de place).

J'ai été assez fascinée par la relation entre Bo et Elsa, deux personnalités aux antipodes l'une de l'autre, deux personnages aux aspirations diamétralement opposées - Bo et sa folie des grandeurs, obsédé par l'aventure et la fortune qu'il sent à portée de main, qui ne saura jamais se contenter de ce qu'il aura déjà péniblement acquis, et jamais par des voies très légales, mettant en péril l'équilibre et la vie de sa famille, Elsa qui ne souhaite rien d'autre qu'un foyer stable et une vie intègre, résignée après avoir un temps refusé cette vie de promesses et de mirages offerte par Bo, peut-être la plus forte, la plus solide dans le couple en dépit des apparences - et la façon dont leurs deux enfants ont été emportés dans le tourbillon de leur histoire. J'ai trouvé leur couple tragiquement réaliste. La vie est parfois ainsi faite.

C'est un roman qui est assez emblématique de la poursuite du Rêve américain, et peut-être que ce qui le rend aussi chargé émotionnellement, chargé de détails aussi, c'est que c'est un roman semi-autobiographique, qui a peut-être servi d'exutoire à l'auteur et qui l'aura sans doute aidé à répondre à ses propres questions, à tenter de comprendre (et pardonner ?) son père.

Mon avis Goodreads :
3/5 étoiles
J'ai beaucoup oscillé entre le 1 et le 2/5 étoiles (surtout au début et à chaque crise de descriptionite aigüe de l'auteur (et il y en eut) (et pas que dans la veine "nature writing)), j'ai même lu en diagonale parfois, mais j'ai eu des moments 4/5 étoiles aussi, voire 4,5/5 étoiles, à travers l'histoire et les relations entre les personnages qui m'ont touchée malgré tout (même si énervée aussi) - pas bouleversée mais touchée, oui.
Si je regarde le roman dans son ensemble, pour ce qu'il symbolise pour l'auteur, et pour la façon dont il reflète si bien cette grande thématique du Rêve américain, c'est indéniablement un grand 5/5. De la même façon qu'on parle de tragédie grecque, on pourrait parler ici de tragédie américaine à travers cette saga familiale américaine qui débute à l'aube du 20è siècle.
Les 3 étoiles au final, c'est pour couper la poire en deux. Disons, 3,5.:)

Merci à Nasaissa et Stéphanie de m'avoir accompagnée dans cette LC. J'ai beaucoup apprécié nos échanges. J'aurai bien rigolé mine de rien.:)

L'auteur
Wallace Stegner, né en 1909 dans l'Iowa et mort en 1993, est un écrivain, romancier et historien américain écologiste. On le surnomme souvent le "doyen des écrivains de l'Ouest".

Intègre le challenge À l'assaut des pavés. Mon deuxième de l'année.:)

22 commentaires:

  1. Tu as fait fort de commencer par le groooooos roman de l'auteur ! J'ai lu Vue cavalière et En lieu sûr, j'ai beaucoup aimé les deux, mais je ne suis pas sûre que je doive te les recommander ! Quant à moi, je continuerai avec cet auteur.

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    1. En fait, c'est celui qui est souvent ressorti comme un immense coup de coeur de lecteur, que ce soit sur les blogs ou ailleurs sur le net, et j'aimais bien le titre, du coup c'est celui que j'ai choisi (et il fallait que ce soit un pavé en plus, pour le challenge ;)). Je ne regrette pas mon choix (malgré tout) car je pense qu'à travers ce roman, j'aurai vraiment découvert cet auteur, autant par son style que par son histoire (même si ce n'est que partiellement autobiographique).

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  2. (merci kathel, ça me fait chaud au coeur et tu as 100% raison)
    Les deux titres cités sont moins gros et il s'y passe plus d'inattendu.
    Ton billet m'a cependant plu, surtout pour tes ressentis en cours de route, et le fait que tu as du mal à trancher.
    Ceci étant, 'suivez mon regard', ha bon? ^_^

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    1. :)) Oui, je ne peux pas nier que c'est un très bon roman et il m'a été impossible d'affirmer de façon catégorique que j'ai détesté. Le portrait psychologique qu'il a fait des personnages est très puissant et vraiment intéressant. J'en ai beaucoup discuté d'ailleurs, et pendant la LC, et autour de moi. Après, c'était plus côté "plaisir de lecture" que ça a pêché, clairement. Les descriptions longuettes, ce n'est vraiment pas mon truc. Je ne pense pas revenir vers cet auteur mais je ne regrette pas de l'avoir enfin découvert, et particulièrement avec ce roman.

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  3. Je n'ai lu que "en lieu sûr" que j'ai beaucoup aimé. "La montagne en sucre" est dans ma PAL pour cet été. C'est intéressant la façon dont ta lecture a évolué. En tout cas, tu as eu du mérite de ne pas abandonner.

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    1. Merci.:) Je ne regrette pas d'être allée jusqu'au bout car finalement, ce roman prend tout son sens en le lisant dans son ensemble, jusqu'à la dernière ligne, mais mon dieu, que le chemin fut long.:)

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  4. Bravo pour ta persévérance ! Je ne sais pas si j'aurais tenu le coup comme toi. Maintenant, si je n'accroche pas, j'abandonne relativement vite.

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    1. Ça m'est arrivé d'abandonner, mais très rarement finalement, surtout s'il y a des éléments dans l'intrigue qui me motivent à continuer - et ici, il y en eut. Le dernier abandon en date fut Guerre et Paix. Là, ça a été très catégorique.;)

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  5. Je n'aime pas les longues descriptions, alors, je laisse tomber directement !
    Bonne semaine.

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    1. Ah, là je confirme, tu n'aimerais pas du tout.;) Bonne semaine.

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  6. Il est très bon dans les nouvelles sinon :)

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    1. Je n'en doute pas une seconde mais les nouvelles sont encore moins ma tasse de thé.;)

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  7. J'aime beaucoup ton billet! ce ressenti au long cours c'est intéressant, les doutes sur la notation aussi. je suis en train de lire un bouquin (au départ pour le boulot, mais finalement, je ne le chroniquerai pas)et pareil, il y a des moments où je lis en diagonale, parfois je soupire et me dis que vraiment ça ne me botte pas plus que ça, et poutant je persiste... je ne sais pas trop quoi en penser car quelques passages sont vraiment très très bien écrits et l'analyse sociologique touche juste. je devrais le finir ce soir...on verra si les 50 dernières pages vont changer qq chose à mon ressenti.

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    1. Me voilà bien curieuse de savoir de quel roman il s'agit !^^
      Je crois qu'en dehors du fait qu'un roman corresponde à ce qu'on aime ou attend d'une lecture en général, il y a cette terrible réalité pour nous "gros" lecteur, c'est qu'on a tellement d'autres tentations et d'envies de lecture qu'on a tendance à vouloir prioriser les valeurs sûres selon nos critères. Et si on se retrouve "coincé" dans une lecture dont on ne peut nier objectivement la qualité mais qu'on estime tout de même contournable (toujours selon nos critères), pas l'urgence du moment du moins, on ne peut en ressortir complètement satisfait. J'espère que tes 50 dernières pages te confirmeront que ton roman valait le détour !

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    2. C'était Les inconsolés de Minh Tran Huy. Lecture très mitigée. au final, les dernières pages n'ont pas sauvé la lecture, malgré un "twist" intéressant...mais justement après ça redevient très (trop) bavard.
      c'est vrai, ta réflexion sur la lecture. on revient vres les valeurs sûres...et en même temps, j'essaie justement d'aller "voir ailleurs" assez souvent, justement pour ne pas tomber dans le travers de lire un peu toujours les mêmes types de bouquins. et puis je crois qu'on devient de plus en plus exigeante avec le temps et les livres qui s'enchaînent, et clairement des bouquins qui m'auraient plu il y a des années, me tomberaient peut-être des mains maintenant. j'exagère peut-être, je ne sais pas...

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    3. Ah oui, j'ai en effet vu quelques avis sur ce roman et ils étaient tous mitigés, voire assez négatifs. J'ai lu d'elle La double vie d'Anna Song qui m'avait bluffée, et Voyageur malgré lui que j'avais beaucoup aimé aussi de mémoire, quoique la fin peut-être m'avait laissée dubitative.
      Bref, oui je crois qu'on devient plus exigeant au fil des années, ou on a plus d'attentes, on ne se laisse plus aussi facilement impressionner, haha ! On en a vu d'autres en somme.;)

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  8. j'ai bien suivi ton regard !!!
    Bon ta lecture finit mieux qu'elle n'a commencé ! Mais pour moi, elle ne commencera jamais ! Les romans descriptifs et qui tournent autour du pot, ce n'est définitivement pas pour moi... et encore moins en format pavé... Mais curieusement, ce genre de roman est toujours en pavé... Forcément, avec toutes les descriptions, on n'écrit pas un Nothomb !

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    1. C'est ce que je m'étais dit, haha (sans penser forcément à Nothomb ;)) ! Bon, je ne t'encouragerai pas à lire ce livre, je te le confirme, ce ne sera pas ton genre. Quoique j'adorerais te lire sur ce type de lecture en réalité !

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  9. Pas sure d'être convaincue, je vais le laisser de côté encore un peu malgré ce titre alléchant : La bonne grosse montagne en sucre ! :D

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    1. Je regrette presque qu'ils n'aient pas gardé ce titre dans l'édition actuelle ! :D

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  10. C'est vrai que l'action n'est pas ce qui prime chez Stegner mais il se passe tellement de choses à l'intérieur des êtres...

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^