mercredi 4 mars 2026

TANGO DE SATAN


traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

J'ai profité de la LC de février pour enfin lire ce fameux László Krasznahorkai. Au départ, c'était Guerre & guerre, en projet de longue date, que je voulais caser, mais j'ai dû composer avec les dispos de ma bibli, et ma foi, un petit tango endiablé me semblait plutôt de bon augure. 
Le résumé en tout cas me parlait bien. Le cadre est une vaste ferme collective à l'abandon au coeur de la grande plaine hongroise, où végètent encore quelques habitants qui n'osent pas ou plus "quitter cette contrée sinistrée pour aller chercher fortune ailleurs". Ils s'épient et complotent les uns contre les autres, lorsqu'une rumeur annonce le retour de deux personnages que l'on croyait morts. La nouvelle bouleverse ces êtres en manque de perspective.
"Farce noire teintée d'ironie", ça, ça avait clairement tout pour me plaire, mais je n'avais pas fait attention, quelques lignes plus loin, à l'évocation d'un "voyage poétique peuplé de solitude et de mélancolie". Gros red flag pour moi.

Sur Goodreads, je suis tombée sur le commentaire d'un lecteur (auquel je me suis bien identifiée) qui, en lisant les premiers paragraphes, s'était demandé si les 150 premières pages de son livre n'avaient pas été arrachées.😆 Pour moi, c'était un peu comme si j'avais débarqué par erreur en plein film expérimental ou d'art et d'essai et que j'en avais raté les 20 premières minutes. Ça commençait bien cependant, avec un personnage, Futaki, dont le nom avait une forte consonance nippone. J'embarque donc (j'ai payé ma place), j'arrive à raccrocher quelques wagons, même si c'est franchement nébuleux. Par moment, je crois m'être endormie car je me retrouve subitement face à des scènes cryptiques, des dialogues et des phrases elliptiques, toujours dans ce même flou. Étrangement, je suis quand même, mais presque comme hallucinée. 

Le sentiment général qui m'anime, c'est, il faut bien l'admettre, l'ennui, mais au milieu de personnages quelque peu désoeuvrés et paumés, et dans un roman aussi atmosphérique, ce n'est pas si surprenant.
Il y a tout de même de belles surprises qui ont maintenu mon intérêt, une certaine malice chez l'auteur déjà, et j'aime assez cet esprit, certains passages ou situations que j'ai trouvés assez cocasses (un chapitre en particulier, celui de la rédaction/correction d'un document, qui m'a arraché des rires de hyène), mais aussi un jeu assez épatant et intrigant autour de la structure narrative (le compte à rebours des chapitres de la deuxième partie par exemple). Pour le coup, László Krasznahorkai est un véritable compositeur qui aurait d'ailleurs conçu son roman "comme un tango où les silhouettes entreraient les unes après les autres sur la piste de danse".

L'écriture, bien que krasznahorkaïenne labyrinthique, est étonnamment fluide, voire décontractée par endroit, surtout dans les dialogues. Rien de trop académique ou "littéreux", comme on pourrait le craindre d'un prix Nobel. À un moment, je suis même tombée sur un "Je pige que dalle, si je peux m'exprimer ainsi..." d'un personnage, et je me suis dit, mais on est peut-être fait pour s'entendre finalement ?

Bon, là, je me sens très à contre-courant du reste de l'univers (oui, pas que de la blogosphère) qui hisse à forte majorité cet auteur au rang des génies littéraires. Je rejoins plutôt Zarline qui a récemment lu Le dernier loup en concluant ainsi : "Une curiosité littéraire, oui, mais un chef-d'oeuvre, mouais non."
Je ne sais pas, je m'attendais quand même à plus au vu de l'enthousiasme général. J'étais davantage sur du 2,5/5 ici, avec quelques pics à 3/5.

Alors, László Krasznahorkai, y retournerai-je ? (voix de François Simon) Au sortir de cette lecture, c'était un "non" très clair. Non pas que j'ai détesté, mais l'expérience m'avait semblé suffisante (et comme j'ai une PAL, tout ça...). Avec le recul, je ne suis plus aussi catégorique.

À noter que ce roman a donné naissance à un film culte réalisé par Béla Tarr en 1994 et dont la durée est de 7h30 !! 7h30 !! 😱 En visionnant la bande-annonce, j'ai eu le même ressenti qu'à la lecture du livre :

Intègre le challenge
🎶Et quoi de plus approprié que "Le Tango de Roxanne" de la BO de "Moulin rouge" pour accompagner ce texte. Je trouve que sa mélodie et son rythme collent parfaitement à l'ambiance du roman.😁

L'auteur
Né en 1954 à Gyula (Hongrie), László Krasznahorkai est auteur de romans, nouvelles et scénarios. En 2025, il reçoit le prix Nobel de littérature.

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