mardi 30 juin 2026

AVALANCHE


( THE SNOW KING )

traduit de l'anglais (États-Unis) par François Happe

Et voilà ! À peine ai-je découvert la parution du dernier roman de Lance Weller que je me suis précipitée dessus, enchaînant ainsi ses quatre romans en à peine deux ans et me retrouvant à nouveau dans l'attente impatiente de son prochain...

Un titre qui n'est pas de saison mais que vous pourriez envisager tout de même en ces périodes de canicule.😅
Comme souvent quand je fais aveuglément confiance en un auteur, j'ai embarqué sans trop savoir de quoi il retournait et j'ai apprécié découvrir l'histoire au fur et à mesure de ma lecture, aussi vais-je essayer de ne pas trop en dévoiler. Toute sa magie repose de toute façon sur le Talent narratif de Lance Weller, la galerie de personnages hauts en couleur et la construction d'un récit "entre western sauvage et drame intimiste" où les épopées de la Grèce antique s'invitent (si si).

En 1910, Clara, fuyant le scandale, retourne chez son oncle et sa tante dans la petite ville de Forsaken Heights, nichée au coeur des montagnes de l'Ouest. Dans le train, elle fait la connaissance de Jack qui, après des années d'absence, revient à Forsaken pour dire adieu à Will, un ancien éclaireur qui l'avait recueilli vingt ans plus tôt alors que la famille de Jack venait d'être décimée par une fièvre virulente. Ayant contaminé quasi tout Forsaken Heights à l'époque, une tragédie qui hante encore la mémoire des habitants, Jack n'y est clairement pas le bienvenu. 
Deux âmes un peu éprouvées par la vie vont ainsi, par la force des choses, tisser des liens dans cette petite ville bien triste, chargée de malheurs, perpétuellement menacée en plus par "The Snow King", cette formidable montagne qui la surplombe.

Dès les premières pages, j'ai retrouvé avec plaisir cette écriture qui me ravit tellement. La première partie, pourtant d'un lugubre, était étonnamment belle et fascinante, et ce n'était qu'une mise en bouche. Moi qui ne suis vraiment pas "descriptions" à la base, et ici, il y en a des pages, jusqu'à des détails les plus infâmes (rien ne nous est épargné), je les ai toutes savourées, c'est assez fou !
Je crois aussi qu'en ce moment, j'apprécie ces écritures qui prennent leur temps, sans qu'on ait l'impression de perdre le nôtre, avec des descriptions qui font sens, qui ont leur pleine place dans le texte, qui sonnent naturelles et fluides.
"Ils levèrent le camp et se mirent en route. Dans ces petites heures du jour, le soleil n'était encore que la simple rumeur de quelque chose qui brillait ailleurs et leur allure était dictée par la pente de la montagne et des sous-bois touffus."
Chez Lance Weller, on sent vraiment l'âme du poète. Et j'aime aussi ce contraste très marqué entre ses descriptions pleines de délicatesse et de poésie quand il évoque la nature (dire que je n'ai pas l'âme sensible à la poésie non plus à la base) et la brutalité dans les descriptions d'une réalité crasse quand il s'agit des hommes, de leurs malheurs, de la tragédie de la condition humaine.
Et tout est si plein de justesse.

Je ne suis pas une grande romantique non plus, mais mon petit coeur palpitait à chaque retrouvaille et dialogue entre Clara et Jack dont on ne pouvait qu'espérer une belle histoire d'amour. J'ai tellement aimé qu'il n'y ait rien de forcé, cliché, évident. Leur relation s'établit subtilement, par petites touches, naturellement, sans violons en arrière-plan, nous laissant dans le doute constant quant à son évolution.
" - C'est juste tout ce voyage, et maintenant cet air de la montagne, tout d'un coup, dit-elle [...]. On ne s'attend pas à ce qu'il soit aussi... vivifiant.
- C'est un mot qui convient, répondit-il. Il y en a un autre : vachement froid. Sauf votre respect.
- Comme vous dites. Mais il me semble que ça fait plutôt deux mots.
Venant de l'ombre, elle entendit le bruit clair et net de son sourire."
Et puis malgré tout ce malheur ambiant, toute cette grisaille, toute cette morosité, j'ai eu le plaisir de quelques moments hyène hilare, dont un où j'ai ricané comme une démente dans les transports. On est très loin du roman comique, mais il y a tout de même quelques touches d'humour bienvenues.

La fin attention possible spoiler en revanche est terriblement tragique. J'étais presque fâchée contre l'auteur, mais c'était si magnifiquement raconté, là aussi. Mais bouuhou, tellement triste....

J'espère que Lance Weller a d'autres romans dans les tuyaux. Je n'ai plus rien à lire de lui après celui-ci. Ah oui, et le traducteur est absolument formidable !

LC avec Sunalee et Stéphanie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre petit mot. Les commentaires sont modérés par défaut, mais j'y réponds toujours.