mardi 23 juin 2026

PÊCHEUR D'ISLANDE


Ça fait deux ans que j'essaie de caser ce classique de la littérature de la mer que je comptais emprunter à la bibli, mais quand je suis tombée sur cette édition à la couverture magnifique avec reflets scintillants, je n'ai pas résisté à l'acquérir. Ah, il est vraiment du plus bel effet sur mes étagères.:)

L'histoire est relativement simple, mais riche en résonances. Enfin, il s'agit plutôt de deux histoires, toutes les deux d'amour et de passion, et toutes les deux tragiques à leur manière :
- celle entre la mer et les Islandais, comme on appelle dans la région de Paimpol ces jeunes Bretons qui, une bonne partie de l'année, vont pêcher la morue dans les eaux du Nord. Une histoire de passion tragique car la mer est une amante fascinante et dangereuse pour laquelle une multitude de marins ont déjà laissé leur vie, laissant sur les côtes des mères et des veuves éplorées.
- celle entre Yann Gaos, un de ces Islandais, et Gaud Mével, fille d'armateur, qui ont du mal à se trouver au début et pendant une bonne partie de l'histoire, ce qui a eu don de me frustrer grandement, de m'agacer même. C'est qu'il est fier ce Yann Gaos, et même s'il a laissé penser à Gaud qu'elle ne lui était pas indifférente, ça lui arracherait visiblement la gueule d'avouer clairement ses sentiments, préférant prétexter qu'il est "fiancé à la mer". Quant à Gaud, une fois qu'elle a mordu à l'hameçon, son désespoir face à l'attitude de Yann m'a fendu le coeur.
Et si ce n'était que là le plus tragique...

J'ai plutôt bien apprécié ma lecture, mais sans trop d'émois au début. C'est plutôt venu vers le dernier quart du livre qui m'a littéralement mis en PLS alors même que je commençais doucement à m'ennuyer au milieu de l'histoire vu que, décidément, il ne voulait rien se passer entre Yann et Gaud et que ça commençait à être pesant. Ah, si j'avais su que j'allais me prendre un uppercut pareil !

Le style est plutôt classique, le texte bien écrit, avec un charme assez désuet. Les descriptions précises permettent de bien se figurer la rude vie des pêcheurs, la beauté des landes bretonnes, la présence fascinante et menaçante de la mer, mais aussi l'espoir des femmes qui attendent, anxieuses, le retour de leurs hommes. En revanche, quand il s'agit des traversées maritimes, l'auteur ne s'y attarde pas trop, étonnamment. On se rend à l'autre bout du monde, en Chine par exemple puisque c'est le cas d'un des personnages, en un paragraphe à peine mouvementé.

Qu'importe, puisqu'il ne s'agit pas d'un roman d'aventures mais, comme je le soulignais plus haut, d'une histoire d'amour, où les sentiments s'expriment en termes surannés, et je dois dire que les descriptions des rapports entre jeunes gens avec l'insistance sur la bienséance et "l'honnêteté" des relations (😆) m'ont bien amusée et m'ont quelque peu fait penser à George Sand version maritime/bretonne.^^

"[...] car dans ce pays de Paimpol, on va très loin en amour, à l'époque de la rentrée d'Islande. (Seulement on a le coeur honnête, et l'on s'épouse après.)"

"Quand par hasard l'idée était aux femmes, cela par exemple agitait les dormeurs [...].
Mais cela venait rarement ; ou bien alors on y songeait plutôt à la manière honnête ; on se rappelait les épouses, les fiancées, les soeurs, les parentes..."

Bon, et sinon, un petit côté Tintin, chez Pierre Loti, quand il parle des Chinois... :
"Après une nouvelle semaine de mer bleue, on s'arrêta dans un autre pays de pluie et de verdure. Une nuée de bonshommes jaunes, qui poussaient des cris, envahit tout de suite le bord, apportant du charbon dans des paniers.
- Alors, nous sommes donc déjà en Chine ? demanda Sylvestre, voyant qu'ils avaient tous des figures de magot et des queues.
On lui dit que non ; encore un peu de patience : ce n'était que Singapour."

Mon avis Goodreads
3,5/5 et un terrible et magistral 4 étoiles pour la toute fin, triste et belle à la fois, qui remet toute l'intrigue en perspective.

LC avec Keisha.

Intègre le
Total à date => 17 points (280 pages + LC + bonus BTEM1).
⚓Et bim, me voici quartier-maître !

L'auteur
Pierre Loti (1850-1923) est un écrivain et officier de marine. Auteur de romans et de journaux inspirés de ses nombreux voyages, il entre à l'Académie française en 1891. Pêcheur d'Islande (1886) a connu un immense succès et est aujourd'hui un classique de la littérature de la mer.

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