SUR LA MER, VERS LE PASSÉ
traduit du finnois par Taina Tervonen
"À la croisée du Grand Marin de Catherine Poulain et des Naufragés du Wager de David Grann..." clame la quatrième de couv.
Du Wager, du Grann, les éditions Marchialy, une autrice finlandaise (en la personne de Katariina Vuori) et une enquête historique ? N'en jetez plus ! Ma barque était chargée du nécessaire le plus enthousiasmant pour partir en quête de Fridolf Höök, capitaine utopiste, chasseur de baleines et explorateur finlandais au destin tragique, pour lequel l'autrice a développé une véritable fascination au hasard d'une lecture.
Pour situer le contexte, un petit cop/col du début du résumé de l'éditeur, enrichi de quelques commentaires personnels.
"Alors que la Grande Famine frappe la Finlande à la fin du 19e siècle, le capitaine Fridolf Höök prend la mer, direction la région de l'Amour [non mais déjà, ce nom...😍] en Sibérie extrême-orientale [la Finlande était devenue un territoire russe et les Finlandais avaient le droit d'aller et venir, ainsi que de travailler en Russie], avec une cinquantaine d'hommes et de femmes décidés à y créer une communauté autonome et égalitaire [les utopies (sociétés idéales) et les colonies finlandaises connaissent en effet un grand essor à l'époque]."
Le navire, adapté en passant à la chasse à la baleine, est acheté en 1868 et c'est parti pour l'aventure, avec son lot d'intempéries et de tempêtes, mais point de descriptifs à la Wager, elles sont juste mentionnées façon perturbations tout à fait normales, un peu désagréables mais rien de grave.^^ Nos émigrés finlandais s'installent dans la région de l'Amour au terme du voyage, mais, deux ans après, c'est la fin de l'utopie et la colonie se dissout. Chacun se disperse, le capitaine navigue mais reste dans le coin, et puis... ça devient plus flou, plus mystérieux et indéniablement intrigant. Il se marie ? A un ou deux enfants ? Et qu'en est-il de cet épisode macabre en 1880 où des brigands du coin s'en seraient pris à sa famille ?
C'est à une véritable enquête autour de Fridolf Höök et de son expédition que s'attèle Katariina Vuori, à partir de livres d'historiens, d'articles russes, mais aussi de journaux, de missives et de lettres des colons publiées dans la presse de l'époque. Alors qu'elle se plonge dans les archives, elle se remémore son propre périple en mer en compagnie d'un Australien, une traversée en voilier durant cinq ans, avec là aussi son lot d'intempéries, et cette question en fond qui nous turlupinera tout le long : quelle erreur a-t-elle commise ?
La (tentative de) reconstitution du voyage du capitaine et la restitution du contexte historique, très instructive sur la Finlande de l'époque, m'ont passionnée. C'est un récit qui m'a même donné envie de lire Utopie de Thomas More !
Dommage qu'il n'y ait pas de photos dans ce livre pourtant bien documenté par ailleurs. Peut-être qu'elles ne sont pas libres de droit car on ne trouve pas grand-chose sur le net non plus. À moins qu'elles ne soient liées à des articles non traduits en français ou en anglais. L'autrice a elle-même eu du mal à trouver des informations en finnois sur ce capitaine et cette colonie. Elle a dû ainsi s'appuyer sur des sources et articles russes, avec cette difficulté supplémentaire de l'incertitude de l'orthographe des noms dans cette langue...
Un récit bien documenté donc, mais aussi des sources et observations contradictoires qui remettent en question la fiabilité des faits. Il y a finalement beaucoup de doutes sur ce qui s'est réellement passé, les pourquoi, les comment... Ce qui amène l'autrice à élaborer des théories et imaginer pas mal de scénarios, parfois amusants, mais aussi à ressasser un peu (trop parfois) les mêmes questions. J'ai bien aimé, cela dit, sa façon d'imaginer sans affirmer comme le feraient certains récits historiques.
Le tableau se précise toutefois au fil de son enquête, toujours avec quelques incertitudes, mais tout de même de nombreux éléments qui permettent de mieux visualiser les circonstances et les faits.
Quant au style et au ton, ils sont à l'humour, enjoués, plein de malice, ce qui rend la lecture franchement plaisante. J'y étais très confortable en tout cas.
Un petit extrait pour la route la traversée :
"Sur les baleiniers, il a pris l'habitude d'être entre hommes, et le voilà qui accuse les femmes de ce début de voyage si lent. Tout de même, Fridolf : même si la tradition maritime a décrété que les femmes, et surtout les rousses, portent malheur sur un bateau, je suis absolument certaine que même avec tes équipages 100% masculins, tu as déjà rencontré une pétole."
Total à date => 42 points (416 pages + autrice finlandaise).
⚓Et bim, me voici capitaine (pas fantôme 😅) !
L'autrice
Katariina Vuori, née en Finlande en 1971, est une archéologue spécialisée dans l'histoire de la navigation. Le Capitaine fantôme, son premier récit traduit en français, la place comme une des rares représentantes de la littérature du réel finnoise.

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