lundi 23 septembre 2019

A FINE BALANCE


A FINE BALANCE

( L'ÉQUILIBRE DU MONDE )

Mon avis Goodreads, sans préambule :
J'ai hésité à mettre 5/5 étoiles car ce n'est pas un coup de coeur foudroyant mais on n'en est pas loin, vraiment pas loin. J'ai dévoré ce roman en quelques jours (impossible de le lâcher - deux nuits blanches même) mais je vais mettre davantage à m'en remettre, je pense. Triste de quitter ces personnages. Et cette fin qui me fout le blues...

Un roman qui était dans ma PAL depuis un moment mais que je redoutais un peu. On m'avait parlé de scènes difficiles, violentes (je suis une vraie chochotte pour ça), je voyais aussi un bon pavé qui allait nécessiter temps et patience, et surtout, je m'attendais à un style, une écriture un peu inaccessible. Dans ma tête, c'était un roman des années 50-60. En fait, il est beaucoup plus contemporain que ça, publié en 1995, bien que l'intrigue se déroule dans les années 70-80.
L'histoire commence en 1975 et gravite autour de quatre personnages issus de milieux très divers : Ishvar et Omprakash, tailleurs de métier et de la caste des intouchables, Dina, une jeune veuve qui tient à son indépendance et qui, pour survivre, s'est lancée dans la confection à domicile, et Maneck, un jeune homme des montagnes fraîchement débarqué à Bombay pour ses études. Leurs destins s'entrelaceront en cours de récit de manière poignante mais nous suivrons aussi celui de toute une galerie de personnages qui leur seront liés de plus ou moins près au cours de leurs existences, avec en fond, l'écho des événements politiques de l'époque qui bouleverseront plus d'une vie.

Dès les premières pages, j'ai été embarquée direct dans ce roman-fleuve au style sobre mais efficace et agréable. J'ai vraiment beaucoup aimé le style narratif de l'auteur, Rohinton Mistry, qui raconte les choses simplement mais de manière captivante, et bien dosée rythmiquement. On ne reste jamais trop longtemps avec les mêmes personnages, ni pas assez. Chaque histoire est vraiment intéressante et passionnante, chacune avec son lot de tragédies (l'histoire des intouchables était particulièrement dure à digérer et celle de Dina m'a bien secouée aussi) mais pas que.

À ce propos, rien ne nous est épargnés émotionnellement, ni aux personnages d'ailleurs. On/Ils passe(nt) du sourire à la grimace, de l'espoir au désespoir, du calme au choc profond, du bonheur au malheur, de la joie aux quasi larmes, et parfois à l'horreur, sans crier gare et sans répit. Une vraie expérience de montagnes russes de l'émotion, cette lecture ! Il faut parfois s'accrocher (et avoir le coeur accroché). Mais qu'est-ce que j'ai adoré !!!
À un moment, je me suis même faite avoir par la tournure "contes de fées" que commençait à prendre l'histoire quand attention SPOILER nos quatre protagonistes finissent par former une petite famille et que tout allait un peu trop bien. J'étais d'ailleurs assez mitigée, presque déçue même, par cette tournure des événements. Je ne m'attendais pas à ce que quelques pages plus loin...
Et cette fin... Quelle claque ! Magnifique et horrible à la fois !

J'ai aussi passé beaucoup de temps sur le net à regarder des photos de Bombay et de plats indiens, à lire sur la politique en Inde sur la période de l'histoire couverte par le livre. J'ai regardé des vidéos Youtube sur Indira Gandhi, et j'en passe. Bref, cela est le signe que je suis très prise par un roman quand je pousse la recherche au-delà du livre.

Un roman envoûtant aux personnages hauts en couleur et terriblement attachants, qui a, comme le décrit un des protagonistes à propos d'une autre histoire, tout ce qui peut nous faire vibrer : "It's got everything - tragedy, romance, violence, and a suspenseful unresolved ending."

Je me suis posée la question du sens du titre (anglais) en cours de lecture et je l'ai trouvé dans ce passage dont j'ai recopié la traduction au détour d'une librairie :
" "On ne peut tracer des lignes, délimiter des compartiments et refuser de les franchir. Il faut parfois utiliser ses échecs comme marchepieds vers le succès. Maintenir un bon équilibre entre l'espoir et le désespoir." Il s'arrêta, considérant ce qu'il venait de dire. "Oui, répéta-t-il. Au bout du compte, tout est une question d'équilibre."

Et pour finir, un extrait d'une belle parole de sagesse :
" "You know, Maneck, the human face has limited space. My mother used to say, if you fill your face with laughing, there will be no room for crying." "

LC avec Béa et Nasaissa, également commenté par Ingannmic.

Intègre le challenge À l'assaut des pavés. Mon quatrième depuis juillet.:)

L'auteur
Né en 1952 à Bombay, Rohinton Mistry est un écrivain canadien d'origine indienne. Il immigre au Canada en 1975 et, tout en poursuivant ses études à l'Université de Toronto, compose des nouvelles et remporte ses premiers prix littéraires. Il participe du rayonnement actuel de la littérature indienne de langue anglaise à travers ses romans primés et traduits en de nombreuses langues, dont Un si long voyage, L'Équilibre du monde et Une simple affaire de famille.

20 commentaires:

  1. Je sais, c'est un beau roman, mais je ne veux pas actuellement de trucs trop remuants émotionnellement ^_^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a des périodes comme ça... Et j'avoue que celui-là est bien bien remuant, sans effet tire-larmes, c'est ça qui est encore plus dur.

      Supprimer
  2. Je t'admire de pouvoir lire un tel pavé en VO... sans parler des nuits blanches (ça je pourrais, mais pas mes yeux !). Je le note, à lire en français.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah j'avais les yeux bien explosés après chaque nuit blanche mais vraiment, je n'arrivais pas à me résoudre à fermer le livre. À un certain moment dans le récit, à chaque fin de page ou de chapitre, c'était plus fort que moi, j'enchaînais... C'était trop prenant, il me fallait savoir la suite. Si tu te lances un jour, tu comprendras.;)

      Supprimer
  3. Je t'admire aussi, comme Kathel ;-) En ce moment les pavés, c'est trop compliqué à gérer par rapport aux occupations scolaires bien prenantes, mais il ne faut jamais dire jamais ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est ce que je ressentais aussi mais il faut croire que ce challenge "À l'assaut des pavés" m'a bien motivée et entraînée car maintenant, je ne crains plus les pavés (en période chargée) et je les dévore même relativement vite (bon, bien sûr, ça dépend desquels^^). C'était le cas avant (il y a bien longtemps) mais j'ai l'impression que j'en avais perdu l'habitude et que j'ai fini par les appréhender, leur préférant des romans d'épaisseur plus standard.

      Supprimer
  4. Encore un pays dont je ne pense pas avoir lu d'auteurs ! Presque le coup de coeur ! Je note même si la liste s'allonge et que je suis assez désespérée :-(

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ahaha, j'avoue, c'est assez désespérant de voir sa liste s'allonger. On se demande si ça s'arrêtera jamais un jour. Bon, là je suis enfin plongée dans la relecture de The Handmaid's Tale, j'ai l'impression que c'est presque un luxe de pouvoir se permettre de relire un livre. Du coup, je savoure.:)
      En tout cas, ce n'est pas pour enfoncer le clou mais il y a vraiment du bon dans la littérature indienne. Des petites pépites même.;)

      Supprimer
  5. Impossible pour moi de lire un pavé quand je travaille mais je le note (en français ça va de soi) pour l'été prochain...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, je te renvoie à ma réponse à Anne car en fait, je me suis longtemps "interdite", privée plutôt, de lire un pavé en dehors des vacances, et surtout en période chargée, mais en fait ça dépend des livres. Certains pavés se dévorent en un clin d'oeil. Et avec la liseuse, plus de problème de poids à trimbaler partout avec soi.:)

      Supprimer
  6. Bravo pour la lecture en VO ! Je rejoins ton avis, même traduit, un très grand roman. Et j'avais trouvé un autre passage éclairant le titre : l'équilibre y est évoqué comme étant celui des castes, plus schématiquement celui entre riches et pauvres..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je me souviens de ce passage. C'était, je crois, un des arguments pour justifier ce système révoltant des castes. Que d'injustices et d'inhumanité perpétrées contre les intouchables ! Je ne m'en remets pas encore à ce jour.
      En tout cas, oui, c'est un très grand roman. Je suis vraiment contente d'avoir enfin sauté le pas pour le lire et je suis très motivée pour découvrir d'autres oeuvres de l'auteur, dont un recueil de nouvelles. Et pour me donner envie de me plonger dans un recueil de nouvelles, il faut vraiment que le style et l'univers de l'auteur m'aient plu !

      Supprimer
  7. tu me connais, s'il n'y avait le côté pavé, je prendrais ! Surtout qu'il y a un moment que je ne suis pas allée en Inde via la littérature !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te comprends. On ne se jette pas si facilement que ça sur un pavé, même quand on est tenté et qu'on a eu plusieurs expériences positives, voire enthousiasmantes à la lecture de pavés.

      Supprimer
  8. J'ai lu des récits sur la vie des intouchables, et ça me hérisse le poil tellement c'est abominable... ceci dit, tu as l'air tellement emballée, que je me note ce titre. Pour une période où je pourrai supporter ce genre de situations..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Abominable, choquant, révoltant ! Je confirme, ce n'est pas ce roman qui te fera voir l'injustice des castes différemment. J'en avais déjà lu un peu sur le sujet mais on ne s'y habitue pas. La cruauté humaine, ou l'inhumanité, ne semble pas connaître de limites... Mais ce roman aborde bien d'autres thèmes, et le style narratif de l'auteur est tel que tu devrais en sortir emballée toi aussi.;)

      Supprimer
  9. Je ne connaissais pas du tout, tu donnes sacrément envie de le découvrir !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça faisait longtemps que je n'avais pas dévoré un pavé avec autant de plaisir.

      Supprimer
  10. Ohhhh tu l'as lu !!!!! J'ai ADORÉ ce livre lu aussi dans sa version originale il y a quelques années! Il fait même partie de ces livres que je relirai un jour. Les personnages sont beaux, ils sont attachants, on vit Bombay, ses Bidonvilles et ses "épices" aussi et la fin m'a aussi clouée sur ma chaise...
    BIG BISOUSSSSSSSSS c'est mecredi quand même, ça s'en vient! :D)))
    XXX

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quand j'ai fini de le lire, j'aurais presque pu le relire dans la foulée tellement j'avais adoré aussi. Quel roman magnifique ! Il me restera en mémoire un moment celui-là ! Je pense que je ne m'arrêterai pas là avec cet auteur.
      Gros smaaacks ! On a encore dimanche ! ;)

      Supprimer