vendredi 21 mai 2021

MOI, CE QUE J'AIME, C'EST LES MONSTRES - LIVRE PREMIER


MY FAVORITE THING IS MONSTERS - VOLUME 1
 
( MOI, CE QUE J'AIME, C'EST LES MONSTRES - 1 )

traduit de l'anglais par Jean-Charles Khalifa

Une fois la dernière page tournée, j'ai lâché un "pfiou !" auquel il me semblait que rajouter tout autre mot était superflu. Je ne doutais pas que ce roman graphique était une oeuvre exceptionnelle mais traverser une expérience de lecture aussi puissante et perturbante, aussi bien d'un point de vue graphique que narratif, qui vous émerveille et vous fout des claques à chaque page, non, je ne pensais pas vivre ça.

Lire cet album, c'est comme plonger littéralement dans la tête de quelqu'un, ici d'une petite fille de 10 ans, et par extension de l'auteure, Emil Ferris, et se noyer dans un monde étrange pétri de visions, de pensées, tout un peu pêle-mêle, qui se structurent et suivent une ligne directrice, tout en se perdant dans des délires où l'on a parfois nos repères, et parfois c'est juste complètement dingue, fantasmagorique, labyrinthique, et malgré tout, on ne perd pas le fil.

Quelle histoire troublante et bouleversante à la fois ! 
Située à Chicago dans les années 60, elle nous est offerte sous la forme de cet album qui est en fait le journal intime de Karen, une petite fille de 10 ans à l'imagination foisonnante. Elle adore l'art mais aussi les monstres (vampires, zombies, ce genre-là) et s'imagine même en loup-garou, ce qui l'aide à faire face à la réalité de sa vie et à mieux supporter son quotidien. Un jour, sa voisine Anka se suicide d'une balle dans le coeur mais trouvant cela suspect, Karen se transforme en détective privé et se lance dans une enquête qui l'emmène dans le passé d'Anka, dans l'Allemagne nazie.
J'ai aimé sa façon de défendre en quelque sorte la cause des monstres qui, d'une certaine manière, la sauvent des vrais monstres de la vie, ceux qu'on connaît tous, ceux qui existent vraiment, l'injustice, la misère, les préjugés face à la différence, la maladie qui emporte ceux que vous aimez, les guerres, la méchanceté, les nazis, et j'en passe. Les monstres imaginaires et les histoires de monstres sont finalement son refuge face aux épreuves et aux tragédies de la vie.

Un extrait (sans les dessins associés) :
"Déjà à l'époque, je savais que je voulais être un monstre mais en voyant cette image ["Le bienheureux Guillaume de Toulouse" d'Ambroise Frédeau], j'ai compris qu'il y avait de gentils monstres et des méchants... Et ceux qui avaient assassiné le Révérend King et le président étaient les pires. Ceux-là étaient du genre à souhaiter que personne ne soit vraiment libre. Surtout pas ! Les méchants monstres veulent diriger le monde, le dessiner à leur image... Et pour ça, ils ont besoin que nous ayons tous peur. Ils ne vivent pas dans une tanière à prendre soin des leurs. Je pense que c'est ça la différence. Un gentil monstre, ça fait parfois peur à cause de son look bizarre, tout en griffes et en crocs... Mais ça, ils ne le font pas exprès, ils ne le contrôlent pas, c'est comme ça. Les méchants, eux, le contrôle, ça les connaît. Ils veulent que le monde entier soit effrayé pour pouvoir mener la danse."

Au-delà de l'histoire, j'ai été épatée par la précision et l'esthétisme des dessins, quasi tous réalisés au stylo-bille !! Au stylo-bille !!! Les reproductions de tableaux sont juste im-pres-sion-nantes ! Et celles de magazines d'horreur de l'époque m'ont beaucoup amusée. J'ai voulu glisser quelques planches ici mais il m'a été impossible d'en choisir une vraiment, et de plus, hors contexte, je trouve qu'elles perdent un peu de leur magie. 

L'éditeur précise en dernière page que "cette oeuvre magnifique mesure 204 mm de large sur 267 de haut et compte 416 pages. Elle est le résultat d'une expérience de laboratoire composée de 42% de mystère, 18% de fiction historique, 6% de romance, 21% de souvenirs, 5% de réalisme urbain, 6% de critique sociale mordante, 10% d'humour et de 3% de thriller surnaturel. 
Elle est aussi faite de nombreux coeurs qui battent et battent encore, de milliers de crocs prêts à mordre, de puissantes sensations souterraines et d'un appétit féroce pour la vie."

Aaah je trouve quand même qu'il y avait, malgré l'horreur et le drame qui animent en partie ces pages, plus de 10% d'humour.

Vivement le tome 2 !

L'auteure
(et là je recopie tout un extrait de sa biographie car je trouve que son histoire éclaire son oeuvre d'une lumière encore plus éblouissante)
En 2002, Emil Ferris (née en 1962 à Chicago), mère célibataire et illustratrice, gagne sa vie en dessinant des jouets et en participant à la production de films d'animations. Lors de la fête de son quarantième anniversaire avec des amis, elle se fait piquer par un moustique et ne reprendra ses esprits que trois semaines plus tard, à l'hôpital. On lui a diagnostiqué une méningo-encéphalite : elle est frappée par l'une des formes les plus graves du syndrome du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu'elle ne pourra sans doute plus jamais marcher. Pire encore, sa main droite, celle qui lui permet de dessiner, n'est plus capable de tenir un stylo.
Alors qu'elle ne se voit plus aucun avenir, les femmes fortes à ses côtés l'encouragent – la thérapeute en charge de sa rééducation, ses amies et sa fille –, et Emil décide de se battre. Elle va jusqu'à scotcher un stylo à sa main pour dessiner, ce qui lui prend un temps fou… mais à force de persévérance, elle s'améliore. Emil décide de prendre un nouveau départ et s'inscrit au Chicago Art Institute, dont elle sortira, avec son diplôme, d'un pas déterminé. C'est à cette époque qu'elle commence l'écriture de son roman graphique. Elle mettra six ans à réaliser cette oeuvre de 800 pages. Après 48 refus, l'éditeur indépendant Fantagraphics accepte le manuscrit.
Suite à quelques rocambolesques problèmes de livraison, le premier tome de Moi, ce que j'aime, c'est les monstres paraît en février 2017. Du jour au lendemain, Emil Ferris est propulsée parmi les « monstres » sacrés de la bande dessinée. Tandis que les réimpressions s'enchaînent, c'est unanime : il s'agit d'une oeuvre d'exception.

20 commentaires:

  1. Je me laisserai peut-etre tenter. C'est surtout à cause ee sa bio

    RépondreSupprimer
  2. Ah j'avais commencé mais j'ai eu du mal, il faut du temps. Je croayis que le tome 2 était paru?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut moins de temps que pour certains romans pavéesques^^ mais oui, il faut prendre le temps de savourer chaque planche. Sinon, il me semble que le tome 2 est bien paru aux États-Unis mais qu'il n'a pas encore été traduit en France (probablement en cours ? J'espère).

      Supprimer
  3. Oh oui il parait que c'est un roman graphique qui traumatise...a voir peut-etre...un jour

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais pas dans le "mauvais" sens du terme. C'est un album marquant oui, qui bouscule et ne laisse pas indemne (mais pas de façon négative là encore^^).

      Supprimer
    2. Oh oui ce n'est pas forcement mal le traumatisme....des fois cela ouvre les yeux....;)

      Supprimer
    3. Voilà, ça secoue, ça réveille.:)

      Supprimer
  4. et qui fait exception et n'a pas réussi à aller jusqu'au bout? C'est Bibi ;))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai l'impression que tu n'es pas la seule.;) J'avais pourtant le sentiment que tout le monde avait été conquis par cet album.

      Supprimer
  5. Je ne suis pas tenté par ce genre de livre...
    Bon weekend.

    RépondreSupprimer
  6. Je l'ai fait acheter dans ma bibliothèque et il sort tout le temps mais à première vue je n'avais pas pour projet de le lire. Mais après tout, pourquoi pas ?!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'en avais jamais fait une urgence malgré l'enthousiasme général, juste une curiosité, mais franchement ça vaut le détour.

      Supprimer
  7. Je l'ai acheté, rien que pour l'objet, et de temps en temps, je le feuillette !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que c'est un bel album à avoir dans sa bibliothèque !

      Supprimer
  8. Je l'ai feuilleté un peu, n'ai pas réussi à accrocher au dessin, je ne sais pas, tout le monde me dit que c'est extraordinaire, il faudrait que je prenne le temps de m'y replonger un jour...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que c'est un album qui ne se feuillette pas mais qui se lit ou ne se lit pas.;) Il reste toujours relativement plus rapide à lire que tous les romans que nous lisons^^ mais j'admets que, sans être exigeant, il demande quand même un peu d'attention.

      Supprimer
  9. Bien intriguant et tentant ! Ca me donne bien envie de découvrir cette Karen ! je note et verrai à la bib !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je serais vraiment très curieuse de ton avis si tu le lis.

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^