( MY FAVORITE THING IS MONSTERS - VOLUME 2 )
traduit de l'anglais par Jean-Charles Khalifa
Au premier volume, je n'ai été que louanges et stupéfaction devant autant de talents graphique et narratif. L'autrice, Emil Ferris, nous avait offert là un véritable OGNI (Ouvrage Graphique Non Identifié^^), une expérience de lecture puissante et perturbante qui m'avait émerveillée et foutu des claques à chaque page. J'avais été marquée à vie par la précision et l'esthétisme des dessins, quasi tous réalisés au stylo-bille !! Au stylo-bille !!! Il me tardait de lire la suite, occasion qui ne m'a été donné que près de cinq ans plus tard.
Au tome 1, on découvrait Karen Reyes, une petite fille de 10 ans à l'imagination foisonnante, dont on suit l'histoire à Chicago dans les années 60. Elle se livre dans son journal intime qui nous est donc restitué sous la forme de ce pavéesque album. Elle adore l'art mais aussi les monstres (vampires, zombies, ce genre-là) et s'imagine même en loup-garou, ce qui l'aide à faire face à la réalité de sa vie et mieux supporter son quotidien. Un jour, sa voisine Anka se suicide d'une balle dans le coeur, mais trouvant cela suspect, Karen se transforme en détective privé et se lance dans une enquête qui l'emmène dans le passé d'Anka, dans l'Allemagne nazie.
Au tome 2, je n'arrive pas à déterminer avec certitude si deux ou trois ans (plus ?) se sont écoulés, mais Karen a vraisemblablement franchi les portes de l'adolescence, ce moment où le monde semble sens dessus dessous et où l'on s'y cherche. Elle fait l'expérience de ses premiers vrais émois en se débattant avec son identité sexuelle, mais reste toujours cet "être farouche, 1/3 louve-garou, 1/3 détective, 1/3 enflammée."
Les causes de la mort d'Anka n'ont toujours pas été élucidées et Karen poursuit secrètement son enquête avec sa nouvelle amie Shelley qui, elle aussi, aime les monstres. Elle soupçonne aussi son frère Deeze, qui veille sur elle depuis qu'ils ont perdu leur mère, de détenir de sombres secrets. Une chose est sûre, sa mobilisation pour la guerre du Vietnam lui pend au nez, ce qui n'augure rien de bon non plus pour Karen.
Le travail artistique de l'autrice est toujours aussi fascinant, mais si j'ai lu ce tome avec beaucoup d'intérêt, presque tout aussi hypnotisée par l'intrigue que par les dessins, elle ne m'a pas autant passionnée et soufflée qu'au tome 1. Déjà, l'effet de surprise est certainement un peu passé, mais surtout, son évolution m'a paru plus labyrinthique, se focalisant cette fois-ci davantage sur le frère et d'autres déviations narratives, sans parler du fait que l'ambiance générale est de plus en plus sombre. Rien d'inintéressant, au contraire, mais je suis restée sur ma faim par rapport à l'enquête menée au tome 1 et l'histoire d'Anka, survivante de l'Holocauste, qui sont un peu passées au second plan.
J'ignorais alors qu'un tome 3 allait conclure cette série. Me voilà donc rassurée, et en même temps, je crains de devoir encore attendre cinq ans avant d'avoir le fin mot de l'histoire...
Extrait :
"Le dessin, c'est grâce à ça que je comprends les choses. C'est un chouette mot, "comprendre". Ça veut dire "prendre avec soi", comme si on emportait quelque chose.
Et cette idée, ça me rappelle une histoire qu'Anka m'a racontée, "la révélation de la grenouille". Un jour que Bouddha se promène, il fait une pause près d'une grenouille pour réfléchir un moment. Et la grenouille, elle en sera changée à tout jamais, car sans le savoir, elle va emporter avec elle un peu des pensées de Bouddha.
Eh bien, je crois que dessiner, c'est une façon d'être changé comme la grenouille l'a été."

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