mardi 22 novembre 2011

NÉCROPOLIS 1209


NECROPOLIS

( NÉCROPOLIS 1209 )

traduit de l'espagnol (Colombie) par François Gaudry


Se lancer dans du Santiago Gamboa, pour moi, c'est comme se laisser glisser sur une luge du sommet d'une petite colline enneigée: c'est grisant, c'est rapide, ça comporte son lot de dangers que l'on est prêt à traverser, et c'est une grande partie de plaisir pour qui aime les sensations fortes.

Comme toujours avec Gamboa, l'humour est au rendez-vous, ça foisonne dans tous les sens, et en bon latin au sang chaud, ça sexe de partout comme une ode à la vie. Le traitement de ce sujet précis peut paraître un peu too much par moment, j'ai personnellement frôlé l'overdose, mais c'est très souvent hilarant, avec ce côté absurde de situation et exagération à outrance des scènes.

Ce que j'aime chez Gamboa, en dehors de son humour déluré et jubilatoire, c'est que, au premier abord, ses histoires semblent juste légères, divertissantes, un brin absurdes mais pétillantes, de l'ordre presque de l'anecdotique, mais elles sont en réalité prétexte à des réflexions plus profondes. J'aime quand il plaisante entre deux observations sérieuses, et qu'il devient sérieux entre deux éclats de rires, de façon très fluide, je trouve ça assez fort.
Les meurtrissures mentales des hommes sont explorées à vif ici, le règne de la drogue, cette fausse échappatoire à la misère intérieure, à la misère tout court, la folie des hommes qui s'étire de la Colombie à Jérusalem, pas le même combat mais la même violence et les mêmes blessures de l'âme, inguérissables, tout cela est passé au crible à la mine de rien, avec, en passant, et ça j'adore aussi chez Gamboa, une incursion poussée dans le monde de la littérature à travers débats, références littéraires et mises en scène de personnages hauts en couleur.

La dimension internationale de ses récits est aussi un aspect que j'aime retrouver dans ses oeuvres et elle ne fait pas défaut ici. Rassemblant à Jérusalem des personnages d'horizons différents à l'occasion d'un congrès de biographes, Gamboa révèle avec force son immense talent de conteur d'histoires à travers des biographies fictives aux styles très différents.

J'ai particulièrement adoré la voix de José Maturana, "ex-forçat, ex-drogué, ex-pasteur évangélique, éclairé par la littérature" (cf 4è de couv'), quel orateur, quelle performance stylistique dans son récit, quelle preuve de la folie furieuse de Gamboa, qu'est-ce que j'ai ri à la lecture de ces passages, et en même temps, quel récit tragique et touchant, ça m'avait vraiment remuée! Quand la salle applaudit à la fin, on comprend pourquoi, et pour un peu, je me levais aussi de mon siège pour m'écrier au génie!

J'ai moins aimé le récit des joueurs d'échec, je n'y ai pas vu trop d'intérêt, par contre celui de Kaplan, je l'ai trouvé extra également (note à Keisha: et je n'ai même pas tilté pour Dumas!!!). Un peu moins d'enthousiasme aussi pour le reste des biographies, je m'attendais à quelque chose d'original avec l'actrice porno mais j'ai trouvé ça finalement assez classique - enfin, un peu fou quand même, avec cette vision loufoque de l'art, on ne sait plus s'il se moque ou s'il parle sérieusement, des fois il part tellement en vrille...

Quant à la trame principale, autour de l'écrivain narrateur et Maturana, à Jérusalem, je l'ai trouvé un peu tirée par les cheveux, mais quel réalisme impressionnant dans la description de ce contexte de guerre!

Ce n'est finalement pas le Gamboa que je préfère, même si le début était follement prometteur en ce sens. J'ai une véritable affection pour Les Captifs du Lys Blanc et Le Syndrome d'Ulysse, mais celui-ci se défend très bien. C'est, pour moi, un très très bon Gamboa, peut-être inégal par moment, et plus ambitieux que les autres dans la richesse des récits et dans les réflexions qu'on pourrait en tirer.

8 commentaires:

  1. J'hésite ... ma dernière incursion parmi les auteurs sud-américains ne s'est pas très bien passée ;) mdr ! Là, cela me parait intéressant mais bien touffu ... peut-être un peu plus tard et uniquement si je le trouve à la biblio (chat échaudé craint l'eau froide ! mdr !)

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    1. Il y a certains auteurs sud-américains avec lesquels je n'accroche pas non plus, notamment les grands classiques, mais Gamboa, j'ai eu un coup de coeur dès la première rencontre livresque!
      Il est plutôt déluré, a un humour décapant, et son univers vaut vraiment le détour, je suis sûre qu'il te plairait.;)

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  2. Mais si Le oomte de Monte cristo, un peu décalqué à un moment, en Colombie (d'ailleurs Gamboa le dit dans les dernières pages, pour ceux qui n'auraient pas capté)
    Conclusion : tu dois lire le comte de MC
    Et je vois un autre titre de Gamboa que je ne connaissais pas!

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    1. Ouioui, j'ai tilté, mais seulement à la fin, quand Gamboa le souligne justement, pas pendant la lecture du récit, tellement j'étais prise dedans. Et effectivement, j'ai revu le parallèle avec le roman de Dumas après coup (car ouioui je l'ai lu, même si ça date) (mais ça ne me ferait pas de mal de le relire, c'est sûr^^).
      Aaah, Le syndrome d'Ulysse, à lire, oui!

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  3. Dis donc ce José, je m'en souviens encore : quel homme ! Et j'ai bien aimé l'actirce porno aussi, le culot de son récit... et comme c'était le premier Gamboa que je lisais, j'ai été bluffée du début à la fin.

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    1. Ah oui, c'est ça aussi que j'ai oublié de dire à propos de Gamboa et qui fait encore partie de ce que j'aime chez lui: son culot! Et ce José, oui, quel charisme! J'en vibre encore!

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  4. Malgré ce billet stylistiquement très réussi et très foisonnant, pas sûre que ce genre de livre me plaise hein ? Qu'est-ce t'en penses ???

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    1. Je pense que je ne sais pas (hahaha^^), je suis assez partagée, tu pourrais adorer comme détester, mais je ne pense pas que ce roman te laisserait indifférente. Il a une force et une puissance que tu saurais apprécier, mais quelques passages un peu trash que tu aimerais peut-être moins. A voir...

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^