jeudi 23 février 2012

LE POISSON ET LE BANANIER, UNE HISTOIRE FABULEUSE DE LA TRADUCTION


IS THAT A FISH IN YOUR EAR ?
         TRANSLATION AND THE MEANING OF EVERYTHING

LE POISSON ET LE BANANIER
         UNE HISTOIRE FABULEUSE DE LA TRADUCTION )

traduit de l'anglais par Daniel Loayza avec la collaboration de l'auteur


Un titre étrange et amusant qui révèle en réalité une réflexion originale autour de la thématique de la traduction, à travers cet essai qui se présente, non pas comme un manuel de traduction avec ses techniques et méthodes, mais comme un guide de voyage.
Voyage à travers son histoire, ses conventions, son évolution, ses fonctions, avec des exemples et anecdotes tirés des quatre coins du monde et de tous les domaines où elle intervient (BD, sous-titrage, diplomatie, tourisme, littérature, humour, traduction automatique - j'ai été bluffée par la découverte du fonctionnement de Google Translate - épatant!).

Agréablement instructif, cet ouvrage est riche de révélations surprenantes qui vont au-delà de l'anecdotique et suscitent plein de réflexions, car l'auteur pose des questions auxquelles on ne réfléchit pas vraiment (que fait la traduction, et non, qu'est-ce?). Il bouscule ainsi quelques idées préconçues, clichés ou erreurs convenues dans l'univers de la traduction.
Cela m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, et même si j'ai toujours été admirative de la profession et que j'ai toujours reconnu la difficulté de ce travail, ça m'a amenée à revoir certains de mes réflexes, positionnements et certitudes vis-à-vis de la traduction.

Cet essai bien documenté et argumenté est relativement conséquent, quelques 350 pages qui semblent une broutille évoquées ainsi, mais le format est grand et la police bien tassée, occupant quasi tout l'espace de la page. Sérieusement, je pense que dans un autre format et une mise en page plus aérée, ce livre pourrait faire facilement le double, voire plus.
Heureusement, le propos est passionnant, diversifié, et relativement tout public. Je dis "relativement" car à travers des anecdotes qu'on ressortirait bien volontiers lors d'un dîner, non pas mondain, mais convivial, chacun peut y trouver son compte, cela dit, par moment, la lecture n'était vraiment pas aisée pour moi, requérant toute ma concentration sur certains passages aux phrases trop subtiles, surtout quand l'auteur se lançait dans des démonstrations et réfutations.

Je réfléchis encore à cette phrase par exemple:
"La traduction présuppose non pas la perte de l'indicible au cours d'un acte donné de médiation interlinguistique (tel que la traduction d'un poème), mais le caractère non pertinent de l'indicible en matière d'actes de communication."


A noter également que cet ouvrage en français a été spécialement adapté pour les lecteurs français, et que l'auteur a publié deux versions anglaises de ce livre, une pour le public américain, une autre pour le public anglais. Ceci en dit long encore une fois sur la porosité du domaine de la traduction qui, au-delà de la traduction du sens, peut avoir à s'adapter à un contexte culturel pour faire sens justement !

Une petite réflexion perso que je m'étais faite après lecture: ce livre est très complet tellement il brosse de langues et de siècles, et l'auteur a minutieusement étudié tous les domaines d'intervention de la traduction, mais il en a omis un (possiblement volontairement) qui a de l'importance à mes yeux. Hé oui, la langue des signes, qu'en fait-il?
  
Reçu de Flammarion via l'opération Masse critique de Babelio (d'autres avis ici).
Un grand merci pour ce livre dont je suis ravie ravie ravie du choix et de l'acquisition!
  
L'auteur
David Bellos est professeur de littérature française et comparée à Princeton University (USA), où il dirige le cursus de traduction et de communication interculturelle. Il est auteur et également traducteur: parmi ses travaux figurent la version anglaise de La Vie mode d'emploiet plusieurs romans d'Ismail Kadare qui lui ont valu de remporter en 2005 le prestigieux Man Booke International Award.

22 commentaires:

  1. Je sentais que ce bouquin était intéressant! merci pour le passage, mes neurones ont chauffé... Rien que la traduction du titre, imagine le reste...
    Tu ne connais pas google translate? parfois je découvre que quelqu'un est arivé sur mon blog via google translate, et ça fait bizarre de découvrir son blog en anglais ou néerlandais.

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    1. Sisi je connais Google Translate, je l'utilise même parfois pour comprendre le sens général de textes dans des langues que je ne parle pas, et je vois aussi quelques-uns de mes billets traduits par des visiteurs non-francophones, mais je ne connaissais pas son fonctionnement, càd la façon dont la traduction s'opère concrètement. Je pensais que c'était de la traduction automatique tel qu'on l'entend habituellement, alors que pas du tout. Ce qui explique les résultats plutôt satisfaisants dans l'ensemble.

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  2. Ce livre semble très intéressant, je le note pour un emprunt en bibliothèque !

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    1. C'est particulièrement passionnant si on s'intéresse, non pas seulement à la traduction, mais aux phénomènes du langage et à la linguistique.

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  3. Cela doit être passionnant mais pfff, 350 pages bien tassées, je crois que ce n'est pas pour moi en ce moment (surtout quand je lis la phrase que tu cites ... au bout que quelques mots, c'est comme si mon cerveau se mettait en veille et plus rien ne rentre ! mdr !)

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    1. ^^Oui, c'était tout à fait ça pour moi par moment. Il y a des passages qu'il vaut mieux lire à tête reposée, surtout quand on sent que l'auteur est très énervé par certains clichés qui ont la peau dure. Après, c'est un choix de lecture, on peut choisir aussi de ne pas se prendre la tête là où on ne suit pas le raisonnement, et se délecter du reste.

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  4. Ce qui est perdu dansla traduction d'un poème, ce sont les sonorités et rythmes particuliers à la langue d'origine. Et le sens aussi, parfois.Personnellement je ne lis pas de poèmes en langue étrangère, si je n'ai pas l'original à côté de la traduction. Il faut aussi que la langue originale ne me soit pas complètement étrangère, ce qui exclut la plupart des langues, en fait.
    Pour la prose, c'est différent.
    Dès que je pense traduction, je me dis qu'est-ce je perds à ne pas savoir lire l'original! J'aurais bien aimé être traductrice, mais je n'étais pas douée.
    Quant à l'indicible, si ça ne peut pas se dire, ça ne peut pas se traduire non plus!

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    1. Au vu de ton commentaire, je pense que ce livre te plairait beaucoup! Non pas qu'il te donne raison en tout point, mais justement, il pousse la réflexion plus loin encore et bouscule les certitudes. Pour les poèmes, j'ai été épatée par les exemples donnés de poèmes a priori "intraduisibles", et pour lesquels différents traducteurs parvenaient à rendre une version très satisfaisante dans une autre langue. Autre difficulté de traduction aussi, l'humour!
      Effectivement, traduire correctement n'est pas à la portée de tous. Il y a un vrai travail derrière, de la passion aussi, mais avant tout un talent certain! Un métier que je n'ai jamais rêvé de faire (trop dur^^) mais j'admire!

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  5. Bon, c'est clair, le sujet m'intéresse. J'ai d'ailleurs lu un article à ce sujet, très bien foutu dans "Ecrire Magazine" (N°112, assez récent, peut-être encore en kiosque). Mais ton histoire de taille de police m'inquiète et puis ta phrase citée en exemple me fait faire encore plus de noeud au cerveau que tes citations en bas de pages de ton bouquin grec. Parce qu'en maths, je ne fais pas d'effort, je sais que c'est inutile. Quand c'est écrit "en français", peut-être qu'en prenant bien du temps, ça peut arriver là où ça doit pour être saisi !;)

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    1. C'est vrai que j'ai l'art de choisir les citations pour faire fuir^^, mais c'est vraiment pour illustrer le style, et prévenir par la même occasion.
      Si le sujet t'intéresse vraiment, il ne faut pas se laisser effrayer par cet extrait, ni par mon histoire de choix de mise en page et police, c'est vraiment secondaire par rapport au contenu, par contre je recommande fortement de le lire quand on y est bien disposé, chez soi, au calme. En même temps, moi je l'ai lu d'une traite, ce qui joue aussi dans ma perception "critique" de ce livre, mais en réalité, il peut se lire par petites doses, entre d'autres lectures, ce qui est, à mon avis, la meilleure façon de l'aborder.

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  6. Il a l'air passionnant ce livre. J'ai aimé ton dernier commentaire, il me rappelle un livre:)

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    1. ^^Je sens qu'il va nous marquer longtemps celui-là! Et ça y est, j'ai lu Logicomix, et je recommande chaudement!!
      Quant au poisson et au bananier, passionnant oui!

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    2. Non en fait je pensais au Cri de la Mouette d'Emanuelle Laborit.
      Je suis bien intéressée en tout cas pour ce livre car je me suis souvent demandé comment on arrive à traduire certains livres ou même les films.
      Et puis en passant, je t'ai taguée.

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    3. Aaah oui, effectivement pour le livre... C'est moi qui suis obnubilée par les maths alors.^^ J'en ai repéré un autre chez Lee Rony, Le ßeau livre des maths! Dans le concept, ça me fait assez penser à ce livre de David Bellos, Le poisson et le bananier, même si le sujet est tout autre.
      Ouhla, je crois savoir le thème du tag!

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  7. Il faudra que je le feuillette ; bonne semaine.:)

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    1. C'est un thème qui nous parle tous je crois. Bonne semaine!

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  8. Merci pour cette référence. Je vais lire ce livre car je m'intéresse à ce sujet. Je lis souvent des auteurs anglo-saxons et en français et en anglais et il m'arrive de tenter de traduire une ou deux phrases, comme ça, pour voir.
    C'est un sujet passionnant.
    Bonne journée !

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    1. Un sujet passionnant oui, et une lecture très instructive et enrichissante car elle bouscule quelques idées reçues. Il y a aussi quelques exemples de traductions assez épatantes, surtout concernant les poèmes. Impressionnant, vraiment !
      Bonne lecture alors ! :)

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  9. "Hé oui, la langue des signes, qu'en fait-il?" L'auteur parle-t-il également d'interprétation dans ce livre ? Sinon, il serait normal qu'il n'évoque pas la LS.

    Je n'ai toujours pas lu ce livre (pourtant le sujet m'intéresse, je suis traductrice) et je ne savais pas qu'il existait une version US et une version UK. Ici, évidemment, la bibliothèque ne l'a qu'en anglais, mais d'après ce que tu écris, la version française serait plus intéressante pour moi. On verra. J'aime beaucoup ton billet.

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    1. Merci.^^ Ouioui, il parle également d'interprétation. Tu veux dire que s'il n'en parlait pas, ce serait normal qu'il n'évoque pas la langue des signes ? (exemple de traduction dans une même langue, haha^^) Peut-être qu'ici il ne voulait aborder que les "langues à sons", écrites ou orales...
      Ah oui, en tant que traductrice, ce livre te parlera sûrement. Curieuse d'ailleurs d'avoir ton avis à ce sujet !

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  10. "exemple de traduction dans une même langue" : dans ce cas, je dirais adaptation : par exemple, anglais vers anglais américain. Pour la LS, je parlerais d'interprétation, puisque la traduction se fait à l'écrit. Donc, je suis d'accord avec toi, je ne vois pas pourquoi il ne parle pas de LS.

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    1. Cela dit, le sujet est déjà bien assez étoffé sans la LS vu qu'il brosse vraiment une sacrée variété de domaines où intervient la traduction. Mais un petit aparté LS aurait été pas mal. Je me souviens aussi ne pas avoir été d'accord avec certains de ses points de vue que je trouvais discutables (dans le détail, je ne saurais plus dire lesquels), tout en ayant été convaincue par d'autres.
      Non vraiment, il faut que tu le lises pour nous dire ce que tu en penses en tant que traductrice.^^

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^