jeudi 13 décembre 2018

THE STREET SWEEPER


THE STREET SWEEPER

( LA MÉMOIRE EST UNE CHIENNE INDOCILE )

Il y a des romans sur lesquels on porte beaucoup d'espoirs à la lecture (au survol) de la quatrième de couv et des avis enthousiastes. Tel celui-ci. Sans compter que l'auteur est Australien et comme ils sont bien rares dans mes rayons, ça a tout de suite une aura particulière. Et on se fait des films où ce livre sera la révélation de l'année. On ne doute pas une seconde que ce sera terrassant. Comment pourrait-il en être autrement ? Rien que les thèmes entrevus promettent des moments bouleversants, déchirants, de ceux qui mettent un coup sur le crâne.

La quatrième de couv :
"New York aujourd'hui. Ex-taulard en probation dans un hôpital, Lamont, jeune Noir du Bronx, se lie d'amitié avec un patient, rescapé des camps. [...]"

C'est ce que j'ai retenu du contenu de ce roman avant de l'aborder. Une histoire d'amitié qui sort de l'ordinaire, forte et bouleversante, entre un Noir Américain d'un milieu défavorisé et un Juif rescapé des camps, et l'occasion de mettre en parallèle l'histoire tragique de leur peuple et la leur. La suite, comme souvent, est passée par un oeil pour en ressortir par l'autre, mais c'était assez pour me donner envie. Le titre original a achevé d'exciter mon imagination autour de ce récit.

Las ! J'ai déchanté un bon tiers du livre en ayant l'impression que le résumé de la quatrième de couv était bien plus prometteuse que l'intrigue ne l'était en réalité. Il faut dire que j'avais un peu zappé le passage sur le professeur d'histoire, Adam Zignelik, professeur d'histoire en pleine crise existentielle, or le warning était là, je ne peux me plaindre donc...

Ma déception était telle que j'ai ressenti le besoin d'en faire part sur FB :
"Ouhlala j'ai traîné un bon quart, j'arrive enfin à la moitié. Non pas que ce soit inintéressant mais l'auteur a l'art des longueurs et des répétitions, ça lasse un peu. Et puis son personnage de l'historien est d'un agaçant à toujours se prendre la tête !
Disons que ce qui me chagrine un peu, c'est que chaque personnage, même secondaire, prend une place trop importante dans l'intrigue (du coup c'est longuet), sauf Lamont (le Noir Américain) et le patient rescapé des camps sur lesquels l'auteur ne s'est bizarrement pas vraiment étendu pour l'instant. Ce qui est un comble quand la quatrième de couv les présente un peu comme les pièces principales de l'intrigue (un côté frustrant donc). Quant à l'historien, il aurait juste pu éviter de choisir qu'il traverse une crise existentielle et qu'on s'appesantisse longuement dessus (bon, j'ai un tiers de mon billet de fait ^^) ."

Bon, il me semble nécessaire de préciser ici qu'à la moitié du livre, le focus se fait davantage sur les échanges tant attendus entre Lamont et le vieil homme juif, et plus précisément le témoignage de ce dernier sur sa tragique expérience à Auschwitz (mais bon, l'historien dépressif traîne toujours dans les parages), ce qui ne m'a toutefois pas empêchée de ressentir quelques réserves, voire de ne pas être entièrement convaincue par ce roman au final.

Ce qui m'a fortement gênée, c'est qu'il y avait quelque chose de factice dans la narration, quelque chose de très construit, avec un plan A, un plan B, des tentatives d'effets stylistiques et narratifs qu'on ressent fortement à la lecture, le tout orienté de façon à émouvoir le lecteur, et j'avoue que chez moi, ça passe difficilement d'être prise par la main pour me montrer comment je dois réagir.
Mais le plus irritant, c'étaient les répétitions des événements comme si l'auteur craignait qu'on ne se souvienne pas, ou pire, qu'on ne comprenne pas. À un moment je me suis même dit, mais on n'est plus à l'époque où un auteur est payé à la ligne tout de même ? Alors certes, le thème est sur le devoir de mémoire et l'importance de se souvenir, mais n'est-ce pas un peu lourd de le souligner ainsi, du genre, peut-être que le lecteur a déjà oublié ce qui était mentionné cinq pages plus tôt ?

Enfin, j'ai trouvé qu'il chargeait un peu trop la mule en mélangeant trop de choses et de personnages, noyés dans une accumulation, voire une surenchère de drames, d'injustice, de problèmes, de tragédies, aussi bien personnels et intimes qu'à l'échelle de l'Histoire. Cet historien, était-ce vraiment nécessaire qu'il traverse une crise existentielle et qu'on s'appesantisse longuement dessus dès qu'il apparaissait dans le récit ? Je trouvais que c'était au détriment de ce qui était justement intéressant.
Perso, j'aurais bien vu 200 à 300 pages de moins, ça aurait gagné en fluidité.

Bref, pour conclure, j'admets que ce projet de roman est très louable, très intéressant, nécessaire sûrement, mais l'auteur y a mis trop d'ambition pour moi, sans forcément toujours atteindre ses objectifs, et ça ne m'a pas donné envie de revenir sur d'autres de ses romans, même s'ils paraissaient supra intéressants au premier abord. Vraiment pas.

L'auteur
Elliot Perlman est né en 1964 en Australie.. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages récompensés par des prix. Il vit aujourd'hui à Melbourne où il exerce la profession d'avocat.

18 commentaires:

  1. Oh mais je découvre le titre d'origine, et j'aime bien.
    Ceci étant je me sens moins seule, tu te rappelles peut-être que j'ai lâché l'affaire au bout de 100 pages, vraisemblablement parce que je sentais inconsciemment les bémols que toi tu as bien ciblés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je peux comprendre maintenant que tu aies lâché au bout de 100 pages.^^ Bon, je ne regrette pas cette lecture ceci dit (au moins je sais de quoi il retourne) mais elle n'était clairement pas à la hauteur de mes attentes.

      Supprimer
  2. J'ai complètement, totalement adoré ce roman... mais je comprends qu'il n'a pas correspondu à ce que tu attendais. C'est vrai que c'est plus un roman choral qu'une histoire d'amitié avec deux personnages principaux...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En dehors de l'histoire, ce sont surtout les répétitions et les longueurs inutiles qui ont failli avoir raison de ma patience, et le peu d'intérêt que j'ai trouvé à certains personnages aussi. On coupait tout ça et j'aurais pu davantage apprécié, je pense.:-)

      Supprimer
  3. Comme Kathel, j'ai adoré, sachant que je l'ai personnellement entamé sans avoir aucune idée de ce dont il y question...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aurais peut-être été moins déçue si je n'avais eu aucune idée de l'histoire mais il y avait (à mon goût) trop de défauts stylistiques pour que j'apprécie vraiment cette lecture. Comme je disais, ça ne me donne aucune envie de me lancer dans un autre roman de cet auteur, quelle qu'en soit l'histoire.

      Supprimer
  4. Je vois que les avis sont partagés mais je ne suis pas tentée par ce roman après avoir lu ton avis. Je trouve très drôle cette expression passer par un oeil pour ressortir par un autre

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que je suis une des rares à ne pas avoir été convaincue par ce roman (ah si, Keisha a abandonné mais là c'est extrême^^) mais j'aurais lu mes bémols ailleurs, cela m'aurait aussi calmée malgré ma grande curiosité pour ce roman.^^

      Supprimer
  5. oh bon sang, c'est terrible, oui quand tu as misé ta vie sur le cheval et qu'il tombe :) De la grosse déception pour toi au coup de coeur pour d'autres, ça m'intrigue forcément!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il ne te reste plus qu'à te faire ta propre idée.;-) Je serais très curieuse de ton avis sur ce livre d'ailleurs.

      Supprimer
  6. Bon, celui-là, je l'oublie vite fait !
    Bon weekend.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que je ne l'ai pas rendu tentant mais d'autres ont aimé, ça compte aussi.:-) Bon weekend.

      Supprimer
  7. Comme toi, cette lecture n'aura pas été le coup de cœur annoncé pour cause de "trop construit" qui nuit à l'émotion.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aah tu as trouvé aussi ? Ça me rassure car c'est toujours inconfortable d'être la pinailleuse du coin.^^ Visiblement ça n'a pas dérangé la majorité des lecteurs mais moi j'ai vraiment du mal avec ce genre d'artifices qu'on ressent fortement à la lecture.

      Supprimer
  8. J'ai adoré ce roman lu il y a quelques années déjà. Pour moi, un des plus beaux romans des dernières années... Comme quoi, on ne ressent pas tous la même chose à la lecture d'un texte. C'est intéressant de voir de quelle manière les lecteurs abordent les romans.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, même si ce n'est pas une surprise, c'est toujours fascinant de voir comment un texte résonne différemment d'une personne à l'autre.:-)

      Supprimer
  9. Un pavé qui me tentait bien (et il y en a peu, je te le garantis !) mais tu as l'art de calmer mes ardeurs !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hahaha, ce n'était pas intentionnel, juste un petit excès d'exaspération qui a débordé dans mon billet.^^ Il fallait que ça sorte. Mais tu as tout plein d'avis enthousiastes qui contrebalancent le mien. Fie-toi peut-être à tes premières intuitions.;-)

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^