mardi 17 août 2021

THE UNDERGROUND RAILROAD


THE UNDERGROUND RAILROAD

J'arrive après la bataille mais qu'importe, j'ai enfin lu ce fameux roman ! 🥳 Oui, ça faisait un moment qu'il me faisait de l'oeil, quasiment depuis sa parution, et encore plus quand j'ai vu le look trop cool de l'auteur, Colson Whitehead, à La Grande Librairie, mais au fur et à mesure que le temps passait, je voyais de plus en plus d'avis mitigés, notamment par rapport au style, un côté distant, impersonnel, qui donnerait la fâcheuse impression de rester extérieur aux personnages, sans parler de leur manque de profondeur. 
Bref, j'ai fini par douter de l'urgence de cette lecture.

Étant tout de même curieuse de ce roman et particulièrement fascinée par cette période historique aux États-Unis, je me suis enfin lancée dans sa lecture cette année et... grand bien m'en a pris car j'ai été franchement conquise pour ma part !

L'histoire se déroule quelque temps avant la guerre de Sécession. Cora, 16 ans, est esclave dans une plantation en Géorgie dont le maître est particulièrement sadique. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s'enfuir avec lui pour gagner les états libres du Nord, elle accepte de tenter sa chance malgré les risques et les terribles conséquences encourues. Très vite, ils sont traqués par un impitoyable chasseur d'esclaves déterminé à les retrouver.

Avant ce livre, je n'avais jamais vraiment entendu parler de l'Underground Railroad. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un chemin de fer physique, mais de toute l'organisation mise en place via un réseau de routes secrètes, de points de rencontre, et de refuges clandestins, pour permettre aux esclaves noirs de fuir vers le Nord avec l'aide des sympathisants abolitionnistes.
Ici, l'auteur a choisi d'en faire plus qu'une métaphore et a imaginé un vrai chemin de fer souterrain opérationnel reliant les états entre eux. La fuite de Cora l'amènera ainsi à traverser entre autres la Caroline du Sud, le Tennessee, l'Indiana, chaque étape, dans la construction imaginaire de l'auteur qui brouille les frontières entre le réel et le fictif, reflétant une réalité différente des conditions de vie des Noirs d'un état à l'autre, certaines paraissant presque idylliques mais masquant un envers du décor plus sombre qu'on ne l'aurait pensé.
J'ai beaucoup aimé cette idée de chemin de fer rendu réel qui confère à ce roman une dimension de légende et de fable, chaque station nous propulsant dans un univers plein de surprises à chaque fois, chacun avec son lot d'espoir et de désillusions, la traversée offrant même le concept d'une ferme idéale qui n'a jamais existé mais qui aurait franchement pu.

Je n'ai pas ressenti ce roman comme un livre sur l'esclavage mais sur l'aspiration à la liberté, quelque chose de plus universel, avec ce que ça implique comme questionnements, entre autres sur ce qu'est la liberté en fin de compte. C'est ce qui a, en tout cas, fait écho en moi, davantage que l'esclavage et ses atrocités qui ne nous sont pourtant pas épargnées.
Même si l'on suit le parcours de Cora, je n'ai pas eu le sentiment que ce récit était vraiment centré sur elle ou sur les personnages, non pas qu'ils étaient secondaires à l'intrigue mais j'avais l'impression que le propos allait au-delà d'une histoire de personnages. C'est peut-être pourquoi certains ont ressenti qu'ils n'étaient pas assez étoffés. Moi, ça m'a plu ainsi. J'ai trouvé que leurs portraits étaient dressés assez clairement sans besoin de plus et j'ai aimé l'écriture de l'auteur, sobre, directe, fluide, agréable et efficace sans avoir à jouer des artifices du pathos.

La fin avec la révélation sur la mère de Cora m'a mis une petite claque inattendue.
Une histoire sans concession, violente, avec malgré tout, un air de conte, une pointe d'espoir et même de merveilleux par endroits. J'y ai totalement adhéré !:)

L'auteur
Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l'un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. The Underground Railroad est élu meilleur roman de l'année par l'ensemble de la presse américaine à sa parution et récompensé par le National Book Award 2016 et le prix Pulitzer de littérature 2017.

24 commentaires:

  1. Comme quoi il ne faut pas toujours écouter les avis mitigés ! (qui viennent parfois de lecteurs qui n'ont pas choisi selon leurs goûts). J'ai beaucoup aimé ce roman, et tu as tout à fait raison en remarquant que ce ne sont pas tant les personnages qui y sont importants.

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    1. C'est qu'il y en a eu pas mal tout de même des avis mitigés qui vont dans le même sens, côté anglophone également, presque autant que d'avis enthousiastes. Forcément ça met le doute.:) Mais comme les réserves portaient surtout sur le style et le ton, je me suis dit que j'y survivrais, j'étais vraiment curieuse de l'intrigue. Au final, il faut s'écouter soi avant tout, oui.:)

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  2. J'ai juste lu le deuxième de l'auteur, ton avis me donnerait envie de découvrir ce premier (je ne sais plus où j'avais entendu parler de ce réseau d'aide à la fuite vers le nord, mais bien avant le roman)
    Entièrement d'accord avec le look de l'auteur (!) il me semble l’avoir aperçu au festival america 2018?

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    1. Il en jette son look, hein !^^ J'aurais trop voulu le voir au festival America !
      J'ai dû entendre parler aussi de ce réseau d'aide à la fuite dans mes lectures mais je n'étais pas consciente à quel point il était organisé ni qu'il avait ce nom. Je l'ai vu récemment mentionné dans Jubilee de Margaret Walker et là, ça n'a pas échappé à mon attention.^^ Mais c'était évoqué rapidement, au détour d'une conversation, sans détails. Possible que cela ait été le cas aussi dans mes autres lectures.
      Je compte bien lire aussi Nickel Boys.:)

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  3. Je ne l'ai pas encore lu non plus, il traîne dans ma PAL (acheté en seconde main) et figure-toi que j'hésitais à le remettre dans une boîte à livres mais ton avis m'incite à lui laisser une chance. Je crois que j'ai un peu peur de la violence mais je vais prendre sur moi (en février prochain sans doute, pour le mois consacré à l'histoire afro-américaine chez Enna).

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    1. Hmmm oui, il y a quelques scènes difficiles, j'ai failli le mentionner d'ailleurs dans mon billet, mais si j'y ai survécu (je suis particulièrement sensible), ça devrait passer pour toi aussi.;)
      Oui, donne-lui sa chance avant de le mettre dans une boîte à livres.:)

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  4. Ah bon, il est passé à LGL ?? J'ai loupé ça...
    J'avais beaucoup aimé moi aussi l'idée de matérialiser ce chemin de fer clandestin, ainsi que la manière dont l'auteur aborde l'Histoire de cette abomination qu'est l'esclavage : comme un legs certes embarrassant, mais avec lequel il faut bien, malgré tout, essayer de se construire... Mais j'ai aussi fait partie des lecteurs ayant émis des bémols, notamment sur le côté "démonstratif" de l'intrigue, le parcours de Cora, plus qu'un moyen de l'approcher et de la connaître, semble servir de moyen pour l'auteur de nous faire traverser des lieux et des contextes représentatifs des diverses facettes de la condition noire à l'époque de son récit.

    Et je ne sais pas si tu as le même problème que moi depuis quelque temps (quoique je vois que tu n'as pas de liste de blogs ici) : le mien ne mets plus à jour le lien vers ce lieu lorsque tu publies un nouvel article. J'ai reçu une info de blogger m'informant qu'à partir de juillet de cette année, les flux rss à destination des adresses @ des personnes abonnées à mon blog ne seraient plus envoyés. Des abonnés à ton blog t'ont-ils signalé ce problème (moi oui) ? Et si oui, tu as su le résoudre ?

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    1. Je crois qu'on peut retrouver son passage à LGL sur Youtube.:)
      Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi par rapport à l'intention (supposée) de l'auteur. Je n'ai vraiment pas l'impression qu'il ait absolument voulu faire de Cora une héroïne de roman mais cet aspect ne m'a pas du tout dérangée, elle servait un autre dessein dans l'intrigue, peut-être plus intéressant d'ailleurs. Il faudrait que je ré-écoute son interview à LGL pour voir s'il en dit plus à ce sujet car à l'époque, je n'avais écouté que d'une oreille de peur d'être spoilée.

      Quant au problème sur blogger, j'avoue que je ne suis pas au courant et n'ai pas eu d'alerte particulière (ou ça m'a échappé). Et en effet, je ne tiens pas de liste de blogs ici mais sur un agrégateur de flux (CommaFeed). Keisha saurait te dire ? Il me semble qu'elle a une liste de blogs sur le sien.

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  5. Et bin tout un livre assez douloureux...il y a la serie aussi...mais c'est un theme que je fuis, l'esclavagisme.....meme s'il y a des espoirs...

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    1. Mais oui, j'ai vu qu'il y avait une série maintenant ! Je pense que le livre me suffit. J'ai peur qu'il n'y ait une surenchère d'émotions et de pathos que l'auteur avait jugée (très justement à mon sens) inutile dans son roman.
      Et je comprends pour le thème, il n'est pas évident...

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  6. Encore un inconnu. Le sujet pourrait me plaire. Alors pourquoi pas?

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  7. POur en revenir au sujet évoqué par inganmic
    Mon agrégateur de flux m'a lâché... Toi c'est commafeed, alors?
    Oui, j'ai une liste de blogs sur le mien, à jour là maintenant, automatiquement. Mais les abonnés, ma foi, je ne me soucie pas de cela, sans doute certains se sont-ils inscrits?
    Tu es contente de ton agrégateur? Cela fait un ou deux qui me lâchent, alors, remettre tous les flux me fatigue d'avance, la conséquence est que je suis de moins en moins de blogs..;

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    1. Oui, c'est pas mal CommaFeed. Bon, après, on n'est pas à l'abri que ça ferme un jour, comme tant d'autres, mais en attendant, ça fait l'affaire. Je suis assez peu de blogs aussi, ou plutôt, la majorité de ceux de ma liste sont de moins en moins actifs... À voir si en septembre, ça redémarre mais je crois que maintenant, c'est Instagram qui a bien pris le relai...

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  8. J'ai beaucoup aimé ce roman ! Et suis bien contente que tu aies pris du plaisir à le lire (en version originale veinarde !)

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    1. Oui, mes attentes étaient à la baisse donc la surprise n'en fut que plus agréable.:)

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  9. J'arriverai encore plus après la bataille que toi ! Ce roman est dans ma PAL audio, et tu me donnes fichtrement envie de l'en sortir !

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    1. Aïe, je me méfie toujours des lectures audio qui peuvent influer sur le plaisir de lecture en fonction de la voix et de la lecture de celui ou celle qui lit. Mais bon, s'il est déjà dans ta PAL, autant l'en sortir, oui.;)

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  10. Bonjour, Toujours un plaisir de redécouvrir tes chroniques. Pour moi ce roman aborde plus la traque que la quête de liberté. D'ailleurs le personnage qui semble absent mais complètement présent est ce chasseur d'esclaves qui m'a profondément marqué. Avec un parallèle de l'épée de Damoclès sur la vie de nombreux américains, aujourd'hui encore, du fait des violences polic!ères qui peuvent à n'importe quel moment frapper injustement ces vies afro-américaines

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    1. Bonjour Gangoueus, c'est un plaisir de te lire également !
      La traque de la liberté... oui, la nuance est légère mais je vois ce que tu veux dire. Je ne pensais pas précisément à la quête de liberté d'ailleurs mais plus simplement à la notion de liberté, qui est toute relative finalement. En tout cas, ce que je constate, c'est que ce roman a suscité des réflexions très variées d'un lecteur à l'autre. C'est vraiment très intéressant.

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  11. j'avais entendu parler du réseau, c'est pourquoi j'avais acheté le roman, je ne l'ai toujours pas lu, mais je l'ai récemment mis sur ma PAL de chevet! :)

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    1. Et tu fais bien.;) Aaah tous ces livres achetés pour x ou y raison et qui croupissent dans nos PAL.^^

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  12. Moi aussi ça fait un moment que je veux le lire... C'est déjà noté... J'arriverai encore plus après la bataille que toi :-)

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    1. Ce n'est pas plus mal, ça permet de prendre un peu de recul.:)

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