vendredi 27 février 2026

CLEAR


ÉCLAIRCIE 

Un roman court qui a pas mal tourné sur la blogo, à chaque fois avec des retours enthousiastes, ce qui n'a pas manqué attiser ma curiosité.

Le contexte de l'intrigue : depuis le milieu du 17e siècle en Écosse ont été mises en place les tragiques Clearances, une politique implacable permettant aux propriétaires terriens d'évincer les paysans de leurs terres, libérant ainsi des hectares de pâturage pour des troupeaux de moutons, beaucoup plus lucratifs. 
Le roman se déroule ici en 1843 sur une île perdue au large de l'Écosse. John Fergusson, un pasteur sans le sou, y est envoyé pour chasser Ivar, le dernier habitant du coin, dans le cadre des Clearances. Ce n'est pas vraiment de gaité de coeur qu'il a accepté cette mission, mais la misère l'y contraint quelque peu. Sauf que voilà, patatras ! À peine arrivé et alors qu'il arpente les lieux, John dégringole dans un ravin (c'est arrivé tellement bêtement que j'en ai ri !). Ne se doutant pas de ses intentions, Ivar lui sauve la vie et le recueille chez lui. Bien que ne parlant pas la même langue, un lien fragile se tisse peu à peu entre les deux. Pendant ce temps, sur le continent, Mary, la femme de John, attend, inquiète, le retour de ce dernier.

J'ai beaucoup aimé le postulat de départ : un homme missionné pour en chasser un autre de sa terre va se retrouver, par un retournement de situation assez cocasse, dans la posture de celui qui a besoin d'aide, et celui qui lui porte secours ignore qu'il loge chez lui "l'ennemi". Comment tout cela va-t-il bien pouvoir se finir ?^^ C'est qu'Ivar a, en plus, un petit côté possessif. Il était trop seul depuis des années, hop, un gars passe ! La compagnie et les visites lui manquaient très clairement. Quelque part, John était le Wilson (ou le Vendredi) d'Ivar. Voilà qui aurait pu basculer dans du Misery de King.😆

L'autrice, Carys Davies, nous épargne heureusement cette fâcheuse tournure des événements. L'évolution des relations entre nos deux protagonistes est plus "poétique", à la fois touchante et cocasse. J'ai beaucoup aimé la façon dont ils s'apprivoisent mutuellement, dans une communication quasi silencieuse au début car ils ne parlent pas la même langue, puis l'acquisition progressive de la langue d'Ivar par John (mes passages préférés !). J'ai trouvé aussi que la psychologie des personnages, la femme incluse (car l'autrice nous donne régulièrement de ses nouvelles), était très justement retranscrite. 

Bon, mais alors, comment tout cela se termine ? Parce que John était bien en mission au départ, non ? On va lui demander des comptes, le propriétaire va vouloir récupérer sa terre à un moment, non ? Eh bien, rebondissement surprenant vers la fin, un passage que j'ai dû relire deux fois pour être sûre de ne pas avoir halluciné. Là j'avoue, j'ai eu l'impression que l'autrice ne s'était pas trop embêtée. C'était, allez, pourquoi pas, hein ! 😆

Ce que j'ai trouvé très intéressant aussi dans l'histoire, c'est sa genèse, développée dans la postface par l'autrice qui a eu envie d'écrire ce livre après être tombée par hasard sur un dictionnaire de norn, la langue pratiquée par Ivar, une langue maintenant disparue. Quelle bonne idée elle a eu là !

Cette lecture a été comme une bulle hors du temps, parfaitement apaisante bien que tendue tout le long.


Également commenté par AlexandraAthalie, Cath LClaudialucia, GéraldineIngannmic.

Intègre le challengeavec ses 154 pages.

L'autrice
Carys Davies a grandi au Pays de Galles puis dans les Midlands avant de partir aux États-Unis où elle a travaillé pendant douze ans. Elle est l'autrice de trois romans qui ont tous reçu un excellent accueil dans la presse. Ses nouvelles ont également été récompensées de nombreux prix. Elle vit aujourd'hui à Édimbourg.

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