mardi 29 septembre 2026

VIVRE AVEC UNE ÉTOILE


traduit du tchèque par Xavier Galmiche

C'est le récent billet de Caro sur Mendelssohn est sur le toit qui m'a menée vers cet auteur tchèque, Jiří Weil, que je découvrais alors, et c'est précisément ce roman que je voulais lire pour le rendez-vous de Sacha, mais ma bibli n'avait que Vivre avec une étoile. Enfin, "que"... C'était déjà super, vu que ce dernier est considéré comme l'un des meilleurs romans de l'auteur et le titre, bien qu'annonçant le tragique des événements, évoquait quelque chose d'étrangement poétique et lumineux dans le désespoir pour que je m'y risque. Mais on peut l'entendre aussi de manière tout à fait factuelle. Ou encore singulièrement, amèrement, tristement ironique. Vivre avec une étoile...

Bien que la ville ne soit jamais nommée et que l'époque ne soit pas plus explicite, ON SAIT que l'action se déroule à Prague, occupée par les nazis, eux non plus jamais nommés d'ailleurs, pas plus que les Juifs. Pour le narrateur, Josef Roubíček, il n'y a qu'"Eux" (avec la majuscule) et "nous".
Et là je reprends la quatrième de couv : "Les mois passent, l'homme sait que, comme ses congénères juifs, il va être privé de liberté, convoqué et déporté vers l'est.
Commence alors l'attente infernale. Cousue sur sa veste juste au-dessus du coeur, comme le veulent les règles en vigueur, une étoile jaune fait de Josef un étranger dans sa propre ville. Peu à peu, son champ des possibles se restreint. Contraint de rôder aux abords de Prague, d'errer dans les cimetières et de se calfeutrer dans une mansarde avec pour seule compagnie un chat, il s'accroche pour survivre aux choses de la vie - un oignon, un livre, un amour perdu."

Dans un monologue presque halluciné, Roubíček nous déroule son quotidien comme un mauvais rêve, le genre qui paraît à la fois douloureusement réel et salutairement irréel, un quotidien tellement absurde et effroyable qu'il nécessite un ton quelque peu détaché pour s'en extraire - son quotidien, mais aussi "celui de tous ceux qui, nés Juifs, et condamnés sans procès et sans appel pour ce péché impardonnable, se résignent à attendre leur convocation pour un convoi de la mort."
La peur, la faim, le dénuement, la solitude traversent sans équivoque ce récit, mais le narrateur ne se plaint jamais ouvertement de son sort, comme résigné. Il décrit son quotidien de manière factuelle, ce qui peut le rendre un peu monotone, s'accrochant à des anecdotes, des racontars, quelques espoirs, des souvenirs, la solidarité de quelques-uns de ses pairs et une formidable ironie dénonçant la bêtise humaine, pour ne pas sombrer totalement. 

Un roman d'une valeur historique indéniable, mais le ton un peu désincarné et cette atmosphère hallucinatoire m'ont quand même tenue à distance par moment.
Je reste très tentée par Mendelssohn est sur le toit dont le résumé m'intrigue.

Extraits :
"J'avais rempli un bon nombre de questionnaires et donné un tas de réponses, j'avais toujours un sourire gêné quand venait la question : De quoi vivez-vous ? Est-ce que je le savais moi-même, de quoi je vivais ?"

"- Tous les animaux domestiques doivent être liquidés. C'est bien qu'Ils ne soient pas au courant pour Thomas [un chat errant réfugié chez le narrateur], je ne l'ai pas déclaré.
- Quel crime a commis Thomas ?
- Ils lui trouveraient bien quelque chose. C'est sûr qu'il a enfreint des lois et des décrets. Il est souvent sorti après huit heures et il est passé dans des rues interdites. C'est sûr aussi qu'il a troublé des lois économiques, d'une part parce qu'il a mangé mon pain et vos restes ; d'autre part parce qu'il s'est lui-même fourni en souris et en oiseaux, alors qu'il n'avait pas droit à la viande."

Également commenté par Nathalie et Sacha.

Lu dans le cadre d'
Intègre le challenge, la musique y ayant une présence ténue mais significative dans le chapitre où elle est évoquée.
🎶Et pour accompagner ce texte, j'ai choisi "Ode à la joie" de Beethoven interprétée lors d'un flash mob, l'émotion graduelle des spectateurs faisant quelque peu écho à celle de Roubíček dans le livre lors du concert.

L'auteur
Jiří Weil (1900-1959) est un écrivain tchécoslovaque d'origine juive. Journaliste, traducteur, membre du parti communiste, puis victime des purges staliniennes, il est l'un des premiers auteurs à avoir évoqué le goulag. En 1942, il échappe à la déportation en simulant sa mort dans la rivière Vltava et vit ensuite dans la clandestinité. Après la guerre, il écrit deux livres dont l'action se déroule dans Prague occupée : Vivre avec une étoile et Mendelssohn est sur le toit, qui a été publié à titre posthume. Deux ouvrages considérés aujourd'hui comme des chefs-d'oeuvre.

22 commentaires:

  1. Très bien cette ode à la joie, on ne s'en lasse pas!
    Hélas j'ai lâché ce RV de Sacha, un peu loin de mes biblis bien fournies faut dire; mais Mendelssohn est toujours dans mes listes..;

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    1. Eh bien, on pourrait se prévoir une LC Mendelssohn.^^ J'ai vu dans les commentaires plus bas que ça s'organisait pour janvier. Ça laisse le temps.:)

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  2. Je ne suis pas tentée par ce livre, à cause de son sujet, mais ça te fait une participation musicale !

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    1. Oui, je n'y aurais pas pensé sans Nathalie car c'est sur quelques paragraphes d'un chapitre, mais ce n'est pas complètement anodin.

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  3. Je vois ce qui t'a gênée et je pense que c'est ce qui m'a empêchée de faire de ce roman un coup de coeur tout en le trouvant vraiment remarquable. J'ai prévu de lire Mendelssohn sur le toit en janvier prochain : Nathalie organisera une LC Jiri Weil pour la journée en mémoire des victimes de l'Holocauste.

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    1. Je vous suis pour la LC ! Ce serait donc le 27 janvier ?
      Ce n'est jamais très aisé de dire qu'on a été un peu tenu à distance par la forme sur ce genre de sujet, mais on ne peut réfuter la portée historique de ce livre, c'est sûr.

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  4. Et merci pour cette deuxième participation !

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    1. Avec plaisir !:) J'ai réalisé d'ailleurs que je l'avais repéré chez toi au départ avec l'envie de le lire. Voilà qui est enfin fait ! Je rajoute ton lien en passant.

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  5. Pas plus tentée que ça, et puis a y'est j'ai publié ma 2EME participation au challenge rentrée vers l'Est, qui m'a fait bien transpirer, donc ça suffit !!!

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    1. Ahaha on sent le cri du coeur ! J'ai vu que tu parlais du Procès de Kafka que j'avais personnellement beaucoup aimé. Le roman que j'ai lu y fait d'ailleurs écho. Je file lire ton billet.:)

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  6. Je me doute que ce roman a une valeur historique et que j'apprendrai plein de choses en le lisant et je trouve que ces auteurs de l'Est nous font vivre de beaux moments de lecture mais pas c'est pas facile de les trouver en médiathèque, c'est ce qui m'ennuie un peu...d'autant que l'été je ne peux rien emprunter et j'ai besoin de lectures plus faciles :) Merci pour cette découverte cet auteur n'est pas présent dans mes deux médiathèques :)

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    1. C'est vrai qu'ils ne sont pas vraiment bien représentés dans les médiathèques, et pourtant, bien souvent il s'agit de classiques, pas des livres niches... Ce qui est sympa avec ce challenge, c'est que ça permet de repérer quelques incontournables qu'on peut toujours lire plus tard.:)

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  7. Et bin je ne sais pas quoi dire...le sujet m'eloigne mais la maniere me tente....alors a voir...en tout cas cela semble etre une bonne decouverte malgre le detachement...

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    1. Oui, ça reste un incontournable dans le genre, comme tous les témoignages, en récit ou roman, des contemporains de l'époque. C'est peut-être moins brutal que d'autres récits, cette réalité effroyable, du fait de ce (semblant de) détachement, et peut-être aussi, paradoxalement, plus brutal, parce qu'on sent la douleur et la rage contenue à travers ce détachement.

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  8. Tu préférerais sans doute Mendelsohn est sur le toit... puisqu'il semble te tenter encore.

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    1. Oui, j'ai prévu (à l'instant^^) de rejoindre une LC en janvier. Avis à suivre.:)

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  9. Si tu es restée à distance, j'oublie !

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  10. Je découvre ce titre grâce à toi. J'ai l'impression qu'il dégage une grande tristesse, vu le thème...

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    1. Oui, le sujet est clairement triste, tragique, mais la forme atténue un peu ce sentiment car il y a tout de même beaucoup d'ironie de l'absurde.

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  11. Le côté désincarné pourrait me laisser aussi à distance mais je note pour l'aspect historique et en parlerai à mon père qui pourrait être intéressée.

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    1. Il y a tout de même plus d'avis de lecteurs profondément touchés par ce livre que tenus à distance, donc j'aurais plutôt tendance à le recommander.

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