lundi 28 mars 2016

TOURS ET DÉTOURS DE LA VILAINE FILLE


TRAVESURAS DE LA NIÑA MALA

TOURS ET DÉTOURS DE LA VILAINE FILLE )

traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan


Un incorrigible romantique qui pourrait ne vivre que d'amour et d'eau fraîche du moment qu'il vit à Paris et une diva sans coeur, ambitieuse, vénale, manipulatrice et capricieuse. Le bon garçon et la vilaine fille. Une histoire d'amour impossible, un conte moderne, où les chemins de ce couple se croisent et se décroisent au gré du destin et des humeurs de l'auteur.

Normalement, ce type de romance un peu convenue n'aurait jamais dû atterrir entre mes mains mais voilà, c'était écrit par Mario Vargas Llosa, je n'avais toujours pas lu cet auteur péruvien à ce jour, et à l'aube de son 80è anniversaire, il était temps.
J'avais hésité avec La Tante Julia et le scribouillard, dans ma LAL depuis des lustres, mais j'avais un peu peur de cette histoire un peu rétro, comico-mélo, située en plus à une époque et dans un Pérou qui ne me parleraient probablement pas.
J'ai choisi ce titre au final parce que j'ai des souvenirs de bons échos à sa parution et parce que c'est l'histoire d'une obsession à la Tante Julia..., ce qui me donnerait une idée de ce dernier en bénéficiant d'un récit plus moderne peut-être, en tout cas, ancré dans un contexte plus contemporain.

En réalité, ce récit commence en 1950, mais ce qui est intéressant, c'est que l'intrigue traverse les décennies jusqu'aux années 2000, laissant entrevoir la grande histoire en toile de fond. Cuba, le Pérou, la révolution, les dictatures et leur conséquences sur le quotidien des Péruviens. Très instructif culturellement et socialement sur le Pérou. Et puis Paris ! J'ai particulièrement apprécié le choix de l'auteur de faire de Paris le lieu de l'action principal. L'évocation des quartiers, des rues, des restaurants, des lieux de divertissement parisiens, j'adore ça dans un roman, surtout venant d'un auteur étranger ! Et quand nos héros se retrouvent à un moment autour d'un verre à la Rhumerie, pour moi, c'était l'apothéose !

L'histoire d'amour en elle-même avait tout pour m'agacer mais elle est plutôt bien passée parce que finalement, c'est une non histoire d'amour. Elle a ce quelque chose de touchant parce qu'à sens unique, obsessionnelle et désespérée avec ce looser passionné qui ne veut jamais s'avouer vaincu, et cette femme détestable qui fascine et intrigue, et à laquelle on finit par s'attacher parce qu'au fond, elle fait pitié. Une femme capable de tout pour échapper à la misère de son milieu social. On finit par les adopter ces deux-là, on s'amuse de leurs histoires et des cucuteries dont se moque l'auteur lui-même à travers ses personnages.

"- Tu dois être la dernière personne au monde à dire de telles choses aux femmes. (Elle souriait, amusée, en me regardant comme un oiseau rare.) Ce que tu peux être fleur bleur, Ricardito, à me sortir pareilles cucuteries.
- Le pire n'est pas de les dire. Mais de les ressentir. Oui, c'est la vérité. Tu as fait de moi un personnage de série télévisée."

Tout allait plutôt bien donc, sans non plus total engouement de ma part, jusqu'au dernier tiers du récit où là, tout a basculé dans un ensemble d'événements assez glauques qui détonnaient un peu avec le reste. Une rupture brutale dans le récit où je me suis demandée pourquoi l'auteur avait imaginé quelque chose d'aussi extrême. Le récit s'est rattrapé sur la fin mais c'était un peu trop tard. On m'avait perdue. J'avais l'impression que le dernier tiers du livre s'étirait en longueurs et je pensais déjà à ma prochaine lecture. Ceci dit, la fin se conclue joliment, de manière particulièrement touchante, tout en restant légère et malicieuse, à l'instar du reste du récit.

Une histoire d'amour pas si classique, qui se veut comme une grande farce du destin, ou de l'auteur. On la voit évoluer, les personnages avec, et c'est ça qui est émouvant finalement. Cet homme, éternel romantique depuis son adolescence, qui, la soixantaine, lui voue le même amour inconditionnel malgré ses coups pendables, se lassera-t-il au final ? Et cette femme qui s'est toujours amusée de lui, qui affabule et manipule tout le temps à tel point qu'on ne sait jamais si on peut la croire même quand elle a l'air sincère (je dois dire que l'auteur a réussi là un personnage particulièrement diabolique qui a failli m'en faire perdre mon latin, alors, pensez, Ricardo... !), avec le temps et les coups durs, se laissera-t-elle finalement charmer ? Rien n'est moins sûr...

LC Anniversaire d'auteur avec Sandrine, Hélène.

L'auteur
Mario Vargas Llosa, un des chefs de file de la littérature latino-américaine, est né à Arequipa (Pérou), en 1936. Il a fait ses études en Bolivie, au Pérou et à Madrid. Il a été journaliste dans la presse écrite et à la radio. Dans son oeuvre romanesque, parmi la vingtaine de livres qui ont fait sa réputation internationale, on pourrait citer La fête au boucLa ville et les chiensQui a tué Palomino Molero ? et La maison verte.

20 commentaires:

  1. Celui je ne l'ai pas encore lu, peut-être justement (à l'inverse de toi) parce qu'il y a beaucoup de la France dedans et que je préfère Vargas Llosa péruvien. Mais son tour viendra bien sûr car il y aura un jour où je pourrai dire que j'ai lu toute son oeuvre !

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    1. Il reste très péruvien ici, Vargas Llosa, une partie de l'intrigue se déroulant également au Pérou, mais j'avoue que ça m'a toujours fascinée les écrivains étrangers qui écrivent sur un autre pays, en particulier si je le connais, et en particulier si j'y vis. Je trouve que ça témoigne d'une certaine affection, et en même temps, c'est intéressant d'avoir leur vision de ce pays, et de percevoir la façon dont ils l'ont vécu aussi.
      Bon sinon je te découvre véritable fan de cet auteur. Impressionnant ! (la version Pléiade de la Tante Julia !^^)

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  2. Oh ce livre me plait ! Malgré les defaults que tu as recensé ... cette non romance en pleins coeur de Paris.
    Ca doit etre pour moi !!
    Merci de cette jolie decouverte comme d'habitude !!

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    1. Tu pourrais bien y trouver ton compte en effet.;-) Curieuse de ton avis si tu le lis !

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  3. Ce n'est pas mon préféré de l'auteur, amis je suis loin d'avoir tout lu... J'ai beaucoup aimé Le héros discret et aussi, dans un genre différent (la biographie romancée) Le rêve du celte.

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    1. Ah voilà, faire le bon choix quand on souhaite découvrir l'univers d'un auteur qui a déjà une bonne vingtaine de romans à son actif. C'est ce qui a toujours retardé ma lecture de ses oeuvres d'ailleurs. Bon, là je ne suis pas persuadée d'avoir lu son meilleur (dans le sens, celui qui m'aurait le plus convaincue) mais il est de bonne facture et m'a donné une idée de la plume de l'auteur.

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  4. Je n'avais pas tellement aimé leurs "cucuteries" ! par contre j'ai aimé le côté policier péruvien de l'auteur avec "qui a tué palomino molero"

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    1. J'avais hésité avec celui-là aussi mais pour un premier Vargas Llosa, je voulais éviter de commencer par un genre trop marqué histoire de ne pas étiqueter l'auteur dans ma tête. Bon ceci dit, maintenant il est étiqueté "cucuterie" pour moi, haha ! Pas mon genre de prédilection à la base, mais il le défend bien tout de même.;-)

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  5. Oh je te cause plus tant que tu n'as pas lu La tante Julia (lu deux fois!!!) ou une histoire avec Lituma dedans (voir Hélène)

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    1. Haha, non mais je crois que j'ai déjà eu ma dose de "cucuterie" pour l'année avec celui-là. La tante Julia, ça risque de faire too much. Ceci dit, un jour oui, il faudra que je fouine par chez elle ainsi que chez Lituma, car ce sont des vrais références quand on pense à Vargas Llosa.

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    2. Mais il n'y a pas de cucuterie avec la tante Julia! Je l'ai même lu deux fois. http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2012/03/la-tante-julia-et-le-scribouillard.html
      Allez, note ça pour un jour un jour!

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    3. Aaah mais c'est déjà noté depuis belle lurette mais bon, il se trouve qu'au final, j'ai choisi de lire "Tours et détours...". Et dans le résumé de la tante Julia, je lis "Varguitas, éperdument amoureux de la tante Julia, belle divorcée de quinze ans son aînée". Le "éperdument amoureux" m'inquiète quand même... Le Ricardito du "Tours et détours...", c'était exactement ça.;-) Mais bon, un jour un jour, oui, j'y reviendrai peut-être.

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  6. et toi tu enfonces le clou avec cet auteur que je n'ai pas lu depuis des lustres... !

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    1. Ah ben tant mieux si je te l'ai rappelé à ton bon souvenir.;-)

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  7. Jamais lu non plus ce grand monsieur mais sur ce coup-là tu n'es pas super enthousiaste, c'est le moins que l'on puisse dire ;)

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    1. J'ai tout de même apprécié ma lecture, même si c'est sans plus.;-) Disons que le fait que j'y ai bien survécu, malgré une thématique aussi casse-gueule (pour moi), c'est plutôt un bon point pour l'auteur. Tout le monde ne peut pas traiter un tel sujet sans le risque de se vautrer complètement.

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  8. Ton billet m'avait plu. J'avais noté le livre. Pourquoi pas, même si les romances... Et puis ma sœur, à qui je donnais le titre du livre pour qu'elle le lise en espagnol, m'a répondu : Vargas Llosa, j'ai dit que je ne lirai jamais un livre de lui. Après la campagne qu'il a faite contre Fujimori. D'accord, Fujimori est en prison maintenant, mais quand même.
    Voilà !

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    1. J'avoue, je ne suis pas très au fait des brouilles Vargas LLosa/Fujimori.;-) La politique et moi, ça fait souvent 2, surtout sur cette période-là. Les romances et moi aussi d'ailleurs, mais disons que Vargas Llosa s'en sort ici via le comique de situation, alors ça passe plutôt bien. On pourrait même y voir une réflexion sur la passion amoureuse, la manipulation, tout ça tout ça.;-) Et plus encore. Ce sont deux personnages bien tordus quand j'y pense bien. Très curieuse de vos avis, à ta soeur et toi !

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  9. Dommage pour l'évolution glauque car jusque là, tu m'avais bien captée aussi, avec l'aspect culturel intéressant de l'Histoire de cette région du monde... Du coup, je passe, ce n'est pas avec ce roman que je lirais mon premier auteur péruvien !

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    1. Peut-être essayer un autre roman de cet auteur. Ou tenter quand même celui-là s'il a tout de même éveillé une certaine curiosité chez toi. Peut-être que tu ne vivras pas de la même façon que moi les événements que je qualifie "glauques".;-)

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