vendredi 16 août 2019

VANITY FAIR


VANITY FAIR

( LA FOIRE AUX VANITÉS )

Un grand classique de W. M. Thackeray dont j'ai toujours caressé l'idée de le lire un jour (ce fameux jour indéterminé dans le temps) mais c'est surtout le souvenir de la lecture savoureuse et méga-enthousiasmante de La Rose et l'Anneau (ou la Bague, suivant les éditions) du même auteur il y a 5 ans qui m'a motivée à enfin sauter le pas, convaincue que j'allais grandement me régaler ici encore.

À travers le destin de deux femmes que tout oppose, le milieu social, la personnalité et l'ambition, Thackeray compose ici un grand roman de satire sociale ancrée dans l'Angleterre victorienne mais qui reste résolument moderne et dont la portée est universelle.
L'une, Rebecca, a les dents longues mais vient d'un milieu défavorisé duquel elle mettra tout en oeuvre, sans scrupule aucun, pour en sortir. Étrangement, j'ai eu beaucoup d'empathie pour son personnage qu'on serait pourtant en droit de trouver détestable. L'autre, Amélia, plus fade, l'innocence incarnée, la naïveté agaçante, traversera elle aussi quelques dures épreuves malgré le milieu aisée dont elle est issue. Et, comme le dit si bien le résumé, "autour d'elles s'agite, dans une immense fresque, la "Foire aux Vanités"."

Je suis passée par plusieurs phases à la lecture de ce paf d'environ 1000 pages. Un vrai marathon que j'ai entamé avec entrain au début (le paysage local, les personnages, le contexte, le style me plaisaient et m'amusaient; j'étais clairement charmée), puis continué en petites foulées en mode automatique ensuite (j'avançais mais sans être particulièrement captivée par ce qui se passait, je m'intéressais moins aux détails), et arrivée à mi-parcours, j'étais de plus en plus dubitative (ce n'était plus trop ce à quoi je m'attendais en terme d'ambiance). Il y a eu toutefois un regain d'intérêt net et flagrant à un quart de la fin du parcours, jusqu'à la toute fin que j'ai rejoint avec entrain.
J'ai beaucoup aimé les contrastes des personnages dont l'auteur a su brosser un portrait psychologique très convaincant. J'ai particulièrement aimé les dénouements avec Amélia et Dobbin, et même Becky, à la fin.

Ce qui m'a gênée ou ce qui a un peu nui à mon plaisir de lecture, c'est que le traitement et le développement de l'intrigue ne sont pas vraiment ceux d'un roman à proprement parler, construit de manière à induire l'attente, voire l'appréhension de l'évolution des événements et des personnages chez le lecteur, mais plus ceux de tableaux à la mise en scène théâtrale, au milieu desquels on se déplacerait, comme dans une exposition, avec guide-conférencier à l'appui en la personne de l'auteur/narrateur qui commenterait chaque scène. C'est l'impression que ça m'a fait du moins. En cela, ça m'a fait penser à "A Harlot's Progress", la série de six tableaux du peintre anglais William Hogarth, qui raconte l'histoire d'une jeune femme de la campagne devenue prostituée en arrivant à Londres. On suit bien une histoire et sa morale à travers les tableaux mais les scènes sont figées. Et ici, je trouvais qu'on avait plus souvent une description (certes exquise et baignée d'ironie mordante) des faits résumés et commentés par l'auteur/narrateur pour prouver son point plutôt que de les laisser vivre à travers l'action et les dialogues, à quelques rares exceptions. 

Malgré tout, ce théâtre de la "Foire aux vanités" est une comédie humaine grandiose, où la satire est au rendez-vous et où l'on se régale du sens de l'observation et de la lucidité de l'auteur sur ses contemporains et l'être humain en général. C'est sensé, (im)pertinent et bien vu mais... sans grande surprise non plus en fait, d'où aussi peut-être mon enthousiasme moindre. Il faut dire que j'avais vraiment de très grandes attentes de ce roman. 
Ceci dit, la fin et ses conclusions m'ont tellement satisfaite que je me suis sentie récompensée de ma persévérance. 

Intègre le challenge À l'assaut des pavés. Mon deuxième depuis juillet ! :)

10 commentaires:

  1. Je me souviens surtout de Miss sharp qui ne recule devant pas grand chose! Sonon, oui, c'est un pavé de l'époque, avec ses manies (j'ai lu du fin 18ème anglais un peu dans ce genre, où ça n'avançait pas assez)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, à l'époque, ils faisaient un peu traîner les intrigues et jouaient beaucoup les rallonges et le remplissage. J'aurais personnellement vu au moins 200 pages de moins ici, mais bon, après c'est bien écrit.:)
      Ah Becky Sharp, quel personnage !

      Supprimer
  2. Manonlitaussi/manonbassi16 août, 2019

    Bravo d'avoir lu les 1000 pages. Je crois que je vais attendre un peu. Il me fait envie mais la j'ai vraiment besoin d'une intrigue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a une intrigue mais la théâtralisation des événements et la satire sociale portée par les commentaires ironiques de l'auteur/narrateur prennent davantage de place que l'histoire à proprement parler. C'est plutôt plaisant, voire jubilatoire par moment, mais il m'a manqué d'un petit quelque chose - du suspense, vibrer au rythme de l'intrigue peut-être.

      Supprimer
  3. Il faut ABSOLUMENT que je le lise ! Je l'ai dans ma PAL depuis des années ! J'avais beaucoup aimé miss Makenzie de cet auteur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je tenterais bien un autre Thackeray, du coup je suis allée voir le résumé de Miss Mackenzie mais c'est Trollope en fait.^^ Pas grave, j'ai noté tout de même car je n'ai encore rien lu de cet auteur qui est pourtant un des incontournables de l'époque aussi. Sinon, de Thackeray, j'ai aussi Le livre des snobs dans ma PAL (le titre était irrésistible) mais c'est plus une étude ou une compilation de billets d'humeur de l'auteur. Pas ce qui me tente dans l'immédiat.

      Supprimer
  4. Quel pavé ! Bravo pour ta persévérance !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci !:) Je suis bien contente d'avoir enfin sauté le pas pour celui-là. Lire des livres de sa PAL, c'est déjà une vraie satisfaction en soi, mais quand c'est des pavés, c'est encore plus réjouissant. Et quand ils ont squatté la PAL depuis un moment, on s'en félicite encore plus.:)

      Supprimer
  5. Il aurait fallu que tu sois enthousiaste de bout en bout pour me convaincre de me lancer dans un tel pavé. Et encore...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je fais partie des rares tâtillonnes sur le coup. Tu devrais peut-être te fier à d'autres avis. Mais j'avoue que je ne le sens pas trop pour toi ce classique anglais.;)

      Supprimer

Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^