mardi 9 juillet 2024

LES DAMES DE KIMOTO


traduit du japonais par Yoko Sim avec la collaboration d'Anne-Marie Soulac

"Un jour, je me marierai, j'aurai une fille et cette fille se révoltera contre moi et sera pleine d'affection pour sa grand-mère."
Voilà qui pourrait parfaitement résumer ce roman qui raconte l'histoire de trois femmes de générations différentes de la prestigieuse lignée des Kimoto et dresse un tableau vivant de la condition féminine au Japon depuis la fin du 19e siècle jusqu'à la fin des années 50 (ce livre a été publié au Japon en 1959).

Hana, figure centrale du roman, incarne la tradition, l'élégance, le raffinement et est un véritable modèle de vertu féminine. La raison d'être d'une femme, pour elle, car c'est ainsi qu'on éduquait les jeunes filles au 19e siècle, c'est d'être une bonne épouse et mère avisée, instruite dans les arts traditionnels.

Manque de pot, sa fille, Fumio, née au tournant du 20e siècle, est une véritable plaie un véritable esprit rebelle, résolument moderne, qui veut vivre avec son temps et refuse de se plier aux traditions et de se laisser façonner par sa mère qu'elle trouve tristement vieux jeu. 
"Ma mère a des idées complètement périmées. En prétendant me tenir en bride, elle se comporte en ennemie de toutes les femmes du Japon. Pour une représentante du même sexe, c'est impardonnable."
Entre les deux, les relations sont tendues, chacune restant campée sur ses positions, mais le lien filial reste tout de même fort.

Étonnamment, Hanako, la fille de Fumio, n'a pas l'esprit d'insoumission de sa mère et sa docilité naturelle console un peu sa grand-mère, Hana, d'autant plus qu'elle s'intéresse aux traditions et aux choses du passé, peut-être parce qu'elle a grandi à l'étranger au gré des missions de son père et que c'est sa façon à elle de retrouver ses racines.

La guerre éclate alors, bouleversant la vie de tout ce petit monde. Plus de 50 ans de l'histoire du Japon traversent en effet ce roman, affectant depuis le début le cours des événements dans la famille Kimoto.
L'Histoire évolue et les moeurs avec, mais pas les relations filiales, comme l'atteste la citation de départ. J'ai trouvé très bien rendues et très touchantes ces relations compliquées de mère en fille (à petite-fille). Ce ne sont pas exactement les mêmes relations d'une génération à l'autre, mais dans le fond, si, quand même. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'autrice, Sawako Ariyoshi, est parvenue à bien illustrer les paradoxes des relations filiales, finalement assez universels.

Quant au style, j'ai trouvé que le roman était bien écrit (ou traduit), l'écriture fluide, ça se laissait vraiment très bien lire, mais tout s'enchaînait avec une telle efficacité, presque mécanique, que ça manquait peut-être d'un soupçon d'âme.

À noter que ce roman a été adapté en BD par Cyril Bonin. Je n'ai pas pour projet de la lire, mais je suis quand même curieuse de savoir comment il a réussi à synthétiser cette histoire, assez riche et dense tout de même, en 112 pages.
Les avis de Violette et Je lis, je blogue, Sacha sur la BD.

Intègre le Défi lecture 2024 (21/30/100) => catégorie 93 (un livre où il est mentionné une tradition locale ou régionale).
"Toku posa avec soin une poupée sur les genoux de la mariée ; c'était la coutume que la bru arrive dans sa nouvelle famille, une poupée dans les bras."

L'autrice
Née en 1931 et morte à Tokyo en 1984, Sawako Ariyoshi reste une des plus prestigieuses romancières japonaises contemporaines, autrice de plus de vingt romans. Les Dames de Kimoto s'est vendu à trois millions d'exemplaires au Japon.

34 commentaires:

  1. J'en ignore tout! Mais où vas-tu chercher ces idées de lecture?

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    1. Celle-là, c'est une lectrice sur Insta dont c'était le premier roman japonais.^^ Mais j'avais déjà repéré l'adaptation BD aussi.

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  2. Un roman qui me tente depuis un moment autant pour le cadre historique que je connais peu étant plus familière du Japon moderne et les relations entre les femmes d'une même famille qui semblent bien décrites.

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    1. C'est ce qui m'avait intéressée aussi dans ce roman, cette période du Japon en transition entre tradition et modernité, et l'histoire de trois générations de femmes qui se suivent.

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  3. Alors évidemment le sujet me motive bien, l'histoire du Japon, je connais mal ... Mais, mais, la littérature japonaise me pose toujours problème par son écriture ! Je pensais noter jusqu'à ta remarque sur l'aspect mécanique et froid. C'est toujours ce qui me dérange dans les rares romans nippons que j'ai tentés.

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    1. Il faudrait que tu tentes les premières pages pour te rendre compte du style. Ce n'est pas très exactement froid, du tout même, ni même désincarné, en fait rien à dire au niveau de l'écriture, c'est plutôt la structure narrative, avec son enchaînement quelque peu "discipliné" des faits et événements, qui m'avait semblé manquer de "souplesse". J'essaie de reformuler ça différemment, mon ressenti est un peu difficile à expliquer.^^ Mais en soi ça n'a absolument pas nui à ma lecture.:)

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  4. Tu me donnes envie. Jusqu'à présent je me suis toujours limitée aux auteurs japonais contemporains (en fait, même dans les autres littératures, je reste très fort dans l'actualité).

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    1. Je lis plus volontiers les auteurs contemporains aussi, mais je ne suis pas réfractaire aux sauts dans le passé.^^ Bon, pour le Japon, je n'ai aucune limite d'époque.^^

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  5. Oui un livre qui est dans ma PAL:...tu me donnes encore plus envie de le sortir....

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    1. Ah ben s'il est dans ta PAL, n'hésite pas.:)

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  6. Je m’intéresse de plus en plus au Japon et je crois que ce serait un bon début que ce récit !

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    1. C'est une bonne entrée en matière. Tout dépend aussi si tu ne préfères pas lire quelque chose de plus contemporain.

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  7. Je te laisse les romans asiatiques. J'ai eu 2-3 mauvaises expériences et je ne pousse pas plus loin...

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  8. Ah oui, j'ai lu la BD moi, j'avais beaucoup aimé cette confrontation entre modernisme et tradition. http://doucettement.over-blog.com/2022/12/les-dames-de-kimoto-de-cyril-bonin.html

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    1. J'ai rajouté le lien. En te lisant, l'adaptation m'a l'air bien fidèle, en tout point. Il doit y avoir quelques ellipses tout de même, mais ça m'a l'air plutôt complet.

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    2. Merci ! C'est une BD de plus de 100 pages, assez dense.

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    3. 100 pages, ça me paraissait court, mais à bien y réfléchir, en BD, ça peut quand même être bien consistant.

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  9. J'ai lu aussi la BD de Cyril Bonin. En fait, je voulais lire le roman depuis longtemps sans jamais trouver le bon moment. Lire la BD était la solution de facilité mais elle est très réussie. Je lirai le roman un jour ou l'autre, surtout si le style est fluide.

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    1. Je me résous rarement à ces solutions de facilité (idem avec les films), un petit problème de psychorigidité chez moi à ce niveau. 😅 J'allais dire jamais même, mais j'ai un doute.😆 En tout cas, c'est une bonne chose que ces adaptations permettent l'accès de certaines oeuvres à un public plus large.

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    2. Je suis très fainéante, en fait (^_^) mais c'est toi qui a raison bien sûr. NB: Merci pour le lien

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  10. Tu me tentes beaucoup avec cette histoire qui me dit quelque chose. Peut-être l'ai je lu dans les années 80/90 ? Il faudrait que je recherche dans mes carnets de lecture de l'époque...il me faudrait aussi découvrir la BD.

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    1. Le roman est paru en 1983 en France, ce n'est pas impossible que tu l'aies lu à cette époque donc.:) Tu tenais déjà des carnets de lecture ? Ça, c'est précieux !

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  11. Ha mais la BD est à la bibli!
    Aucun rapport, tdloiducine me signale un roman de steinbeck, la coup d'or, avec des pirates... Mais un premier roman, en dessous des autres semble-t-il.
    Tu le sais, j'ai lu The white darkness( une soirée, c'est court, caractères assez gros, des photos) et je ne pense pas lire le bouquin écrit par shackleton, un peu, disons, ennuyeux, en tout cas pas destiné à passionner le lecteur potentiel, en revanche il y a un pavé écrit par une autre personne, mais j'avoue que je sature de la glace!

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    1. Écoute, ça tombe très bien pour Shackleton parce qu'il me tentait moyen et tu as lâché le mot fatal, "ennuyeux", qui me décide aussi à abandonner ce projet de lecture. J'ai prévenu Claudialucia. David Grann, enfin, son explorateur impitoyable dans "La cité perdue de Z", avait en plus fait un portrait peu flatteur de Shackleton, ce qui, déjà, à l'époque, me semblait mal présager.^^
      Bon, parfait, ceci va me permettre de me concentrer sur d'autres lectures qui me tentaient davantage, dont du maritime, mais pas que.^^ Pour Steinbeck, je lirai plutôt Les raisins de la colère, mais ce sera pour bien plus tard.;)

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  12. J'ai déjà noté ce roman, je ne sais plus où, peut-être au travers de la BD... je tenterai peut-être, sans urgence !

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    1. J'ai beaucoup aimé cette lecture, mais ce n'est en effet pas une urgence absolue.;)

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  13. J'ai lu et chroniqué cette BD l'an dernier, Je l'avais achetée sans savoir que c'était l'adaptation d'un roman (un de ces achats impulsifs sur la foi d'une couverture alléchante), mais je ne sais pas si cela m'aurait arrêtée vu mon coup de coeur pour les couleurs choisies par Cyril Bonin. D'après ton billet, on y retrouve bien l'essentiel du roman, certains éléments disons "culturels" étant en partie rendus par des regards, des scènes très évocatrices. Moi qui apprécie la littérature japonaise, j'en ai en tous cas retrouvé totalement l'esprit :-D.

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    1. Vous êtes nombreuses à avoir lu la BD finalement.^^ Tant mieux si l'adaptation est réussie. Généralement, si l'histoire est bonne et la narration ou mise en scène réussie, on se satisfait très bien de la première version lue (ou vue - ça vaut aussi pour les films) jusqu'à parfois la préférer à l'originale si on la lit plus tard. Ça m'est déjà arrivé pour certains films.

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  14. Je ne doute pas de l'intérêt réel de ce roman, comme tu dis, au sujet somme toute universel. Mais ce roman semble très loin de ma zone de confort, et ce sujet, et bien je n'ai pas vraiment envie de lire dessus.

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    1. Je peux comprendre. Il y a des thématiques qui parlent à certains et pas à d'autres, et si en plus c'est hors zone de confort...^^

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  15. oh je le veux ! je cours l'acheter mais j'ai bien rigolé en lisant "une vraie plaie" LOL

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    1. J'ai essayé de me mettre à la place de la mère en disant ça, mais en réalité, la fille m'amusait bien.:)

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