LE POINT DE BASCULE
Je précise "tome 1" car c'est ainsi que le présente l'éditeur sur son site, mais rien sur la couverture ou à l'issue de la lecture de cette BD ne laissait présager qu'il s'agissait d'une série.
Caroline, la cinquantaine, vient de se faire licencier. Le coup est dur, surtout que tout ce qu'elle trouve pour rebondir, ce sont des enquêtes de rue, un boulot dans lequel elle trouve peu de sens, sans compter que la plupart des gens l'ignorent royalement. Ce coup du sort est peut-être l'occasion de se lancer dans ce qu'elle a toujours voulu faire : détective privé ! L'occasion aussi de renouer avec sa véritable identité, Marcie Bangor. Boostée par sa fille de 16 ans, elle parvient à se faire embaucher comme stagiaire chez le détective Dulac. Bon, rien de glorieux là non plus, il s'agit de retrouver des chiens volés. Dulac la prévient d'ailleurs :
"Notre métier fait rêver, mais on est loin de l'image romantique du privé qui boit du whisky. Vous savez, on s'emmerde beaucoup, et ça, les bouquins ne le racontent pas."
Qu'importe ! Caroline Marcie prend sa mission au sérieux et se sent dans son élément. Un jour, elle est témoin d'une scène terrible : une femme s'est défenestrée. Percevant des ombres au tableau, Marcie va mener l'enquête sur ce qu'elle pressent être un meurtre, et ainsi se révéler à elle-même, soutenue par sa fille.
L'intrigue part d'un thème que l'autrice, Cati Baur, a voulu explorer, celui de l'invisibilisation des femmes à partir d'un certain âge, et je dois dire qu'il a été traité de façon convaincante. On ressent tout le tragique de situation, mais c'est retranscrit avec humour, tendresse et une franchise désarmante, on finit même par en sourire.
Un peu comme quand on lit cette déclaration de l'autrice en postface :
"Comme c'est encore un peu tabou de vieillir, on lit et on entend beaucoup que 50 est le nouveau 40.
C'est faux, 50 c'est 40 avec des tas de trucs en plus.
Des lunettes, déjà. [là, je me marre 😆]
Des cernes, des rides, des kilos peut-être, des bouffées de chaleur et des insomnies [bon, j'arrête là, non ?]...
Mais aussi et surtout dix ans d'expérience supplémentaire et l'envie, plus que jamais, de vivre pour soi et de pratiquer l'égoïsme au niveau olympique."
J'ai beaucoup aimé comment l'intrigue se déroulait, en prenant son temps, à son petit rythme tranquille, même en plein coeur de l'enquête, et même si l'histoire relève un peu du fantasme et que c'est parfois capillotracté, on y est intensément captivé et on se laisse porter.
Ce qui fait la force de cet album, c'est aussi le regard de l'autrice sur notre société, son sens de l'observation et son habileté à retranscrire les interactions humaines et le quotidien, comme elle l'explique si bien dans une interview :
"Insatiable observatrice de l'ombre, je pose un regard amusé et tendre sur mes contemporains. Je scrute les détails et m'applique à retranscrire tous les petits reliefs, qui donnent à la vie sa saveur, et à une fiction une allure d'authenticité : le mot juste, le ton d'un dialogue, le geste d'une main qui repousse une mèche de cheveux... tout est matière à raconter, au plus précis, les petites et les grandes histoires, la mesquinerie ou la sororité, les badineries du quotidien comme les espoirs déçus."
Le dessin m'a brièvement évoqué les "Tom-Tom et Nana", me renvoyant un peu en enfance. J'ai beaucoup aimé son apparente simplicité et la candeur qui en ressortait, mais c'est surtout le jeu et le travail sur les couleurs qui m'ont séduite.
Un très bon moment de lecture, un album plein de charme, d'humour et de fraîcheur auquel a beaucoup contribué le duo mère-fille. S'il y a une suite, je suis tout à fait preneuse.
L'autrice
Née en 1973 à Genève, Cati Baur est une autrice, dessinatrice de bande dessinée française. Après des études d'arts plastiques et une première vie de libraire, elle devient assistante d'édition avant de se tourner vers la création. Aujourd'hui, elle vit à Montpellier et partage son temps entre la bande dessinée, l'illustration jeunesse et l'université où elle travaille en tant que chargée de cours.



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