OR THE NECESSITY OF VIOLENCE
et encore sous-titré (je ne reprends ici que la traduction française pour faire court) "Histoire secrète de la révolution des traducteurs d'Oxford".
Soufflée par Yellowface qui m'avait convaincue des talents de l'autrice, R.F. Kuang, je n'ai pas hésité une seconde quand j'ai réalisé que c'était elle qui était derrière Babel, ce pavéesque roman multiprimé que je voyais partout à un moment et qui semblait ne récolter que des avis enthousiastes. C'est que les deux romans sont dans deux genres totalement différents et j'étais curieuse de voir R.F. Kuang à l'oeuvre dans la catégorie fantasy - fantasy historique même, pour être plus précise.
L'intrigue se déroule dans l'Angleterre des années 1830 dont l'économie et la puissance coloniale reposent sur la production et l'usage de barres d'argent magiques qui fonctionnement grâce à l'appariement subtil d'un mot et de sa traduction dans une autre langue. L'argentogravure a ainsi permis d'augmenter la productivité industrielle et agricole, une meilleure efficacité des armes, de grandes avancées médicales, un plus grand confort de vie... C'est à l'Institut royal de traduction de l'Université d'Oxford, surnommé Babel, que des universitaires travaillent à cet art complexe.
Robin Swift, un jeune orphelin chinois recueilli à Canton par un des professeurs, intègre cette prestigieuse Babel et prend conscience, au fil de ses semaines à Oxford, que "ces travaux confèrent à l'Empire britannique une puissance inégalée et servent sa soif de colonisation, au détriment des classes défavorisées de la société et de ses territoires. Peut-il espérer changer Babel de l'intérieur ? Ou devra-t-il sacrifier ses rêves pour faire tomber cette institution ?"
J'ai bien aimé l'idée de l'intrigue et l'aspect linguistique tout particulièrement, étant déjà passionnée par le sujet. La lecture était plutôt plaisante au début, les thèmes étaient globalement intéressants mais... et là va commencer la liste des doléances :
- leur traitement m'a paru un peu trop scolaire et simplifié, manquant de nuances, avec une vision très manichéenne des choses, les méchants (dignes de séries Z) d'un côté (les capitalistes, les colons, les riches, les profiteurs) et les gentils (les pauvres, les opprimés, les exploités, les victimes du système) de l'autre.
- de même, le traitement des personnages ne m'a pas franchement convaincue. Là encore, je l'ai trouvé un peu trop binaire. Ils manquaient de consistance et de profondeur. Ils étaient en décor, plus qu'en premier plan, et m'ont fait l'effet de marionnettes. Leur personnalité est résumée, ainsi que l'évolution de leurs relations, un peu façon "bon, on ne va pas rentrer dans le détail, vous voyez le tableau".
- enfin, on tarde vraiment à en venir aux détails de ce qui fait finalement le sel de l'intrigue, l'aspect magie avec les barres d'argent enchantées qui m'a paru, là aussi, assez survolé.
L'impression que m'a donné ce roman, c'est que l'autrice était là pour faire passer ses idées et points de vue (sur le colonialisme en particulier, en en dénonçant le racisme et l'inhumanité à travers sa réécriture (originale, certes) de l'impérialisme britannique), mais pas vraiment pour raconter une histoire. Intrigue, personnages, tout cela était très secondaire. C'est sa voix que j'entendais tout le long, je la voyais à l'oeuvre dans l'écriture. À aucun moment je n'ai vraiment été immergée dans une histoire, avec des personnages forts et attachants, ce qui est un peu le comble pour de la fantasy. Fantasy dont elle a grossièrement repris les codes pour les plaquer sur ses réflexions dans un roman peut-être trop ambitieusement démonstratif.
Rappeler les horreurs du colonialisme est certes nécessaire, mais il y avait peut-être un déséquilibre entre le sérieux du sujet et sa romancisation à la sauce fantasy dont la recette n'était pas très aboutie, avec des ingrédients qui manquaient par ailleurs cruellement de saveur.
Finir ce roman a vraiment été laborieux sur le dernier tiers. En fait, je n'ai accroché qu'au premier tiers du livre plutôt prometteur, ensuite, c'était la grosse déconvenue.
LC avec Stéphanie et Sarah.

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