vendredi 16 septembre 2011

LE GANG DE LA CLEF À MOLETTE


THE MONKEY WRENCH GANG

( LE GANG DE LA CLEF À MOLETTE )

traduit de l'américain par Pierre Guillaumin


Un quatuor hétéroclite et atypique, dynamitant et clé-molettant tout ce qui menace la nature sauvage de l'Ouest américain, embarquant dans leurs délires une lectrice plus qu'improbable (moi), pas franchement fan du Nature Writing, voilà qui pouvait présager du pire comme du meilleur!

Il y eut un peu des deux! ^^

Commençons par le meilleur, cet incroyable quatuor qui aurait pu sortir tout droit de l'imagination des frères Coen: un ex-béret vert complètement jeté (Hayduke), un mormon polygame à peine plus sain d'esprit (Seldom Seen Smith), un chirurgien relativement ordinaire sauf que (Doc Sarvis), et l'unique jeune femme du groupe pas super nette non plus (Bonnie Abbzug).

Quatre individus qui n'ont rien en commun à part leur furieux désir de préserver l'Ouest américain du développement industriel abusif. Leur idée pour défendre leur cause: saborder tout ce qui contribue à enlaidir le paysage - ponts, voies ferrées, barrages - ceci à coups de clefs à molette, de dynamite et autres idées pas moins farfelues. Un quatuor explosif (c'est le cas de le dire) en compagnie duquel j'ai tout de même mis du temps à me détendre, mais auquel j'ai fini par m'attacher. 

Le pire, c'est tout simplement de devoir les suivre dans chaque acte de sabotage, avec Hayduke en tête, tout feu tout flamme (encore le cas de le dire), prêt à faire exploser tout et n'importe quoi. Je le trouvais franchement pénible, surtout au début, et comme la description de ces actes de destruction composait tout de même une bonne partie du récit et ne me passionnait pas trop, j'ai dû faire avance rapide par moment.

Ce qui fait qu'on adhère, malgré tout, c'est le style de l'auteur, brut de pomme, punchy, mâtiné d'humour, avec des dialogues bien envoyés, qui vous plonge dans l'ambiance ouest-américaine tout comme si vous y étiez.. Il communique, par ailleurs, de façon très convaincante, sa passion pour l'Ouest américain, à travers ses descriptions des grands espaces et de sa faune, descriptions non pesantes qui se fondent naturellement dans le récit, j'ai trouvé ça agréablement dépaysant et rafraîchissant du coup!

Ce que j'ai préféré dans tout ce fatras cela dit, c'est la relation entre nos quatre personnages, et particulièrement le duo Hayduke / Bonnie (superbe!)!

" - Pourquoi, dit-elle en empalant ce balourd de Hayduke de son regard laser et de son mépris habituel, pourquoi donc ne pouvez-vous pas prononcer une phrase complète en anglais sans un juron?
[...]
- Eh bien, merde, balbutia-t-il. Je ne sais pas, putain... Merde alors. Sans juron, je ne sais pas parler.
Un silence.
- Je peux à peine penser si je ne peux pas jurer.
- C'est exactement cela, s'écria Bonnie, vous êtes un handicapé verbal. Vous utilisez vos obscénités comme des béquilles. [...]
- Merde!
- Exactement.
- Allez vous faire foutre!
- Vous voyez." 

J'ai aimé ce côté délire de l'auteur, ses personnages qui ressemblent à une grande farce, lui-même les décrit, via Bonnie, comme "une paire d'allumés, d'excentriques, de désaxés, de ringards, de fous" (très exactement ce que je me disais avant de tomber sur ce passage^^), rien que leur combinaison improbable est un pur délire, ainsi que leurs actions parfois paradoxales par rapport à ce qu'ils pensent défendre.
Cela dit, ce qui s'apparente à une joyeuse rigolade et un semblant de n'importe quoi masque une réalité plus douloureuse, mêlée à des considérations plus sérieuses qu'il n'y paraît, sans que ce soit une ode larmoyante à la nature (ce que je redoutais), et j'ai trouvé ça vraiment appréciable.
  
Pas un coup de coeur mais une expérience sympathique, et surtout, je ne regrette pas d'avoir fait la connaissance de ce quatuor inhabituel qui vaut le détour à lui seul.
J'ai particulièrement adoré le chapitre des "duologues" où les personnages s'expriment sur leurs compères et leurs situations - excellent!
  
Lu dans le cadre de mon Challenge Géraldine (1/3) mais repéré et recommandé par Keisha (logique, bonjour!).
Je l'ai lu! Yes! 
  
L'auteur
Edward Abbey (1927-1989), auteur d'un vingtaine de livres, est sans conteste le plus célèbre des écrivains de l'Ouest américain. Personnage emblématique et contestataire, il fut l'un des premier représentants d'une prise de conscience écologique aux Etats-Unis. A sa mort, il demanda à être enterré dans le désert. Aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve sa tombe.

14 commentaires:

  1. Je l'avais noté (comme beaucoup de titres de cette maison d'édition car de mon côté, j'aime bien le nature writing (mais il faut quand même qu'il y ait une histoire !)) mais là, je le surligne carrément vu que tu étais partie dubitative et que tu en ressors satisfaite :)

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    1. Je pense que tu sauras apprécier, d'autant plus que tu as moins de réticence que moi avec le nature writing - encore que là c'est soft, ce n'est pas vraiment ce que j'ai en tête quand on parle de cette catégorie littéraire. C'est plus l'Ouest américain et ce qu'il peut évoquer de sauvage et naturel, homme inclus! Quant au quatuor, je pense que tu seras à l'aise avec eux. Une intuition comme ça, au vu de ce qui te plaît en lecture.:)
      Oui, Gallmeister a vraiment une sélection éditoriale très intéressante. Pas toujours mon créneau mais la qualité de leurs choix est indéniable.

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  2. J'ai bien noté le p'tit bémol, et dois t'avouer que quand Hayduke (je crois) balance ses canettes de bière vides dans la nature, ça ne me plait guère.
    Maintenant tu peux :
    - lire le second volume... où évidemment tu retrouveras la dinguerie...
    - lire les nature pure et dure puisqu'il me semble que tu n'as pas été gênée par les descriptions et as apprécié l'ambiance ouest américain. Pour toi, il y a Désert solitaire, avec de vrais morceaux de suspense quand même et vraiment sympa. Ce n'est pas un roman c'est l'expérience d'abbey. Les fans pensent qu'il s'agit de son mailleur.
    - découvrir le magnifique Le feu sur la montagne, roman qui a fait craquer de plus coriaces, où Abbey montre qu'il peut raconter une histoire plus intimiste... (bon, y'a aussi les méchants, des militaires je crois)
    Voilà voilà... Tu ne croyais pas t'en tirer avec juste Le gang, non?^^

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    1. J'ai bien ri en lisant ton commentaire car en en voyant la longueur, je m'attendais à ta dernière phrase!
      C'est clair qu'il faudrait que je fasse l'expérience d'un nature writing pur et dur pour pouvoir vraiment crier victoire si j'arrive au bout! Je pourrais bien continuer avec Edward Abbey, le personnage me plaît, du coup Désert solitaire me tente assez. Peut-être à intégrer à un prochain Challenge Keisha!
      Et qui sait, si j'adhère totalement, j'enchaînerai sur Le feu sur la montagne! Mais ne nous emballons pas trop vite, c'est encore un coup à allonger sa PAL ça!^^

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    2. Voui, la PAL, mais l'allonger avec de la qualité, c'est mieux.
      Ceci étant, je te laisse avec Musso!

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    3. ^^ Moi je l'allonge avec mes envies du moment, à mes risques et périls, c'est vrai, ceci dit, j'ai bien du mal à mettre la main sur ce Musso! Toujours emprunté! J'en suis à la phase "je le réserve ou pas?"

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  3. Bon, je ne suis pas fan "des purs délires" dans les bouquins et encore moins des descriptions interminables... Je passe...

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  4. Je n'en ai jamais entendu parler mais je crois qu'il pourrait tout à fait me plaire...

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    1. Tu ferais plaisir à Keisha en le lisant, je suis sûre!:) L'intérêt aussi c'est que ça sort des lectures plus classiques et populaires, ça change un peu, ça ouvre d'autres horizons.

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  5. J'en ai toujours entendu beaucoup de bien, donc je finirai sans aucun doute par la lire ! (en plus si tu cites les frères Coen...)

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    1. Oui, franchement c'est un délire qui leur ressemble assez dans leurs meilleurs moments, je pense que ça te plairait bien.

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  6. Comme tu le dis, une jolie expérience !

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    1. Oui, ça change. C'est littérairement dépaysant déjà.

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^