lundi 28 janvier 2019

UNE JEUNE FILLE PERDUE DANS LE SIÈCLE À LA RECHERCHE DE SON PÈRE


UNE JEUNE FILLE PERDUE DANS LE SIÈCLE À LA RECHERCHE DE SON PÈRE

traduit du portugais par Dominique Nédellec

(lu en novembre 2018)
Je crois que je commence à cerner cet auteur, Gonçalo M. Tavares. Inutile de chercher à savoir où on va, inutile de chercher à se raccrocher à un quelconque fil conducteur. Même s'il y en a un, on ne saurait jamais vraiment déterminer avec certitude que c'est celui-là. Malgré tout, on le suit dans ses déambulations narratives, sans déplaisir, et avec même une grande curiosité. Et le style est toujours aussi savoureux. Ouvrir un livre de Tavares, c'est un peu un voyage à la Alice au Pays des merveilles.

Pour situer l'histoire de ce roman précisément, parce qu'il faut bien un contexte tout de même, je préfère m'en référer à Alberto Manguel qui fait formidablement bien le job dans "El País" :
"Une odyssée moderne et initiatique, portée par l'écriture "quasi hallucinée" propre à Gonçalo M. Tavares."
Un roman qui "permet des lectures multiples. On peut lire les aventures (ou les mésaventures) de Hanna comme le portrait d'une jeune trisomique. Ou comme le parcours énigmatique proposé par un conte de fées, avec ses prodiges et ses terreurs, son atmosphère de cauchemar en toute lucidité, sa royale ambiguïté, son inoubliable épiphanie."

Ma contribution personnelle, ce serait juste une petite réflexion qui m'a effleurée en cours de lecture :
Dans la vraie vie, aucun de nous n'a, en fin de compte, une seule histoire avec un début, une suite, une fin bien délimitée, une vie linéaire en somme, avec des réponses à tout à chaque étape que nous traversons. Notre vie est une somme d'événements, de rencontres, parfois étranges, parfois classiques, d'observations, qui se déroulent inexorablement et qui n'ont pas toujours un sens clair et précis.
Ce roman se déroule et se lit un peu comme la vie, sauf qu'il y a beaucoup plus d'excentricités dans les personnages et les situations.

Ça peut être un peu déroutant, voire décevant, si on est un peu cartésien, ou plutôt conventionnel et classique, car on ne lit donc pas ici une histoire avec un début et une fin clairs, une explication à tous les événements et rencontres, chaque personnage croisé n'a pas un rôle bien défini dans la vie des personnages principaux ni dans l'intrigue, mais c'est d'une grande poésie finalement, cette absence de classicisme et de conventions, avec un charme propre au récit porté par l'écriture savoureuse de Tavares.
La jeune fille trisomique semble un prétexte à cette "odyssée moderne et initiatique", elle est finalement assez peu présente ou active.

Quelques extraits :
"J'aime dormir, cela ne me pose pas de problème, c'est le plus beau des besoins que l'on nous a imposés, murmura-t-il, peut-être le seul qui vaille."

"Je vais vous dire combien pèse ma chambre. Vous avez déjà réfléchi à la question ? me demanda-t-il. Au poids de tout ce qu'il y a dans une chambre ?
Et il commença à faire une liste, indiquant à voix haute et notant le poids de chaque chose :
Matelas - 15 kg
Table - 4 kg
Chaise - 2 kg
4 livres - 2,5 kg
[...]
Et, pour finir, il écrivit :
Moi - 63 kg

- Première règle, dit Terezin, le poids de ce que nous possédons dans notre chambre doit être inférieur à notre propre poids. C'est une règle de base. Une espèce de principe régulateur. [...]"

"Et avez-vous remarqué que, lorsqu'on utilise notre plus gros billet et qu'on nous rend la monnaie, l'argent qu'on reçoit pèse plus lourd, alors même que sa valeur est évidemment moindre ? Avez-vous déjà attentivement songé à cela ? Vous devriez, M. Marius, dit-il en riant."

J'ai beaucoup aimé aussi ce roman pour ses considérations sur le petit quotidien, sur la vie, pas vraiment d'ordre philosophique mais on n'en est pas loin, tout en frôlant parfois l'absurde. On évoque vraiment ici du tout et du rien, parfois des choses a priori insignifiantes, sur lesquelles on ne s'arrête jamais vraiment, et que j'ai trouvées du coup très amusantes en plus d'être pertinentes.

 Également commenté par Ingannmic.

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12 commentaires:

  1. La bibli en prose un, on peut tenter...

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  2. Je trouve très juste ce que tu dis sur la non linéarité de la vie, sur le fait de ne pouvoir la cantonner à un début et une fin, et que le roman évoque un peu ça, cette succession de hasards qui modèle -ou pas- le cours des existences... un gros gros coup de cœur pour moi, et tu as raison, il faut pour l'apprécier accepter de ne pas tout maîtriser, mais quelle langue !!

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    1. Oui, ça m'a vraiment frappée à la lecture de ce roman. J'aime bien quand les livres me font réaliser des petites choses toutes bêtes comme ça.^^ J'aime beaucoup cet auteur, à chaque fois, il me met un peu dans une sorte d'état second, haha !

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  3. Etrange rencontre, en effet. Je ne suis pas sûr de vouloir la rencontrer, cette jeune fille.
    Merci pour cette nouvelle participation à mon challenge et bonne semaine.

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    1. Ce n'est pas vraiment elle qu'on rencontre au final en vrai, mais oui, je ne pense pas que ce soit ta came.;-) Bonne semaine.

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  4. Peut-être un peu trop déroutant pour moi. Et le titre est très cucul je trouve.

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    1. Rien n'est jamais gratuit chez cet auteur (il me semble en tout cas) mais la difficulté est de savoir par quel bout le prendre.:-) Hors contexte, c'est vrai que le titre pourrait sonner cucul. J'y vois surtout de l'étrangeté qui n'en a que l'apparence.^^

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  5. Mouais pas trop tentée. Il me semble que je suis en train de lire un roman du même style (pas linéaire mais une somme de...) et j'avoue je n'accroche pas.

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    1. Ah non, le style Tavares est unique !^^ Je n'ai pour l'instant rien lu de vraiment comparable. Je reste curieuse de ton roman ceci dit. Je guetterai ça sur ton blog.:-)

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  6. Je prend bien en compte ton avertissement si un jour me venait l'envie de le lire. J'ai peur de m'y perdre un peu mais je n'ai rien à perdre.

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    1. Haha ! Non, on ne s'y perd vraiment pas, c'est juste qu'on a un peu trop l'habitude, dans les romans, des histoires linéaires où chaque événement en entraîne un autre et où chaque rencontre a des conséquences, et ici, pas du tout.

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Bon, je modère ou je vous laisse prouver de la façon la plus tordue que vous n'êtes pas un robot ? Je modère, hein ?^^