lundi 2 juin 2008

UN AMÉRICAIN EN BALADE


UN AMÉRICAIN EN BALADE

À la base, c'est Blankets, manteau de neige qu'une amie m'avait recommandé du même auteur que je devais lire, mais les quelques 600 pages de cette BD m'ont quelque peu refroidie sur le coup, surtout qu'a priori c'était une histoire d'amour, alors en farfouillant à la bib', j'ai repéré cet autre ouvrage, un peu moins épais, mais dont le thème m'a tout de suite emballée, aussi c'est par celui-là que j'ai commencé pour découvrir cet auteur.

Carnet de voyage qui n'est pas sans rappeler les chroniques de Guy Delisle dans le principe, mais quand même bien différent dans le ton, le regard et les cultures visitées, et pour cause, ce sont les péripéties d'un américain en Europe que l'on suit ici. Grand intérêt et grande curiosité de ma part donc au moment d'ouvrir la BD.

Hé bien, pas déçue, pas déçue du tout!
J'ai beaucoup aimé le regard qu'il portait sur la France (Paris mais aussi beaucoup la province), le Maroc et Barcelone, un regard sincère qui ne se voile pas derrière un masque où il ferait semblant de tout trouver beau et à son goût, à travers lequel il assume son statut de touriste américain supportant mal le dépaysement sévère (Maroc), parfois écoeuré par ce qui l'entoure, souvent enchanté par les merveilles du vieux continent (Barcelone en particulier). J'ai précisé "américain" mais ses réactions sont finalement celles du touriste ordinaire qui croit être en quête de différence, de rencontre culturelle, de dépaysement mais qui ne se sent bien finalement qu'avec ses congénères ou des visages familiers, et dans un dépaysement relatif où il a ses repères et un minimum de confort.

J'ai bien aimé l'aspect voyageur solitaire aussi, propice aux rencontres opportunes, aux (més)aventures diverses, ses anecdotes, ses réflexions sur ce qui l'entoure, ce qu'il découvre (sur lui bien souvent d'ailleurs), on s'identifie bien avec son expérience personnelle, et l'humour et l'auto-dérision sont au rendez-vous (j'étais pliée lors de ce passage où il attrape la tourista ou lorsqu'il a le mal du pays et qu'il se plaint parce qu'il a perdu ses outils pour dessiner et que sa conscience lui ouvre les yeux sur des miséreux qui auraient bien des raisons de se plaindre). Très drôle aussi ses réflexions sur le milieu éditorial, rapport au travail qu'il avait à fournir, notamment sur ce carnet de voyage pour lequel il avait une deadline et un nombre de pages à respecter et qui ne lui permettait pas de poursuivre plus loin. Bien dommage pour nous, lecteurs!

Enfin j'étais impressionnée par la qualité de son coup de crayon qui rend vraiment justice à la réalité. Ses dessins de Paris, Barcelone, et d'autres régions, sont superbes, on identifie sans peine les monuments, les paysages, à travers des petits détails qui nous semblent anodins comme ça au quotidien, c'est absolument fascinant, et je rejoins son ami Valery qui dit (bon là, c'est en parlant des femmes) qu'il "préfère les dessins aux photos parce que les photographes peuvent être faux/indiscrets - ils volent une image, alors qu'un dessin est une interaction et une interprétation active." On le ressent vraiment à la vue de ceux de Craig Thompson.

Bref, je suis bien partie pour lire Blankets, manteau de neige maintenant, son style m'a convaincue!

L'auteur
"Craig Thompson est né en 1975 dans le Michigan. Son premier album, Adieu Chunky Rice (traduit en français chez Delcourt), lui a valu le Harvey Award for New talents. Blankets, souvent comparé pour sa qualité à Maus d'Art Spiegelman ou à Jimmy Corrigan de Chris Ware, a connu un grand succès public et critique aux Etats-Unis comme en Europe. Il a reçu à San Diego le prestigieux Eisner Awards pour le meilleur album et le meilleur scénario."

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