mardi 14 avril 2026

BABEL


OR THE NECESSITY OF VIOLENCE

et encore sous-titré (je ne reprends ici que la traduction française pour faire court) "Histoire secrète de la révolution des traducteurs d'Oxford".

Soufflée par Yellowface qui m'avait convaincue des talents de l'autrice, R.F. Kuang, je n'ai pas hésité une seconde quand j'ai réalisé que c'était elle qui était derrière Babel, ce pavéesque roman multiprimé que je voyais partout à un moment et qui semblait ne récolter que des avis enthousiastes. C'est que les deux romans sont dans deux genres totalement différents et j'étais curieuse de voir R.F. Kuang à l'oeuvre dans la catégorie fantasy - fantasy historique même, pour être plus précise.

L'intrigue se déroule dans l'Angleterre des années 1830 dont l'économie et la puissance coloniale reposent sur la production et l'usage de barres d'argent magiques qui fonctionnent grâce à l'appariement subtil d'un mot et de sa traduction dans une autre langue. L'argentogravure a ainsi permis d'augmenter la productivité industrielle et agricole, une meilleure efficacité des armes, de grandes avancées médicales, un plus grand confort de vie... C'est à l'Institut royal de traduction de l'Université d'Oxford, surnommé Babel, que des universitaires travaillent à cet art complexe.
Robin Swift, un jeune orphelin chinois recueilli à Canton par un des professeurs, intègre cette prestigieuse Babel et prend conscience, au fil de ses semaines à Oxford, que "ces travaux confèrent à l'Empire britannique une puissance inégalée et servent sa soif de colonisation, au détriment des classes défavorisées de la société et de ses territoires. Peut-il espérer changer Babel de l'intérieur ? Ou devra-t-il sacrifier ses rêves pour faire tomber cette institution ?"

J'ai bien aimé l'idée de l'intrigue et l'aspect linguistique tout particulièrement, étant déjà passionnée par le sujet. La lecture était plutôt plaisante au début, les thèmes étaient globalement intéressants mais... et là va commencer la liste des doléances : 
- leur traitement m'a paru un peu trop scolaire et simplifié, manquant de nuances, avec une vision très manichéenne des choses, les méchants (dignes de séries Z) d'un côté (les capitalistes, les colons, les riches, les profiteurs) et les gentils (les pauvres, les opprimés, les exploités, les victimes du système) de l'autre.
- de même, le traitement des personnages ne m'a pas franchement convaincue. Là encore, je l'ai trouvé un peu trop binaire. Ils manquaient de consistance et de profondeur. Ils étaient en décor, plus qu'en premier plan, et m'ont fait l'effet de marionnettes. Leur personnalité est résumée, ainsi que l'évolution de leurs relations, un peu façon "bon, on ne va pas rentrer dans le détail, vous voyez le tableau".
- enfin, on tarde vraiment à en venir aux détails de ce qui fait finalement le sel de l'intrigue, l'aspect magie avec les barres d'argent enchantées qui m'a paru, là aussi, assez survolé.

L'impression que m'a donné ce roman, c'est que l'autrice était là pour faire passer ses idées et points de vue (sur le colonialisme en particulier, en en dénonçant le racisme et l'inhumanité à travers sa réécriture (originale, certes) du contexte et des enjeux de l'impérialisme britannique), mais pas vraiment pour raconter une histoire. Intrigue, personnages, tout cela était très secondaire. C'est sa voix que j'entendais tout le long, je la voyais à l'oeuvre dans l'écriture. 
À aucun moment je n'ai vraiment été immergée dans une histoire, avec des personnages forts et attachants, ce qui est un peu le comble pour de la fantasy. Fantasy dont elle a grossièrement repris les codes pour les plaquer sur ses réflexions dans un roman peut-être trop ambitieusement démonstratif.
Rappeler les horreurs du colonialisme est certes nécessaire, mais il y avait peut-être un déséquilibre entre le sérieux du sujet et sa romancisation à la sauce fantasy dont la recette n'était pas très aboutie, avec des ingrédients qui manquaient par ailleurs cruellement de saveur.

Finir ce roman a vraiment été laborieux sur le dernier tiers. En fait, je n'ai accroché qu'au premier tiers du livre plutôt prometteur, ensuite, c'était la grosse déconvenue.

LC avec Stéphanie et Sarah.

26 commentaires:

  1. Bon, mieux vaut se concentrer sur Yellow face, si j'ai bien compris?

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    1. Si tu as la curiosité de découvrir cette autrice, oui.:)

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  2. Je ne connaissais pas cet autrice et vu ce que tu en dis je vais laisser tomber l'idée de la lire à moins que d'autres titres d'elle soient plus abordables. J'irai voir ce qu'en pensent les autres lecteurs sur babelio :)

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    1. Je suis allée voir les avis en cours de lecture (j'aurais dû le faire avant) tellement je ne comprenais pas le succès de ce livre et malgré la note moyenne élevée (près de 4/5), les avis négatifs remontent en premier. C'est presque rassurant de les lire.;)

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  3. Une vrai déception que ce roman de fantasy. Pourtant, le pitch du du début commençait bien, mais on dirait que c'est beaucoup trop manichéen et que l'histoire et les personnages manquent de subtilité.

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    1. Oui, ça manque d'épaisseur, de nuances, de consistance, aussi bien au niveau de l'intrigue que des personnages. C'est vraiment très dommage car l'idée de départ était franchement bonne, et les thèmes explorés plutôt intéressants.

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  4. Après Yellowface, j'ai compris que cette autrice dont au parle tant n'était pas pour moi. Ce livre-ci a l'air bien pire encore.

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    1. J'avais vraiment l'impression que c'était deux autrices différentes derrière chaque livre car Babel m'a semblé bien fade à côté de Yellowface. Donc en effet, si tu n'as déjà pas adhéré à Yellowface, tu n'apprécieras pas davantage Babel...

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  5. Mon mari l'a lu et a été lui aussi très déçu, au point de me dissuader de le lire malgré mon intérêt pour le sujet de la traduction. A la lecture de ton billet, je n'ai pas de regret d'avoir suivi son conseil !

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    1. J'imagine comme il a dû être déçu. Je sens qu'on a vécu la même expérience de lecture. Je me suis raccrochée aux aspects linguistiques (j'ai vraiment adoré tout ce qui s'y référait), mais ça devait représenter 20% du livre - trop faible pour que je t'encourage à risquer l'aventure tout de même.

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  6. Tu t'en doutes, je ne vais pas noter ce titre, ce n'est déjà pas du tout mon genre et si tu as trouvé ça laborieux, c'est un argument supplémentaire.

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  7. J'ai déjà un peu de mal avec la fantasy... si en plus l'intrigue n'est pas aboutie, je préfère passer mon chemin ou lire un autre livre de l'autrice. Je n'ai pas encore lu Yellowface, ça tombe bien !

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    1. Je serais très curieuse de ton avis sur Yellowface. Pas de fantasy ici, on est vraiment dans la littérature contemporaine.

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    2. Ah bon, d'accord. Mais ton avis n'est pas assez enthousiaste concernant Babel. Yellowface est dans ma longue liste à lire...

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    3. Ah oui, non, je n'insistais vraiment pas pour Babel.;)

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  8. Philippe D14 avril, 2026

    Fantasy historique? Ça ne doit pas être pour moi, ça !

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  9. Oh bin didnoc..pour un pave...je ne fais pas le commencer...ou lire le premier tiers...;)....oh zut quand meme....

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    1. Vraiment, je doute que tu adhères, mais tu peux te faire ton propre avis, en effet.;)

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  10. Alors je passe, j'ai l'impression que ce livre regroupe tous les défauts qui sont rédhibitoires pour moi dans ce genre.

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    1. Dans tous les genres en réalité... Non, c'était vraiment une mauvaise surprise.

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  11. j'avais prévu depuis très longtemps de lire Babel mais j'étais tombée sur des commentaires rejoignant ton avis, du coup j'ai passé mon chemin. J'ai par contre Yellowface dans ma PAL et je compte bien le lire ! sinon, j'ai vu une conférence avec elle et elle est super intéressante

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    1. J'en ai visionné quelques-unes après ma lecture de Yellowface et je suis d'accord.:) Bon, la fantasy ne lui réussit pas en revanche, enfin, question de goût et d'attente peut-être, car a priori Babel a plu à de nombreux autres lecteurs...

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  12. Il est dans ma PAL ce roman que je voulais lire pour l'aspect linguistique mais tes remarques sur le manque de nuance et les messages passés au détriment d'une intrigue construite et étayée rejoignent celles que j'avais pu lire et qui m'ont quelque peu détourné l'envie de me plonger dans ce roman...

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    1. Après ça se laisse lire tout de même, tout l'aspect linguistique m'a vraiment embarquée, mais c'est globalement assez décevant si on en a de grandes attentes, surtout que l'aspect magie n'est pas aussi développé que ça aurait pu l'être...

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