Ça fait deux ans que j'essaie de caser ce classique de la littérature de la mer que je comptais emprunter à la bibli, mais quand je suis tombée sur cette édition à la couverture magnifique avec reflets scintillants, je n'ai pas résisté à l'acquérir. Ah, il est vraiment du plus bel effet sur mes étagères.:)
L'histoire est relativement simple, mais riche en résonances. Enfin, il s'agit plutôt de deux histoires, toutes les deux d'amour et de passion, et toutes les deux tragiques à leur manière :
- celle entre la mer et les Islandais, comme on appelle dans la région de Paimpol ces jeunes Bretons qui, une bonne partie de l'année, vont pêcher la morue dans les eaux du Nord. Une histoire de passion tragique car la mer est une amante fascinante et dangereuse pour laquelle une multitude de marins ont déjà laissé leur vie, laissant sur les côtes des mères et des veuves éplorées.
- celle entre Yann Gaos, un de ces Islandais, et Gaud Mével, fille d'armateur, qui ont du mal à se trouver au début et pendant une bonne partie de l'histoire, ce qui a eu don de me frustrer grandement, de m'agacer même. C'est qu'il est fier ce Yann Gaos, et même s'il a laissé penser à Gaud qu'elle ne lui était pas indifférente, ça lui arracherait visiblement la gueule d'avouer clairement ses sentiments, préférant prétexter qu'il est "fiancé à la mer". Quant à Gaud, une fois qu'elle a mordu à l'hameçon, son désespoir face à l'attitude de Yann m'a fendu le coeur.
Et si ce n'était que là le plus tragique...
J'ai plutôt bien apprécié ma lecture, mais sans trop d'émois au début. C'est plutôt venu vers le dernier quart du livre qui m'a littéralement mis en PLS alors même que je commençais doucement à m'ennuyer au milieu de l'histoire vu que, décidément, il ne voulait rien se passer entre Yann et Gaud et que ça commençait à être pesant. Ah, si j'avais su que j'allais me prendre un uppercut pareil !
Le style est plutôt classique, le texte bien écrit, avec un charme assez désuet. Les descriptions précises permettent de bien se figurer la rude vie des pêcheurs, la beauté des landes bretonnes, la présence fascinante et menaçante de la mer, mais aussi l'espoir des femmes qui attendent, anxieuses, le retour de leurs hommes. En revanche, quand il s'agit des traversées maritimes, l'auteur ne s'y attarde pas trop, étonnamment. On se rend à l'autre bout du monde, en Chine par exemple puisque c'est le cas d'un des personnages, en un paragraphe à peine mouvementé.
Qu'importe, puisqu'il ne s'agit pas d'un roman d'aventures mais, comme je le soulignais plus haut, d'une histoire d'amour, où les sentiments s'expriment en termes surannés, et je dois dire que les descriptions des rapports entre jeunes gens avec l'insistance sur la bienséance et "l'honnêteté" des relations (😆) m'ont bien amusée et m'ont quelque peu fait penser à George Sand version maritime/bretonne.^^
"[...] car dans ce pays de Paimpol, on va très loin en amour, à l'époque de la rentrée d'Islande. (Seulement on a le coeur honnête, et l'on s'épouse après.)"
"Quand par hasard l'idée était aux femmes, cela par exemple agitait les dormeurs [...].
Mais cela venait rarement ; ou bien alors on y songeait plutôt à la manière honnête ; on se rappelait les épouses, les fiancées, les soeurs, les parentes..."
Bon, et sinon, un petit côté Tintin, chez Pierre Loti, quand il parle des Chinois... :
"Après une nouvelle semaine de mer bleue, on s'arrêta dans un autre pays de pluie et de verdure. Une nuée de bonshommes jaunes, qui poussaient des cris, envahit tout de suite le bord, apportant du charbon dans des paniers.
- Alors, nous sommes donc déjà en Chine ? demanda Sylvestre, voyant qu'ils avaient tous des figures de magot et des queues.
On lui dit que non ; encore un peu de patience : ce n'était que Singapour."
Mon avis Goodreads
3,5/5 et un terrible et magistral 4 étoiles pour la toute fin, triste et belle à la fois, qui remet toute l'intrigue en perspective.
LC avec Keisha.
Total à date => 17 points (280 pages + LC + bonus BTEM1).
⚓Et bim, me voici quartier-maître !
L'auteur
Pierre Loti (1850-1923) est un écrivain et officier de marine. Auteur de romans et de journaux inspirés de ses nombreux voyages, il entre à l'Académie française en 1891. Pêcheur d'Islande (1886) a connu un immense succès et est aujourd'hui un classique de la littérature de la mer.


Une totale découverte de l'auteur, il m'a bien séduite avec ce roman, je pensais à tort que ce serait plus poussiéreux. Ton petit coeur romantique a bien battu, le mien aussi (ouh c'est cruel!)
RépondreSupprimerComme quoi sans effets et avec de la subtilité on peut raconter une superbe histoire... (yann était un peu à baffer quand même)
Mon exemplaire a moins de 200 pages, dans doute plus grandes et plus serrées dans les caractères, j'ai donc moins de 200 pages,
Mais oui, finalement, je ne suis pas insensible aux romances visiblement.😆 Bon, il faut quand même la narration d'un Pierre Loti. Tiens, d'ailleurs, je le situais plus en homme du début du 20e siècle que de la génération d'écrivains du 19e siècle (bon 2nde moitié quand même).
SupprimerComme expliqué chez toi, je t'ai compté le nombre de pages de mon édition pour faire simple. Je ne distingue vraiment que les VO et les traductions car le français est clairement plus bavard que l'anglais et cela se répercute fortement sur le nombre de pages d'un même livre.
Je me rends compte que je n'ai jamais lu ce classique, qui ne m'intéressait pas plus que cela. Mais vu ton avis sur le dernier quart du livre, il me tente beaucoup plus maintenant !
RépondreSupprimerJe n'ai pas eu le coup de coeur espéré, mais ce dernier quart m'a complètement retournée en effet.^^
SupprimerBonjour Fanja
RépondreSupprimerVos billets me le font remonter en haut de LAR (Liste à relire), sachant que ma première lecture doit remonter à l'adolescence...).
Chouette, ça nous fera des points en plus! ;-)
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
Oh une LAR, quel luxe !^^ Cela dit, certaines lectures qui remontent un peu se relisent presque comme si c'était la première fois.
SupprimerPetite précision : pour les points LC, c'est sur le mois de lecture, pas sur la période du BTEM, donc ici, ce serait jusqu'à fin juin. Sauf si sur un des prochains mois, une personne le chronique également le même mois que toi. En revanche, il y a bien un point bonus BTEM antérieur.^^
J'aurais aimé vous accompagner, j'ai l'intention de lire ce titre depuis que je suis allée à Paimpol, il y a quelques années, mais c'était un peu trop juste. Vous soulignez toutes deux la dimension désuète de l'écriture, et je ne pensais pas que l'histoire d'amour primait sur les aventures maritimes, mais tu donnes envie de le lire rien que pour connaître la fin !
RépondreSupprimerC'est quasi du 50-50 entre l'histoire d'amour et les histoires maritimes ici. C'est vraiment bien dosé quand j'y pense.:) Très curieuse de ton avis si tu le lis prochainement.
SupprimerLu lors du 1er book trip en mer... Un coup de coeur pour moi, malgré une couv bien moins glamour !!!!
RépondreSupprimerhttps://lescoupsdecoeurdegeraldine.com/2024/10/pecheur-d-islande-de-pierre-loti.html
Je me souviens bien de ton billet qui m'avait motivée à le mettre en haut de ma PAL. Je peux comprendre que ce soit un coup de coeur. Moi ça l'a frôlé sur la fin qui m'a bien retournée.
SupprimerJ'avais beaucoup aimé aussi : https://doucettement.over-blog.com/2023/09/pecheur-d-islande-de-pierre-loti.html
RépondreSupprimerJ'aurais pu écrire la même chose que Géraldine avec ma vieille couverture de poche :)
Ahaha, non mais ces couvertures ! J'en ai vu d'autres bien datées en recherchant la mienne. J'ai l'impression qu'il y a eu une vingtaine d'éditions de ce livre ! Il faut dire que c'est une belle lecture qui mérite d'être remise régulièrement au goût du jour.
SupprimerKeisha aussi a apprécié le charme désuet de ce roman. NB: c'est vrai que la couverture donne envie.
RépondreSupprimerIl y a toute une série de classiques dans cette collection (chez Points) qui donnent envie de les avoir dans sa bibliothèque !^^ Oui, la plupart des lectrices ont été charmées par cette lecture.
SupprimerOh cela reste tentant comme classique quand meme didonc....et belle couverture en plus
RépondreSupprimerOui, j'ai tardé à y adhérer totalement mais ça vaut largement le détour.
SupprimerQuelle belle couverture ! J'ai lu ce roman il y a 10 ou 15 ans. Je crois que j'ai eu du mal au début, mais j'ai beaucoup aimé l'écriture, la vie des "Islandais" et la 2de moitié. Un bel hymne à la mer. Mais il l'écrirais certainement différemment, aujourd'hui.
RépondreSupprimerAh tout comme moi pour l'expérience de lecture.:) Est-ce qu'on raconterait encore des histoires comme ça aujourd'hui ?^^ Cela dit, ce classique me fait penser à un roman assez récent qui me tentait bien, c'est Mes soeurs, n'aimez pas les marins de Grégory Nicolas.
SupprimerMais quelle est belle cette édition ! Dommage que les traversées maritimes ne soient pas plus développées mais le côté suranné du texte me tente bien ainsi que l'expression des sentiments qui semble si éloignée de ce qui se fait actuellement.
RépondreSupprimerÇa pourrait bien te plaire en effet.:) Quant à l'absence de développement des traversées, ce n'est pas très gênant car ce n'est pas le coeur du récit, mais c'était assez étonnant tout de même. En revanche, on a quand même un bon aperçu du quotidien mouvementée des pêcheurs sur leur bateau.
SupprimerUn quotidien qu'il doit être impressionnant de découvrir et partager même si ce n'est qu'à travers une lecture.
SupprimerOui, les pêcheurs ont des conditions de vie assez extrêmes mine de rien.
SupprimerAh ah, on est visiblement loin de l'image "une femme dans chaque port". Loti devait être romantique 😉. George Sand version bretonne, ça me dit bien et on m'a justement recommandé une audiolectures de ce classique, ça pourrait être particulièrement immersif.
RépondreSupprimerEnfin, je pousse le curseur un peu loin pour George Sand version bretonne.^^ En audiolecture, ça pourrait bien rendre en effet. Curieuse de ton avis si tu le lis.:)
SupprimerQuelle jolie couverture! pour l'Islande et Paimpol !
RépondreSupprimerOui cette charte graphique pour les classiques est une vraie réussite et ça rend particulièrement bien pour Pêcheur d'Islande.
Supprimerj'avais lu quelques pages en bibli une fois, mais je n'avais pas accroché... ceci dit, peut-être que je m'y laisserai tenter dans l'été, nous l'avons en réserve à la médiathèque je crois bien. Il faut dire qu'avec ton ressenti sur la fin, ça intrigue... :)
RépondreSupprimerJe pense que c'est le genre de roman à lire jusqu'au bout pour l'apprécier pleinement. Il n'est pas très épais donc si tu as l'occasion, n'hésite pas.:)
SupprimerJ'ai un très gros a priori sur Pierre Loti depuis que j'ai lu Chrysanthème, roman dans lequel l'auteur développe un racisme et une misogynie stratosphériques en évoquant une Japonaise... D'autres temps, d'autres moeurs, mais il y a des limites ! Je note quand même ce titre si un jour je décolère... (J'ai essayé plusieurs fois de laisser un commentaire, je suis désolée si tu es spammée à la fin)
RépondreSupprimerAh ben écoute, j'ai bien ressenti ce côté raciste avec, entre autres, cet épisode en Asie dont j'ai partagé un extrait. Je m'étonne même que les éditeurs n'aient pas été tenté de récrire ces passages comme ça a été une grande mode il y a peu. Mais peut-être qu'on lit moins Pierre Loti que les Tintin, Agatha Christie ou Autant en emporte le vent...
Supprimer(pas vu de spam, peut-être un bug passager)
Je trouve que c'est un peu un roman bonbon dans le sens où il a un charme bien à lui et ce côté en effet assez suranné. Bien vu la comparaison avec George Sand.
RépondreSupprimerOui, le cadre de vie est différent, mais il y a un charme commun chez les deux.:)
SupprimerJe l'avais lu il y a des années, et j'étais complètement passé à côté de ce texte. Tellement que je n'ai toujours pas envie de retenter ma chance.
RépondreSupprimerÇa arrive.:)
SupprimerUn classique que j'ai lu dans ma jeunesse et que, comme je le disais à Keisha à l'instant, je compte bien relire dès que possible pour le Booktrip...si j'y arrive !
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