Je crois que j'ai trouvé ici mon David Grann français.❤️C'est Benjamin Hoffmann, l'auteur de cette Guerre des os. Sujet passionnant. Style juste savoureux. Un ré-gal ! Quelle écriture ! Et quel récit captivant et décoiffant sur la rivalité acharnée entre deux paléontologues américains, Charles Marsh et Edward Cope !
Repéré lors d'une LC fatale impliquant Keisha, Alexandra, Ingannmic, Sandrine, je n'ai pas résisté à l'appel du dino. Enfin de leurs os. Enfin, de la "Guerre des os", à la fin du 19e siècle, "une compétition sans merci entre ces deux hommes pour exhumer des squelettes de dinosaures et régner sur la paléontologie naissante." En effet, "la paléontologie est si jeune que son nom n'existe que depuis 1822. Plutôt qu'une profession bien constituée, elle demeure un terrain où se croisent géologues, anatomistes et naturalistes, chacun appliquant ses méthodes et débattant de l'origine des espèces [...]."
Une rivalité haineuse, rancunière et sauvage à base de coups tordus, entre vol, corruption, espionnage, ruse et violence, qui aura duré 30 ans !
Le bonus plus : "Illustré de documents d'époque, ce récit haletant retrace la naissance de la science et de l'Amérique moderne et devient parabole de la soif de connaissances et de reconnaissance des humains."
Habituellement, dans les biographies/récits historiques romancés, je n'aime pas trop la part fictive, celle qui impute des pensées, parfois discutables, aux personnages, qui leur prête des intentions qui ne sont le résultat que de suppositions basées sur quelques documents, qui imagine des dialogues et des situations qui ont pu avoir lieu, mais sans certitude. Mais ici, comme avec David Grann, l'équilibre entre le factuel et le fictif est optimal. Les personnages prennent corps et vie de façon convaincante, et même amusante. Ça se lit comme un roman des plus palpitants, à l'intrigue rythmée et efficace, avec des personnages hauts en couleur, de la tension, du suspense, des retournements de situation, mais c'est rigoureusement documenté et ce qui est brodé l'est avec le fil le plus fin.
Deux petits extraits pour l'illustrer :
"Il se lève avant l'aube et travaille jusqu'aux dernières lueurs du jour, jusqu'à l'instant où la nature elle-même semble lui dire qu'il est temps d'arrêter, qu'il ne peut pas continuer à s'éreinter ainsi et, maternelle, lui jette un manteau d'obscurité sur les épaules pour l'inviter au repos."
"Dans son sempiternel carnet, il dessine des croquis aussi détaillés que possible et, s'irritant parfois que sa main encore mal déliée ait du retard sur l'extrême vivacité de son esprit, le jette contre un mur, puis le ramasse, penaud et résolu à mieux faire car il sait déjà, il l'a lu quelque part, que les grandes réussites se payent d'immenses fatigues et il devine qu'à son âge, il n'a pas assez souffert pour atteindre ses objectifs."
Un récit captivant, instructif et savoureux sur ces "chasseurs de fossiles, plus braconniers que scientifiques, plus soucieux de gloire personnelle que de contributions rigoureuses". Je me suis dé-lec-tée ! L'auteur imagine même leurs pensées et actions posthumes, ce que j'ai trouvé excellent !
J'ai peut-être eu une petite lassitude de cette rivalité incessante sur la fin, tout comme les guéguerres entre de ces deux-là ont fini par lasser leur entourage, mais le récit est vraiment mené de main de maître.
L'auteur
Né en 1985 à Villeurbanne, Benjamin Hoffmann est un écrivain et universitaire français. Arpentant un grand nombre de genres, des essais aux romans et parcourant les continents, son oeuvre a été publiée en France comme aux États-Unis. Citoyen états-unien depuis 2023, il enseigne la littérature française à l'université d'État de l'Ohio et est docteur de l'université de Yale.
