On les appelle les "back-to-back", ces passagers qui enchaînent les croisières sans descendre du bateau et passent ainsi des mois en mer, principalement des personnes âgées qui préfèrent parcourir le monde à partir de 500 euros la semaine plutôt que le quotidien d'une maison de retraite. Qui sont ces voyageurs éternels ? Pourquoi ce choix de vie ? Que recherchent-ils ? Que cela reflète-t-il de notre société dans laquelle certains préfèrent, passé un certain âge, vivre en mer plutôt que sur terre ?
Autant de questions que Coline Renault, 28 ans, se propose d'explorer dans ce livre-enquête et qui, moi aussi, m'intriguaient grandement, aussi j'étais ravie de le recevoir lors de la dernière Masse critique Babelio. Pour cela, rien de mieux que d'embarquer à son tour à bord d'un de ces "monstrueux hôtels aux airs de parc d'attractions dont on n'échappe que lors d'escales chronométrées, où l'on consomme les plus beaux sites du monde au pas de course." D'une capacité de quelque 3.800 passagers et 1.100 membres d'équipage (j'en ai le tournis), c'est un navire de taille moyenne (il y a plus grand ??), lui soufflera Nicole, 74 ans, une de ces "back-to-back" avec qui l'autrice est entrée en contact en vue de son reportage.
Accompagnée de sa grand-mère Andrée - autant lui faire profiter de sa cabine deux places - voici donc Coline Renault partie pour une croisière d'une semaine en mer du Nord, et nous avec elle.
Je m'attendais à une enquête journalistique sur les "back-to-back", qui allait mener à une réflexion sur la vieillesse, c'est bien le cas, mais j'ai trouvé que ça tournait quand même beaucoup à l'autofiction, tout ce que je n'aime pas, avec une obsession excessive et une angoisse exacerbée de la vieillesse chez cette jeune autrice de 28 ans, clairement en pleine crise existentielle, sans compter qu'elle est hypocondriaque et qu'elle ressasse pas mal les choses en nous plongeant en plus dans ses souvenirs d'enfance et familiaux.
Bien sûr, tout est lié et l'aspect reportage est bien présent. J'ai d'ailleurs trouvé le sujet original et intéressant quand on se recentrait sur les croisiéristes (même soumis à ses interrogatoires métaphysiques) (j'ai préféré toutefois quand elle les sondait sur les conséquences écologiques de ces déplacements*), mais finalement, cette enquête ressemblait davantage à un prétexte à une thérapie personnelle lui permettant d'exsuder son angoisse existentielle.
Heureusement, Coline Renault a une écriture agréable, le sens de la formule, l'art des phrases bien tournées et un bon capital sympathie, et comme nos retraités ne sont pas antipathiques non plus, plutôt hauts en couleur et dynamiques à leur façon, amusants même, un rien rebelles par rapport à ce que le système social veut leur imposer, avec une vision de la vie assumée qui détonne, c'est une lecture plutôt plaisante et sympathique qui a même fini par me toucher sur la fin. J'ai apprécié que ce reportage laisse davantage la place à la (tentative de) compréhension de l'autre qu'au jugement et j'ai beaucoup aimé la façon dont elle a conclu son récit.
"Si la vieillesse est un naufrage, alors l'immense paquebot est un frêle canot de sauvetage. Une chaloupe ballotée par les contradictions, en route vers nulle part, avec à son bord une équipe de vieux pirates recousus de partout et bien déterminés à sauver leur trésor : le temps qu'il leur reste."
Quelques souvenirs de cette expérience sur Insta.
*Facts : les 200 navires de croisières répertoriés en Europe émettent autant de CO2 en un an que 50.000 trajets Paris-New York en avion, autant dire qu'ils sont extrêmement polluants, sans parler du problème de la gestion des déchets et de son impact sur la faune et la flore marines.
Les avis de Cath L et ta d loi du cine.
Total à date => 27 points (288 pages + LC).
+ 2 points LC Zep tombés tous cuits dans le bec la semaine dernière^^
⚓Et bim, me voici maître !
L'autrice
Coline Renault est journaliste à Charlie Hebdo. Elle a reçu le prix Varenne jeune journaliste de la presse magazine en 2024 et le prix de Mémoires de la mer pour son ouvrage Pêcheur d'hommes en 2025.


Ton avis rejoint celui de Cath L ; je pourrais y jeter un oeil par curiosité, mais ce n'est pas non plus un indispensable.
RépondreSupprimerJe ne connais pas d'autres ouvrages ayant traité de ce sujet. En ce sens, c'est plutôt original et intéressant, et ça reste une lecture sympathique.
SupprimerOui j'ai vu passer ce livre, et ça me dirait bien de le lire un jour. Mes expériences (plus courtes) de croisières se sont déroulées sur de plus petits esquifs. Cela a des avantages, mais il faut bien choisir selon la destination et ses goûts. Savoir que si on voyage seul, on paie 40% plus cher. ^_^
RépondreSupprimerAah oui, comme les chambres doubles, c'est tout de suite plus cher pour une seule personne.^^ J'expérimenterais bien une croisière un jour, mais en effet, privilégier des navires à plus petite capacité et bien choisir la destination. J'ai en tête l'Egypte pour lequel la croisière sur le Nil me semble assez inévitable.^^
SupprimerJe n'ai aucune envie de prendre un bateau de croisière, bien trop de monde à bord ! Mais j'avoue qu'entre le décor d'une maison de retraite et un navire qui parcourt les océans, le second est bien plus agréable.
RépondreSupprimerÉcoute, c'est ce que je me suis dit aussi en lisant ce livre. En plus, ils ont tout un équipage à leur disposition, des médecins plus disponibles aussi, bref, pas mal d'avantages en fin de compte.^^
SupprimerJ'avais pu passer l'avis de Tadloiducine, et autant il a trouvé assez comique les réflexions de notre reporter hypocondriaque, autant cela t'a agacé. Bon, je pense que je suis plus sensible à l'aspect écologique, ou plutôt non écologique, des bateaux de croisière. Mais c'est intéressant aussi de chercher à comprendre et écouter le point de vue des retraité-e-s qui font ce choix.
RépondreSupprimerOui, c'est cet aspect qui m'intéressait vraiment quand j'ai opté pour ce livre. Je ne m'attendais pas vraiment à un récit plus personnel et ça m'a déroutée. Disons que c'est à mi-chemin entre le reportage et le récit initiatique, mais ce dernier prend une part vraiment importante et quelque part, je n'avais pas signé pour ça, ce qui m'a agacée.^^
SupprimerMes expériences de traversées continent/Corse me suffisent, ces ferries sont déjà bien kitsch côté décoration, et on peut y avoir un mal de mer carabiné en cas de gros temps... Bref, comme tu le sais, j'ai lu le livre qui m'a intéressée, mais un reportage dans un journal m'aurait suffi... Merci pour le lien avec la page Insta, mamie Renée a l'air bien sympa !
RépondreSupprimerJ'ai beaucoup aimé le personnage de sa grand-mère. J'étais bien contente de trouver ces photos.:)
SupprimerJe l'avais repéré suite à un avis et s'il me tente notamment pour le cadre et le sens de la formule de l'autrice, je regrette que cela tourne à l'autofiction. Ce n'est pas ce que je cherche dans un livre-enquête. Merci pour ton avis nuancé.
RépondreSupprimerOui, c'est vraiment à mi-chemin entre reportage et récit initiatique, la part personnelle prenant une trop grande place à mon goût, et comme en plus c'est pour déverser sur nous son angoisse existentielle, c'est vraiment la double peine quand on n'aime pas trop ce genre de récit. Mais bon, la partie reportage est vraiment intéressante et bien menée, et finalement, c'est un récit plus humain et littéraire que journalistique pur et dur.
SupprimerOui je les appelle les HLMs des mers....les cabines a bas echelle restent quand meme des trous....non pas pour moi...le cote super consommation est bigrement horrible aussi....
RépondreSupprimerOui, ça n'a pas l'air très idéal, même si beaucoup de monde semblent y trouver leur compte finalement...
SupprimerSa grand-mère dont l'autrice ne comprend que progressivement pourquoi elle reste accrochée à ses basques et refuse de sortir toute seule de la cabine (elle ne parle pas anglais!) m'est apparue touchante...
RépondreSupprimerBon, une lecture dont tu es ressortie mitigée semble-t-il...
Peut-être aurons-nous d'autres avis d'ici fin novembre?
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
Ah j'ai beaucoup aimé Mamie Andrée.:) Mais en effet, j'ai été quelque peu déconcertée par l'aspect récit initiatique qui prend ici une grande place, avec en plus une autrice en pleine crise existentielle et hypocondriaque. Ce n'est pas trop ce que j'attendais en m'emparant de cet ouvrage présenté avant tout comme un livre-enquête sur les "back-to-back". Donc oui, plutôt mitigée, mais je lui reconnais ses qualités.:)
SupprimerMoi, j'attends toujours le livre gagné lors de la dernière masse critique !
RépondreSupprimerAh oui ? Mince, ça a dû se perdre car ça fait un bon mois là qu'a eu lieu la dernière masse critique... :(
SupprimerLe premier billet que j'ai lu a titillé ma curiosité, mais je ne suis finalement pas tentée, je vois bien qu'il est dispensable, comme l'écrit Aifelle...
RépondreSupprimerÇa reste une lecture bien sympathique et qui vaut le détour si on s'intéresse particulièrement à la thématique des "back-to-back".
SupprimerCe livre commence à faire son chemin sur les blogs et la plupart des lecteurs ont apprécié le style de l'autrice à défaut du sujet traité. Pour l'instant, je n'ai pas plus envie que ça de le lire mais sait-on jamais ?!
RépondreSupprimerJ'avoue que j'étais étonnée de le voir déjà "autant" lu sur les blogs rien que ce mois-ci. J'espère qu'il continuera à trouver son public.
SupprimerTiens! pourquoi pas? Je ne l'achèterais pas mais s'il se trouve sur les présentoires de la médiathèque...
RépondreSupprimerOui, ça reste bien sympathique dans le genre malgré mes réserves. Très curieuse de ton avis si tu le lis.
SupprimerVoilà un livre que j'ai vu passer sur la blogo avec des avis très divergents et mitigés et qui je l'avoue ne me tente pas du tout. D'abord je ne suis pas du tout attirée par les croisières de ce genre et ensuite sur le plan écologique c'est vraiment condamnable (après on nous fait la leçon ?!). Je reconnais que je ne comprends pas que des retraités aisés se plaisent sur ces ensembles surpeuplés et que ce livre m'aiderait sans doute à mieux le comprendre mais ce n'est pas suffisant à mes yeux pour le lire...Merci de ton avis et de tes bémols.
RépondreSupprimerLeur point de vue est plutôt intéressant, il vaut le coup d'être entendu, et pour un peu, je me laissais convaincre 😆, mais je comprends ta position.:)
SupprimerJ'ai un tel à priori contre les croisières et ces énormes bateaux que j'ai raté une croisière en Egypte proposée par Télérama. J'éprouve à la fois du soulagement de ne pas être montée sur ces horribles engins et du regret pour tout ce que j'aurais pu voir. Parfois, c'est beaucoup moins cher et plus pratique que d'y aller soi-même !
RépondreSupprimerAlors pour l'Egypte, a priori il est possible de naviguer le Nil et profiter des circuits classiques sur de plus petits bateaux, d'une capacité d'une douzaine de personnes par exemple. Bon, c'est forcément un peu plus cher mais pas nécessairement exorbitant et ça me semble plus raisonnable que ces immenses paquebots.
SupprimerJe ne connaissais pas le mot de "back-to-back". Si je suis contre les croisières à gros paquebots, je trouve génial de finir ses dernières années sur un bateau.
RépondreSupprimerJe suis complètement d'accord avec toi !:)
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